Suisse
Commentaire

Incendie à Crans-Montana: une honte pour la Suisse

Grande émotion: dimanche, à Crans-Montana, des centaines de personnes ont rendu hommage aux victimes de l'incendie catastrophique.
Grande émotion: dimanche, à Crans-Montana, des centaines de personnes ont rendu hommage aux victimes de l'incendie catastrophique.Image: jean-Christophe Bott / Keystone
Commentaire

Une honte pour la Suisse

A Crans-Montana, une souffrance incommensurable a été provoquée à cause d'une suite de négligences. Et quelque chose de fondamentalement suisse a été brisé.
05.01.2026, 15:2705.01.2026, 16:55
Patrik Müller / ch media

Qu’est-ce qui fait la Suisse? A l’étranger, notre pays est synonyme de sécurité et de qualité. Bien sûr, des accidents surviennent aussi chez nous, mais tout est fait pour réduire les risques et maximiser la protection.

Le fait qu’une seule personne ait perdu la vie lors de l’énorme éboulement de Blatten témoigne de cette exigence.

👉 L'actualité en direct sur Crans-Montana à suivre ici

Un choc immense pour le pays tout entier

La Suisse a jusqu’ici été plutôt épargnée par les attentats meurtriers. Personne n’a peur de se rendre sur un marché de Noël. Chez nous, les ponts ne s’effondrent pas, et nous sommes fiers des dispositifs de sécurité, même lors de petites fêtes de village.

C’est dire à quel point ce qui s’est produit à Crans-Montana le soir du Nouvel An est incompréhensible et effroyable: 40 morts et 119 blessés graves. Parmi eux, on le craint, certains succomberont encore, d’autres resteront marqués à vie, physiquement et psychologiquement.

Les premiers jours, on a vécu le choc et le deuil. La compassion allait aux familles qui ont perdu un enfant ou qui sont restées des jours sans savoir si leurs proches étaient encore en vie.

Après le deuil, la colère et la stupeur

Mais, désormais, un autre sentiment s’ajoute à cette douleur. L'indignation. La colère face au fait qu'une telle catastrophe ait été possible.

Crans-Montana n’a été frappée ni par un attentat ni par une catastrophe naturelle. Face à de tels événements, on est, jusqu’à un certain point, totalement impuissant. Cet enfer, en revanche, a été rendu possible par une suite de négligences.

«Des adolescents et de jeunes adultes ont été accueillis en toute connaissance de cause dans un établissement qui s’est révélé être un piège mortel»

Des centaines de fêtes avaient déjà eu lieu au Constellation sans qu'il n'y ait d'incident. Mais, à la vue des images et des vidéos, un sentiment s’impose de façon oppressante:

«Ce n’était qu’une question de temps avant que la catastrophe arrive»

Le plafond en mousse hautement inflammable, les cierges magiques sur les bouteilles de champagne et les effets pyrotechniques. On jouait littéralement avec le feu. Est-il irrespectueux de poser la question des responsabilités? La justice devra trancher. Mais soulever ce point est un devoir, y compris pour les médias. Par respect pour les victimes.

La question de la responsabilité

Les enfants et les adolescents sont, par nature, naïfs. Ils font la fête, ils se laissent emporter par l’instant. C’est précisément pour cela qu’ils ont besoin d'être protégés. Les exploitants qui ont rendu possibles de telles soirées dans ces locaux portent donc une lourde responsabilité. Il en va de même pour les autorités.

Les exploitants affirment avoir été contrôlés trois fois en dix ans. Les autorités parlent de contrôles annuels. Les inspecteurs n’ont-ils pas vu le matériau extrêmement dangereux sur le plafond? Ou ont-ils détourné le regard? Pourquoi, dans un espace aussi grand, le fait qu'il manque des sorties de secours et que la porte d'entrée ne s’ouvre que vers l’intérieur n’ont-ils pas été signalés?

Dans le monde entier, des catastrophes similaires se sont produites dans des bars sans fenêtres. Les phénomènes d'embrasement généralisé éclair (ou flashovers) ne sont pas nouveaux. Pourquoi, en Suisse, n’a-t-on pas tiré des leçons de ces itérations meurtrières?

Jusqu’ici, les autorités n’ont pas convaincu. Dans leurs prises de parole, le président du gouvernement valaisan, Mathias Reynard, et le président de la Confédération, Guy Parmelin, ont fait preuve de positivité. Ils ont exprimé leur solidarité, apporté du réconfort et affiché leur volonté de faire toute la lumière sur les événements.

Des prises de position troublantes

En revanche, certaines déclarations interpellent, comme celle du chef de la sécurité cantonale, Stéphane Ganzer: «On ne peut pas tout empêcher.» Certes, pas tout. Mais cela, si. Ce n’est que plus tard que le conseiller d'Etat a précisé que «quelqu’un» avait commis une erreur.

Lors des conférences de presse, la procureure Beatrice Pilloud a longtemps évité de nommer clairement les points critiques de l'affaire. Il a fallu attendre la troisième rencontre avec les médias pour obtenir des déclarations un tant soit peu claires sur les feux de Bengale et le plafond, alors que photos et vidéos parlaient d’elles-mêmes depuis longtemps. Et où étaient les responsables communaux chargés des contrôles de protection incendie?

On a l'impression que les questions critiques ont été étouffées dans une atmosphère de solidarité parfois mal comprise. La commune, de son côté, ne s’est longtemps pas estimée compétente du point de vue de la communication. Or, une chose est claire: la justice et l’exécutif ne peuvent pas se contenter de mots de compassion.

«Ils doivent enquêter, faire toute la lumière et ne pas donner l’impression de vouloir ménager qui que ce soit»

Il est question de bien plus que de Crans-Montana. Il s’agit de ce qui fait la Suisse, de la sécurité et de la confiance. De savoir si, dans ce pays, on peut compter sur une protection rigoureuse des vies humaines. Manifestement, ce n’était pas le cas au Constellation. Si aucune leçon claire n’est tirée de cette catastrophe, alors à Crans-Montana, ce n’est pas seulement un établissement qui a brûlé, mais aussi l’image que la Suisse a d’elle-même.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)
1 / 9
L'incendie dramatique du 1er janvier, à Crans-Montana (VS)

Un incendie s'est produit ce jeudi 1er janvier à 1h30 dans un bar de la station de ski de Crans-Montana (VS).

partager sur Facebookpartager sur X
L'hommage vibrant aux victimes à Crans-Montana
Video: extern / rest
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
5 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
5
«Djihadiste le plus dangereux de Suisse», ce Romand pourrait revenir
Le djihadiste suisse Daniel D. est détenu par les Kurdes de Syrie depuis 2019. Ce Genevois de 31 ans affirme craindre pour sa vie. Le Conseil fédéral refuse de le rapatrier. La justice et le Parlement doivent à nouveau se pencher sur son sort.
Daniel D. est détenu en Syrie depuis 2019. Ce Genevois a grandi dans une famille catholique avant de se convertir à l'islam. En 2015, il a 20 ans quand il se rend dans le «califat» de l'Etat islamique (EI). A l'époque, celui-ci contrôle une grande partie de la Syrie et de l'Irak.
L’article