Une honte pour la Suisse
Qu’est-ce qui fait la Suisse? A l’étranger, notre pays est synonyme de sécurité et de qualité. Bien sûr, des accidents surviennent aussi chez nous, mais tout est fait pour réduire les risques et maximiser la protection.
Le fait qu’une seule personne ait perdu la vie lors de l’énorme éboulement de Blatten témoigne de cette exigence.
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Un choc immense pour le pays tout entier
La Suisse a jusqu’ici été plutôt épargnée par les attentats meurtriers. Personne n’a peur de se rendre sur un marché de Noël. Chez nous, les ponts ne s’effondrent pas, et nous sommes fiers des dispositifs de sécurité, même lors de petites fêtes de village.
C’est dire à quel point ce qui s’est produit à Crans-Montana le soir du Nouvel An est incompréhensible et effroyable: 40 morts et 119 blessés graves. Parmi eux, on le craint, certains succomberont encore, d’autres resteront marqués à vie, physiquement et psychologiquement.
Les premiers jours, on a vécu le choc et le deuil. La compassion allait aux familles qui ont perdu un enfant ou qui sont restées des jours sans savoir si leurs proches étaient encore en vie.
Après le deuil, la colère et la stupeur
Mais, désormais, un autre sentiment s’ajoute à cette douleur. L'indignation. La colère face au fait qu'une telle catastrophe ait été possible.
Crans-Montana n’a été frappée ni par un attentat ni par une catastrophe naturelle. Face à de tels événements, on est, jusqu’à un certain point, totalement impuissant. Cet enfer, en revanche, a été rendu possible par une suite de négligences.
Des centaines de fêtes avaient déjà eu lieu au Constellation sans qu'il n'y ait d'incident. Mais, à la vue des images et des vidéos, un sentiment s’impose de façon oppressante:
Le plafond en mousse hautement inflammable, les cierges magiques sur les bouteilles de champagne et les effets pyrotechniques. On jouait littéralement avec le feu. Est-il irrespectueux de poser la question des responsabilités? La justice devra trancher. Mais soulever ce point est un devoir, y compris pour les médias. Par respect pour les victimes.
La question de la responsabilité
Les enfants et les adolescents sont, par nature, naïfs. Ils font la fête, ils se laissent emporter par l’instant. C’est précisément pour cela qu’ils ont besoin d'être protégés. Les exploitants qui ont rendu possibles de telles soirées dans ces locaux portent donc une lourde responsabilité. Il en va de même pour les autorités.
Les exploitants affirment avoir été contrôlés trois fois en dix ans. Les autorités parlent de contrôles annuels. Les inspecteurs n’ont-ils pas vu le matériau extrêmement dangereux sur le plafond? Ou ont-ils détourné le regard? Pourquoi, dans un espace aussi grand, le fait qu'il manque des sorties de secours et que la porte d'entrée ne s’ouvre que vers l’intérieur n’ont-ils pas été signalés?
Dans le monde entier, des catastrophes similaires se sont produites dans des bars sans fenêtres. Les phénomènes d'embrasement généralisé éclair (ou flashovers) ne sont pas nouveaux. Pourquoi, en Suisse, n’a-t-on pas tiré des leçons de ces itérations meurtrières?
Jusqu’ici, les autorités n’ont pas convaincu. Dans leurs prises de parole, le président du gouvernement valaisan, Mathias Reynard, et le président de la Confédération, Guy Parmelin, ont fait preuve de positivité. Ils ont exprimé leur solidarité, apporté du réconfort et affiché leur volonté de faire toute la lumière sur les événements.
Des prises de position troublantes
En revanche, certaines déclarations interpellent, comme celle du chef de la sécurité cantonale, Stéphane Ganzer: «On ne peut pas tout empêcher.» Certes, pas tout. Mais cela, si. Ce n’est que plus tard que le conseiller d'Etat a précisé que «quelqu’un» avait commis une erreur.
Lors des conférences de presse, la procureure Beatrice Pilloud a longtemps évité de nommer clairement les points critiques de l'affaire. Il a fallu attendre la troisième rencontre avec les médias pour obtenir des déclarations un tant soit peu claires sur les feux de Bengale et le plafond, alors que photos et vidéos parlaient d’elles-mêmes depuis longtemps. Et où étaient les responsables communaux chargés des contrôles de protection incendie?
On a l'impression que les questions critiques ont été étouffées dans une atmosphère de solidarité parfois mal comprise. La commune, de son côté, ne s’est longtemps pas estimée compétente du point de vue de la communication. Or, une chose est claire: la justice et l’exécutif ne peuvent pas se contenter de mots de compassion.
Il est question de bien plus que de Crans-Montana. Il s’agit de ce qui fait la Suisse, de la sécurité et de la confiance. De savoir si, dans ce pays, on peut compter sur une protection rigoureuse des vies humaines. Manifestement, ce n’était pas le cas au Constellation. Si aucune leçon claire n’est tirée de cette catastrophe, alors à Crans-Montana, ce n’est pas seulement un établissement qui a brûlé, mais aussi l’image que la Suisse a d’elle-même.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
