Pourquoi le commentaire RTS sur le bob israélien est un problème
Sauf à considérer que le journaliste sportif de la RTS est un roi de l’improvisation, tout porte à croire que son commentaire, lundi, lors du passage des bobeurs israéliens, avait été préparé, sinon chronométré pour correspondre au temps de parcours de la piste de glace. Quoi qu'il en soit, ce à quoi les téléspectateurs ont assisté à cette occasion, c’est à une prise de parole en direct à l'antenne pour délivrer un message politique. Et c’est un problème.
Etre à l'antenne n'autorise pas tout
C’est un problème pour plusieurs raisons. Dans un Etat de droit, et la Suisse est un Etat de droit, un commentateur, en l’occurrence sportif, n’a pas à profiter de ce qu’il est au micro pour glisser quelques mots qu’il juge bien sentis. La démocratie offre chaque jour l’espace souhaité pour dire ce que l’on pense, d’Israël en l’espèce.
Sur le thème empoigné par le journaliste, rien n’interdit à la RTS de consacrer un sujet à la manière dont l’Etat hébreu entend ou non profiter des Jeux olympiques pour, en quelque sorte, s’imposer, lui dont la légitimité est en permanence remise en question par ses nombreux ennemis et détracteurs.
Un commentaire engagé
Ensuite, les propos prononcés lundi à l’antenne ne sont pas informatifs, pas plus qu’ils sont neutres. Ils sont engagés. Le pilote du bob israélien se dit «sioniste jusqu’à la moelle», comme s'en désole le journaliste de la RTS? C’est son droit de se dire en tout cas sioniste, même si ce terme a pris sous la férule de l’extrême droite nationalo-religieuse israélienne, en pleine ascension depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin en 1995, qu’elle a applaudi à l’époque, une tournure résolument expansionniste et négatrice du droit des Palestiniens à vivre dans un Etat sur leurs terres.
Mais le sionisme, lui, est au fondement même de l’Etat d’Israël, tel que dessiné dans le plan de partage de 1947, accepté par les juifs, rejeté par les Arabes. Remettre en cause le sionisme historique, c’est nier le droit d’Israël à exister.
Israël avait le droit de se défendre
Le pilote du bob, que ses déclarations rangent manifestement parmi les nationalistes, a par ailleurs le droit de penser que la guerre à Gaza est une guerre juste, même si, à nos yeux, elle est devenue injuste en ce qu’elle est apparue punitive à l’endroit de la population palestinienne. Mais Israël avait le droit de se défendre après l’attaque du 7 octobre 2023 contre les kibboutz et un festival de musique, le pire massacre antisémite depuis la Seconde Guerre mondiale, perpétré par les islamistes du Hamas, un parti nourri à un antisémitisme puisant dans des paramètres occidentaux et d'autres, proprement musulmans.
Le journaliste place ensuite le mot de génocide. Il «rappelle que "génocide", c'est le terme employé par la commission d'enquête de l'ONU sur la région». Il est possible que c’en soit un. Il apparaît en effet qu’une part des responsables israéliens a été animée d’intentions éradicatrices à l’endroit des Palestiniens de Gaza et à présent de ceux de Cisjordanie. Il appartiendra aux instances juridiques internationales d'établir si oui ou non Israël a commis un génocide, comme elles l'ont fait pour Srebrenica en 1995 et pour les Tutsis au Rwanda. Elles ne se sont pas encore prononcées sur le cas israélien.
Génocide, le terme central
Mais chacun sait – ou devrait savoir – l’enjeu autour du terme de génocide associé à Israël. Certains, à gauche, en Suisse, dès la réplique israélienne au 7 Octobre, se sont empressés d’accuser Israël de «génocide». Comme s’il fallait à tout prix que le peuple en bonne partie génocidé en Europe durant la Seconde Guerre mondiale soit à son tour génocidaire, afin de pouvoir enfin se soulager du poids de la culpabilité liée à la Shoah et retrouver sa liberté d'être antisémite. Ici, ce sont nos consciences qu’il faut interroger, pour voir si ce qu’elles portent en elles est bien propre.
La réaction lunaire de la RTS
Enfin, on ne peut s’empêcher de juger lunaire le «désaveu» apporté par la RTS à l’initiative très personnelle de son commentateur sportif. La direction du média public affirme que l’«information» donnée par son journaliste, «bien que factuelle, est inappropriée dans le cadre du commentaire sportif en raison de sa longueur».
On imagine le casse-tête que cela a dû être pour rédiger un communiqué disant le désaveu tout en reconnaissant, entre les lignes, la pertinence de ce qui avait été dit à l’antenne. Et pourquoi l'«information» était-elle «inappropriée»? Parce que trop longue en la circonstance, nous dit-on. Et non parce qu'elle s’apparente à un commentaire politique.
L'enjeu de la votation «200 francs, ça suffit!»
Cet épisode en dit moins sur les dérives d’Israël que sur le fait qu’une partie du personnel de la RTS s’estime en droit de prendre la parole à tout moment pour asséner des «vérités», au nom de la «justice», un peu comme des étudiants occupant les universités en soutien aux Palestiniens, justement.
Il n’est pas certain que ce dérapage contrôlé en plein direct ait des répercussions sur le vote des Suisses, en particulier des Romands, à l’initiative «200 francs, ça suffit!». Pour notre part, nous réaffirmons notre opposition au texte de l’UDC qui entend appauvrir le service public par vengeance politique. Nous pensons que le service public doit être fort mais tenu par une direction, avec une profondeur historique pour colonne vertébrale
