Genève subventionne ses casseurs
Le sort en est jeté. En termes plus communs: on serre les fesses, en espérant que le long dimanche de fiançailles entre puissances capitalistes et forces anti-impérialistes fasse le moins de casse possible à Genève et ailleurs en Suisse. Si les choses se passent relativement bien sur un plan sécuritaire, avec des manifestants dans l’ensemble pacifiques, on entendra une partie de la gauche rouspéter contre les discours anxiogènes d’avant G7. Si cela tourne mal, la droite dira qu’elle avait raison de réclamer l’interdiction de la manifestation des opposants au sommet d’Evian.
Mais ces réactions plus ou moins attendues nous renseignent peu sur nous-mêmes, placés que nous sommes face à des mouvements de contestation qui, pour les plus déterminés, n’entendent plus du tout jouer le jeu de l'Etat de droit et de la démocratie.
Les commerçants genevois s'attendent au pire
Ce qui est certain, et les renseignements de la Confédération là-dessus sont formels, c’est que la violence d’extrême gauche – on ne parle pas ici de terrorisme – est le plus grand défi posé à la démocratie suisse en termes de maintien de l’ordre. Les rassemblements néonazis, lorsqu’il y en a, ne nécessitent pas des déploiements de police aussi importants que ceux de la gauche radicale.
Genève, «Mecque des révolutionnaires»
Il faut s’arrêter un moment sur le cas genevois. La gauche genevoise, une partie de la droite libérale aussi, cultivent l’image d’une ville internationale, un brin rebelle, porteuse des idéaux moraux de l’humanité. La présence du siège du CICR dans ses murs n’est pas pour rien dans cette posture. Sans doute Jean Ziegler, le Sartre genevois, qui vient de s'éteindre, n’aurait-il pas pu faire carrière en Suisse ailleurs que dans la Cité de Calvin. Pour paraphraser la militante Rima Hassan citant Alger en exemple, Genève se prend parfois pour la «Mecque des révolutionnaires et de la liberté».
Genève se barricade contre elle-même
Si bien que Genève qui se barricade jusqu’aux dents ces jours-ci, c’est en quelque sorte Genève qui se barricade contre elle-même. La ville du bout du Léman, partie prenante d’un canton plus gros contributeur avec Zoug de la péréquation financière intercantonale, expie sa richesse phénoménale acquise pour beaucoup dans le commerce des matières premières, en donnant, certes aux pauvres, mais aussi aux associations et autres collectifs qui fomentent la chute du capitalisme.
Ces façons de grands seigneurs subventionnant la subversion sont monnaie courante dans les régimes libéraux. Elles ont été jusqu’ici un gage de pluralisme démocratique. Mais les temps se tendent.
Le principe de tolérance et la corde
L’un des enjeux de la manifestation du 14 juin à Genève et de ses à-côtés, c’est aussi la pérennité du principe de tolérance envers la contestation. Après les dévastations commises en 2003 en marge du G8 d’Evian, le canton avait durci sa loi sur les manifestations. Ce raidissement s’est d’ailleurs appliqué au présent mouvement NoG7.
Il n'est pas impossible que la loi se durcisse davantage et que des subventions soient retirées, si la casse magistrale de 2003 devait se répéter, voire être aggravée.
Au terme de ce G7 du chaos redouté, si la tolérance politique, jusqu’ici de rigueur dans une Genève en tout point exemplaire en ce domaine, devait diminuer d’un cran, la responsabilité en incomberait d’abord aux mouvements de la gauche radicale, pour avoir beaucoup tiré sur la corde.
