«Rien ne justifie que cela retombe sur les juifs»: on a suivi Cassis à Genève
C’est une première, dans un lieu emblématique de la Genève internationale, l’Hôtel Intercontinental, hôte de tant de sommets. Reagan-Gorbatchev en 1985 est sans doute le plus mémorable. Lundi soir, la Cicad, la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation, y a reçu Ignazio Cassis en invité d’honneur d’un «dîner-conférence», événement appelé à se répéter. «Gala de la Cicad», a-t-on lu par-ci par-là à l’approche de cette réception. Pas vraiment. Si les invités sont sur leur 31, l’essentiel n'est pas dans l’assiette.
«Cassis terroriste», «Cassis collabo»
A l’extérieur, une cinquantaine de militants pro-palestiniens font le pied de grue sous une pluie battante aux cris de «Cassis terroriste», «Cassis collabo» et autres «tout le monde déteste les sionistes». La venue du chef du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) à ce dîner de la Cicad leur donne deux raisons d’être exaspérés:
- Ils considèrent le conseiller fédéral comme un «complice» d’Israël, ce qui lui vaut une dénonciation auprès du TPI pour «complicité de crimes de guerre et de génocide par un collectif d'avocat suisses».
- Quant à la Cicad, avec son président Laurent Selvi et son secrétaire général Johanne Gurfinkiel, elle est un caillou dans leur chaussure en assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme, au point de faire l’objet d’une pétition pour qu’on lui coupe les subventions publiques.
Les bruits du dehors n'atteignent pas l'immense cavité feutrée de l'hôtel. Face à quelque 350 invités regroupés en tables de huit dans la «Grande salle de bal de l’Intercontinental», le conseiller fédéral déclare:
Ignazio Cassis cite tour à tour Primo Levi et George Orwell, les auteurs de «Si c’est un homme» et de «1984». Pour que, comprend-on, à travers l’un, rescapé de la Shoah, la mémoire des camps demeure, et pour éviter, avec l’autre, le saccage des mots, prélude au totalitarisme.
«La confusion est devenue une arme politique»
«La lutte contre l’antisémitisme est devenue une question de résilience démocratique», lance Ignazio Cassis devant la résurgence du phénomène, depuis le 7-Octobre. La Suisse a fait de ce combat contre le racisme et l’antisémitisme une «priorité», rappelle-t-il. Il importe de «préserver un espace de vérité et de discernement», à l’opposé de «la confusion, devenue une arme politique».
La salle se lève pour l'applaudir sitôt prononcée sa phrase de conclusion:
Nulle trace d’Israël, de Gaza ou de la Palestine dans son allocution d’un quart d’heure. Frilosité? Plutôt le choix d’ancrer l’antisémitisme dans un continuum de haine qui se nourrit de circonstances.
Attendu sur la définition de l’antisémitisme, thème politique sensible, la Cicad se rattachant à celle de l’IHRA, l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, qui l’étend à l’antisionisme, le chef du DFAE dit souhaiter que cette acception, aujourd’hui officieuse, puisse devenir officielle. Aux parlementaires d’agir, fait-il comprendre.
Ces élus étaient au dîner
Dans la salle, on reconnaît des élus genevois de différents partis, même si l’on devine que certains ont pu préférer renoncer à se montrer au «dîner-conférence» de la Cicad, ses ennemis s’appliquant à lui coller une étiquette d’infréquentable. Il y a la conseillère d’Etat Nathalie Fontanet du PLR et le président de la section cantonale, Pierre Nicollier, le député du Centre au Grand Conseil Sébastien Desfayes, le conseiller national du MCG Daniel Sormani, le président du conseil municipal de la ville de Genève, le socialiste Ahmed Jama, et Halima Delimi, du PS genevois également.
Sur Instagram, Halima Delimi a partagé son point son point de vue sur la manifestation hostile à Ignazio Cassis:
Daniel Sormani est sans doute ce qu’on peut appeler un soutien critique: «J’ai répondu à l’invitation pour marquer mon soutien à la lutte contre l’antisémitisme, qui est exacerbé à causes des événements mondiaux», estime Daniel Sormani. L’élu du MCG nuance sur un point:
«Les juifs se sentent très seuls»
Présent au dîner-conférence de la Cicad, un événement qui se rapproche du dîner du Crif en France, dont l’association genevoise tend à devenir l’alter-ego pour la Suisse romande, Marc Berrebi, membre du comité de la Cicad, salue la venue du conseiller fédéral Ignazio Cassis.
Marc Berrebi, qui se présente comme un entrepreneur culturel et militant pour la paix, confie:
