En Suisse, aucun poste clé ne doit être occupé par des personnes qui travaillent contre l'Etat, qui abusent de la confiance qui leur est accordée ou qui représentent un danger pour la sécurité intérieure et extérieure. Un service du Département de la défense effectue donc des contrôles de sécurité relatifs aux personnes. En principe, plus le poste est élevé, plus l'examen est minutieux.
On examine par exemple les extraits du casier judiciaire et du registre des poursuites, les données financières et de santé. Les éventuels problèmes de dépendance et la vie sexuelle sont également examinés: quelqu'un peut-il être victime de chantage en raison d'une liaison extraconjugale ou d'un mode de vie extravagant?
Ces derniers temps, de hauts fonctionnaires de l'Etat ont régulièrement été confrontés au contrôle de sécurité - par exemple le divisionnaire Guy Vallat, l'attaché de défense suisse à Paris ou Mathias Tüscher, commandant de la division territoriale 1.
Les vice-chanceliers, les secrétaires généraux et les collaborateurs personnels des conseillers fédéraux sont soumis au niveau le plus élevé, à savoir le contrôle de sécurité étendu. Mais ce sont justement les conseillères fédérales, les conseillers fédéraux et les chancelières et chanceliers fédéraux qui sont exemptés de cette procédure.
Le Greco, l'autorité anti-corruption du Conseil de l'Europe, voit dans ce certificat de bonne conduite un danger pour la Suisse. Dans son dernier rapport sur les «risques de corruption chez les hauts fonctionnaires», il recommande d'examiner sous toutes les coutures les plus hauts dirigeants de notre pays afin de garantir leur intégrité.
La Suisse estime qu'elle en fait déjà assez pour garantir l'intégrité de Viola Amherd et compagnie – parce que les médias, son propre parti et les autres partis organisent des auditions avec les candidates et candidats. On se fie à l'autocontrôle. C'est ainsi qu'en décembre 2011, Urs Paul Engeler, alors rédacteur de la Weltwoche, a révélé des irrégularités dans la gestion d'un héritage par Bruno Zuppiger. Le conseiller national UDC zurichois a retiré sa candidature et a été condamné plus tard pour détournement de fonds. Bruno Zuppiger est décédé en 2016.
Il en a été autrement pour Pierre Maudet. Le Genevois voulait succéder au conseiller fédéral PLR Didier Burkhalter en 2017, mais il a été battu lors de l'élection finale par Ignazio Cassis. Une aubaine pour le PLR. En effet, en 2015, la famille royale d'Abu Dhabi a pris en charge 50 000 francs de frais de voyage pour Maudet; le conseiller d'Etat genevois s'est alors amusé à assister à une course de Formule 1. Le Tribunal fédéral a condamné Maudet pour délit de corruption. Le PLR a exclu son ancienne étoile filante du parti. Maudet a démissionné du gouvernement, mais a été réélu par la suite.
L'affaire Maudet est mentionnée par le Greco comme un exemple négatif. En même temps, l'autorité anticorruption reconnaît que depuis l'affaire Zuppiger, les partis examinent plus attentivement leurs candidats.
Dans l'ensemble, la Greco attribue à la Suisse de bonnes notes dans la lutte contre la corruption. Il critique toutefois le fait que les objectifs pourraient être plus ambitieux. De plus, le «groupe de travail interdépartemental pour la lutte contre la corruption», compétent en la matière, manquerait de personnel et d'indépendance.
La Suisse a abandonné le secret bancaire sous la pression de l'étranger. La prochaine étape sera-t-elle le secret bancaire des conseillers fédéraux? La réponse est oui, si l'on en croit le Greco, qui recommande d'obliger les membres du gouvernement national à publier régulièrement leurs revenus, leur patrimoine, leurs engagements et leurs intérêts financiers. La transparence financière est un instrument important de la lutte contre la corruption, selon le Greco. Elle propose même que les partenaires et les enfants de la plus haute instance exécutive helvétique fassent eux aussi un strip-tease financier total – mais uniquement devant une autorité de contrôle des risques et non devant le public.
La Suisse analysera les 15 recommandations du Greco et fera savoir d'ici la fin de l'année prochaine ce qu'il en est de leur mise en oeuvre. Les propositions ne sont pas juridiquement contraignantes.
Traduit et adapté par Chiara Lecca