Enquête sur les Moretti: un élu PS «met la pression» sur le Conseil fédéral
Un pistolet semi-automatique, des munitions et des montres de luxe retrouvés lors d'une perquisition; Fedpol qui soupçonne des activités de blanchiment d'argent; des banques suisses soudainement inquiètes… Les dernières révélations dans l’enquête sur la tragédie de Crans-Montana ont le poids du polar le plus noir. Au centre de tout: Jacques Moretti, propriétaire, avec sa femme, du Constellation, où 41 personnes ont perdu la vie dans la nuit de la Saint-Sylvestre, 115 autres ayant été blessées dans le brasier.
Les investigations menées par le ministère public valaisan sont-elles en train de prendre une dimension tentaculaire, mêlant grand banditisme et défaut de vigilance sur le plan local? Le conseiller national socialiste vaudois Benoît Gaillard veut en avoir le cœur net. D’où l’interpellation qu’il va déposer cette semaine à l’attention du Conseil fédéral, a appris watson.
«Apparition subite et surprenante»
Dans son exposé assorti de six questions, le député s’intéresse surtout à la thématique du blanchiment, suivant en cela la piste travaillée par le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (le MROS, rattaché Fedpol, l’Office fédéral de la police) dans un rapport de quinze pages daté du 15 février, remis à la justice valaisanne.
«L’apparition subite de signalements auprès du Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS) dans les jours suivant le drame est surprenante», écrit Benoît Gaillard dans la partie introductive de son interpellation.
Et de poursuivre:
Le conseiller national demande ainsi aux sept Sages:
Autre question qu'il leur adresse: «Le Conseil fédéral confirme-t-il que ces signalements ne se basent pas sur des nouveaux éléments apparus durant les premiers jours du mois de janvier, mais simplement sur une analyse – effectuée pour la première fois? – d’informations et de données déjà disponibles?»
Une loi anti-blanchiment «minimaliste»?
Il interroge également le collège fédéral sur de possibles carences de l'actuelle loi anti-blanchiment:
Benoît Gaillard s’enquiert enfin des moyens alloués à Fedpol dans sa lutte contre le blanchiment d’argent: «Dispose-t-elle de ressources suffisantes pour mener les investigations nécessaires?»
Benoît Gaillard veut «mettre la pression»
Interrogé par watson sur les raisons de cette interpellation au Conseil fédéral, Benoît Gaillard répond en trois points.
Premièrement, il veut «mettre la pression au plus haut niveau de l’Etat, afin que les investigations soient conduites avec la diligence voulue.» Ensuite, il souhaite que «le Conseil fédéral dise, le cas échéant et dans le cadre de l’enquête sur le drame de Crans-Montana, qu’il s’inquiète de liens potentiels avec la grande criminalité». A ce propos, le socialiste vaudois aimerait que le gouvernement «coopère avec la France après qu’il a accepté de le faire avec l’Italie.»
Enfin, et ce n'est pas le moindre, Benoît Gaillard, par son interpellation, entend «faire apparaître qu’il n’est pas exclu que, lorsqu’on est visiblement si peu regardant sur des montages financiers suspects, on ne l’est peut-être pas davantage sur la mousse acoustique installée dans un lieu public.»
Déposée lors de la présente session des Chambres fédérales, l'interpellation de Benoît Gaillard devrait être obtenir une réponse du Conseil fédéral lors de la session d'été, en juin prochain.
