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«Hitler est mon idole»: les profs suisses ont besoin d'aide

«Hitler est mon idole»: les profs suisses sont démunis face aux élèves

«Hitler est mon idole»: face aux élèves, les profs suisses ont besoin d'aide.
Certains élèves, en Suisse, ont un rapport étrange avec Adolf Hitler (image d'illustration).Image: shutterstock/watson
Après l'attaque terroriste du Hamas contre Israël, le nombre d'incidents antisémites a explosé en Suisse. Les élèves juifs sont également concernés.
10.03.2024, 11:5610.03.2024, 18:25
Kari Kälin / ch media
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Le lieu du délit est les vestiaires. Un élève du secondaire asperge un camarade juif de déodorant et lui dit: «Je vais te gazer comme tous les juifs». L'exemple est tiré du rapport annuel de la Cicad, la Coordination romande contre l'antisémitisme et la discrimination. L'année dernière, elle a enregistré 944 incidents antisémites en Suisse romande, soit près de 70% de plus que l'année précédente.

Après l'attaque terroriste du Hamas contre Israël, le 7 octobre, et la guerre qui s'en est suivie dans la bande de Gaza, leur nombre a explosé pour atteindre plus de 150 par mois. L'éventail va des déclarations antisémites sur Internet aux incidents graves comme l'attaque récente d'un homme à Zurich ou encore les vitres brisées dans les synagogues.

Une conclusion du rapport de la Cicad saute aux yeux: l'antisémitisme est très répandu dans les écoles. Dans certaines cours de récréation, «juif» est devenu une insulte, les mèmes d'Hitler et du Troisième Reich sont populaires dans les discussions de classe sur Whatsapp. Les mèmes sont des images accompagnées de textes. Le fait que le chef d'un régime criminel sans précédent soit célébré comme une star dans les chats d'élèves et les réseaux sociaux est dérangeant. Les écoles ne font-elles pas suffisamment de travail d'information?

Les cantons et les écoles sont pointées du doigt

Marianne Helfer est la directrice du Service de lutte contre le racisme de la Confédération. Elle a critiqué, lors de l'émission-phare de la SRF 10vor10, le fait que les cantons n'accordent pas assez d'attention au thème de l'antisémitisme et du racisme à l'école. Dans le cadre d'une enquête, les enseignants ont critiqué le fait de ne pas être suffisamment préparés à cette thématique dans leur formation.

Pendant ce temps, la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) met l'accent sur l'aspect préventif. Le secrétaire général Jonathan Kreutner fait référence au projet «Likrat», lancé dès 2002, qui suscite un intérêt croissant. L'année dernière, par exemple, des jeunes juifs se sont rendus plus de 170 fois dans des classes de Suisse alémanique pour présenter leur religion et combattre les préjugés. Ils ont ainsi touché plus de 1500 élèves.

En ce qui concerne les images d'Hitler dans les tchats de classe et autres, Jonathan Kreutner assure:

«La plupart du temps, il n'y a pas d'idéologie consolidée derrière, mais une ignorance historique et l'attrait de la provocation»

Le meilleur moyen d'y remédier n'est pas de punir, mais de discuter et d'informer sur le national-socialisme et l'holocauste.

Les enseignants cherchent davantage conseil

L'antisémitisme naissant parmi les élèves préoccupe de plus en plus le personnel du front pédagogique. Peter Gautschi est professeur de didactique de l'histoire à la Haute école pédagogique de Lucerne et co-éditeur d'un livre paru en 2022 sur le sujet: «Antisemitismen — Sondierungen im Bildungsbereich» (comprendre: Antisémitisme - Explorations dans le domaine de l'éducation). Avant le 7 octobre 2023, peut-être deux enseignants par an lui demandaient conseil pour faire face à des incidents antisémites dans les écoles. Depuis, ils sont entre un et deux par semaine.

Les enseignants rapportent des insultes dans la cour de récréation jusqu'à des déclarations telles que «Hitler est mon idole». Selon Peter Gautschi, il est difficile d'évaluer dans quelle mesure ces propos sont dus à la provocation, à l'ignorance ou à un fondement idéologique.

Les enseignants ne sont pas tout-puissants

L'expert en histoire a élaboré un programme en 10 points (lire ci-dessous) à l'intention des enseignants pour faire face à l'antisémitisme et à la discrimination. Un exemple: les enseignants doivent nommer clairement les propos antisémites et prendre position sans équivoque. Il est également important, selon eux, d'identifier les motifs qui se cachent derrière les propos discriminatoires. La transmission des connaissances ne vient qu'en dernier lieu. Peter Gautschi a lui-même appliqué ses recommandations avec succès dans différentes situations.

Peter Gautschi ne reproche pas aux écoles de négliger le thème de l'antisémitisme. Il observe que les enseignants abordent le phénomène et le traitent. Mais il y a de grandes différences. Tous les enseignants ne parviennent pas à créer un climat propice à des discussions engagées sur des sujets difficiles. Mais l'expert rappelle aussi que:

«L'école n'est pas un atelier de réparation qui peut résoudre tous les problèmes de la société»

C'est pourquoi Peter Gautschi renvoie à une conclusion importante de son dernier projet de recherche sur le sujet: tous les étudiants des hautes écoles pédagogiques doivent disposer d'outils de base sur la manière d'aborder l'antisémitisme. «Ainsi, les enseignants disposent de connaissances solides qu'ils peuvent approfondir dans le cadre de formations continues, pour autant que le temps et les ressources nécessaires leur soient accordés», explique l'expert.

Quels sont ces 10 points?

Recommandations pour les enseignants sur la manière de traiter les propos ou actes discriminatoires/antisémites (Peter Gautschi, HEP de Lucerne, après le 7 octobre 2023) :

  1. Réagir immédiatement à la discrimination/l'antisémitisme; en fonction de la situation, intervenir dans des conversations individuelles, en groupe ou en classe.
  2. Nommer clairement les propos ou actes discriminatoires/antisémites.
  3. Protéger et soutenir les personnes concernées dès le début de chaque intervention (qu'elles soient présentes ou non).
  4. Manifester de la solidarité envers ceux qui s'opposent aux propos ou actes discriminatoires/antisémites et qui font preuve de conviction/courage civique.
  5. En tant qu'enseignant, exposer clairement et justifier sa propre position.
  6. Engager une conversation et essayer de comprendre les motivations de ceux qui tiennent des propos ou posent des actes discriminatoires/antisémites.
  7. Critiquer la position et non la personne.
  8. Tout en créant un espace protégé où toutes les opinions peuvent être exprimées sans crainte de réprimandes morales, de leçons ou d'escalade («safe space» et «brave space»).
  9. Faire comprendre qu'il y a des limites à ne pas franchir - et les expliquer (par exemple, en se référant à la loi, aux droits de l'homme, à l'histoire, à la morale).
  10. Transmettre des connaissances.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

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