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«Les marchés de l’énergie au bord de la catastrophe»

Avertissement si le détroit d’Ormuz ne rouvre pas rapidement: «Aucun pays européen ne sera épargné.» Les conséquences pour la Suisse.
Chaque journée de fermeture du détroit d’Ormuz prive le monde d’environ 13 millions de barils de pétrole.Image: montage watson

«Les marchés de l’énergie au bord de la catastrophe»

Si le détroit d’Ormuz ne rouvre pas rapidement, «aucun pays européen ne sera épargné». Quelles conséquences pour la Suisse?
25.04.2026, 16:3325.04.2026, 17:56
Niklaus Vontobel
President Donald Trump arrives on Air Force One at Palm Beach International Airport in West Palm Beach Fla., Friday, April 24, 2026. (AP Photo/Manuel Balce Ceneta)
Donald Trump
Donald Trump à bord du Air Force One.Keystone

L’horloge tourne. «La crise énergétique s’aggrave de jour en jour», avertit Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans une interview accordée à une chaîne américaine. Chaque journée de fermeture du détroit d’Ormuz prive le monde d’environ 13 millions de barils de pétrole – davantage que lors des deux chocs pétroliers des années 1970 réunis.

«C’est la plus grande menace pour notre sécurité énergétique de toute l’histoire»
Fatih Birol

Les marchés de l’énergie ont tenu jusqu’ici. Lorsque le président américain Donald Trump a ordonné des frappes contre l’Iran, de nombreux pétroliers étaient déjà en route et des volumes record de pétrole circulaient en mer.

Depuis, les derniers navires ont accosté. Le magazine The Economist prévient: les coûts vont s’envoler et pourraient déclencher une réaction en chaîne menant à un effondrement du système d’approvisionnement en carburant. «Les marchés de l’énergie sont au bord d’une catastrophe»

Ainsi, le temps presse. L’Iran maintient Donald Trump sous pression économique. Pourtant, le président américain continue de miser sur les menaces et les invectives pour faire plier Téhéran.

A l'interne, on dit que la frustration grandit, comme l'auraient confié des conseillers proches de la Maison Blanche à l’agence Bloomberg. Selon eux, les accès de colère de Trump ferment la porte à toute reprise du dialogue. Sur le terrain, les combats ont cessé, mais la situation resterait figée. «Pas de guerre, pas de paix – et pas de pétrole», résume un expert du centre de réflexion CSIS.

Même en cas de déblocage rapide, il y a déjà des dégâts. La «catastrophe» pourrait certes encore être évitée, mais pas ce que la banque suisse J. Safra Sarasin décrit comme un «choc négatif significatif». L’industrie pétrolière mettra du temps à se remettre. Selon Fatih Birol, il faudra près de deux ans pour retrouver un fonctionnement comparable à celui d’avant le conflit lancé par Washington.

Des installations d’extraction ont été mises à l’arrêt. Leur redémarrage prendra des semaines. D’autres sont endommagées et doivent être réparées. Quant aux flux encore possibles, ils restent entravés: l’Iran a posé des mines et les armateurs évitent le détroit d’Ormuz, redoutant une reprise des hostilités.

Une leçon sur l’importance du pétrole

Le brut restera rare et cher. D’ici la fin de l’année, le baril devrait évoluer entre 80 et 90 dollars, nettement au-dessus de son niveau d’avant-guerre.

Tous les produits dérivés du pétrole vont renchérir – essence, diesel, mazout, kérosène. Et cette crise rappelle aussi l’omniprésence du pétrole dans l’économie.

Le fabricant des figurines Filly alerte ainsi sur la hausse du prix de l’acrylique et du polyester, en progression jusqu’à 15%. Une augmentation des prix devient probable. Le kérosène, lui, atteint des niveaux records, environ deux fois supérieurs à ceux de l’an dernier. La hausse se répercutera sur les billets d’avion.

La crise énergétique va alimenter l’inflation. Aux Etats-Unis, celle-ci était déjà élevée. En cause notamment: la politique commerciale de Donald Trump, qui promettait une baisse des prix mais a imposé des droits de douane historiques.

Sans ces mesures, les prix de biens comme les voitures, les meubles ou les vêtements auraient reculé en 2025, selon des analystes. Mais ils ont au contraire fortement augmenté. Aussi, le moral des consommateurs sreait au plus bas depuis cinquante ans.

A cela s’ajouterait désormais un choc énergétique. L’inflation pourrait atteindre entre 3,5% et 4% en 2026.

La Réserve fédérale (Fed) ne devrait pas relever ses taux directeurs, mais les maintenir à un niveau élevé. Donald Trump comptait pourtant sur une baisse pour soutenir l’économie avant les élections de novembre. Faute de résultats, il pourrait reproduire un comportement déjà observé pendant le conflit, selon le Wall Street Journal:

«Hurler sur ses collaborateurs pendant des heures»

De meilleures perspectives pour la Suisse?

Dans la zone euro, la situation diffère. Avant le conflit, l’inflation reculait nettement, permettant à la Banque centrale européenne (BCE) de réduire ses taux. La tendance pourrait s’inverser: l’inflation est attendue à 2,4%, ce qui pousserait la BCE à relever ses taux. La banque J. Safra Sarasin anticipe une hausse de 0,5 point en 2026.

Et, pour la Suisse, ce contexte ouvrirait des perspectives moins sombres. Car le pays est mieux protégé face à la crise énergétique, soulignent les économistes de Sarasin. Les ménages y consacrent en moyenne deux fois moins de dépenses à l’énergie que dans la zone euro.

Conséquence: la hausse des prix resterait contenue. La Banque nationale suisse (BNS) ne serait pas contrainte de relever ses taux. Le niveau actuel, à zéro, devrait être maintenu. Même si un changement reste possible en 2027.

Les économistes de Sarasin se montrent prudents. Globalement, selon eux, l’économie dispose encore de marges de production. Le principal frein reste le franc fort, surévalué à un niveau inédit depuis dix ans. Tant que cette situation perdure, une hausse des taux n’est pas nécessaire.

Dans ce contexte, la crise pourrait devenir une opportunité. Si la BCE relève ses taux et pas la BNS, l’écart de taux – déjà élevé – se creusera davantage. L’euro gagnerait alors en attractivité, le franc s’affaiblirait. Une évolution favorable aux exportateurs.

Mais si Donald Trump ne trouve pas rapidement une issue, les marchés de l’énergie pourraient basculer au-delà du «bord de la catastrophe». Le coût politique serait élevé. Selon un expert du CSIS, le président américain a «creusé lui-même son trou en Iran et refuse obstinément de respecter la première règle des trous: arrêter de creuser!»

Non pas plus cher, mais indisponible

Le Fonds monétaire international (FMI) a modélisé un scénario pessimiste, où le prix du pétrole dépasserait largement les 100 dollars le baril en 2026 et 2027. L’Union européenne se rapprocherait alors d’une récession. L’inflation pourrait frôler les 5%. «Aucun pays européen ne serait alors épargné.»

Au-delà des prix, certaines pénuries sont à craindre. Selon Fatih Birol, l’Europe pourrait connaître «de très graves problèmes d’approvisionnement en diesel et en kérosène» et voir «des vols entre la ville A et la ville B annulés».

Trois compagnies aériennes ont déjà annoncé la suppression de dizaines de milliers de vols. Pour la Suisse, les économistes de Sarasin envisagent deux scénarios. Dans le premier, le franc s’apprécie fortement. Les exportations en souffrent davantage, l’inflation recule et la BNS doit intervenir. Elle maintiendrait son taux à zéro et tenterait d’affaiblir le franc par des achats d’euros.

Dans le second scénario, le franc reste stable. La Suisse importerait alors de l’inflation, ouvrant la voie à de futures hausses de taux. Comme souvent, tout dépendra de l’évolution du franc. (aargauerzeitung.ch) (trad. tib)

Des manifestations, en Iran et ailleurs
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Des manifestations, en Iran et ailleurs
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source: epa / sedat suna
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