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Economie

Voici pourquoi le secteur de la viande suisse a la grogne

La consommation de viande est devenue un sujet politique en Suisse.
La consommation de viande est devenue un sujet politique en Suisse.Image: Getty

Cette «double hypocrisie de la Confédération» énerve la filière viande

Selon la filière de la viande, le Conseil fédéral restreindrait la consommation de viande tout en continuant à en percevoir des recettes. Le gouvernement rejette ces accusations.
02.03.2026, 19:0102.03.2026, 19:01
Othmar von Matt / ch media

La filière viande est sous pression politique. Premièrement, la pyramide alimentaire de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) formule de nouvelles recommandations nutritionnelles, mettant notamment en avant les sources de protéines végétales, les céréales complètes ainsi que les fruits et légumes de saison et de proximité. La viande est reléguée au second plan, et l'office conseille d'en consommer au maximum trois fois par semaine.

Deuxièmement, la politique agricole 2030+ de l'Office fédéral de l'agriculture fait grincer des dents. Celui-ci entend privilégier les programmes de grandes cultures plutôt que la production fourragère, afin de favoriser la production végétale. Sauf que dans les régions de montagne et préalpines, l'élevage est souvent considéré comme la seule forme d'exploitation viable.

Troisièmement, les exigences de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) relatives aux nouvelles étables et aux transformations sont devenues plus contraignantes en raison de normes d'émissions strictes. Celles-ci seraient souvent en contradiction directe avec l'exigence d'un élevage proche de la nature, déplore la filière viande.

Un secteur tout entier grogne

Le programme d'allègement budgétaire du Conseil fédéral aggrave la situation et frappe durement la filière. D'un côté, il prévoit des économies sur la promotion de la qualité et des ventes ainsi que sur les aides à l'élevage. De l'autre, le gouvernement entend générer des recettes supplémentaires via la filière viande, par la mise aux enchères des contingents tarifaires et, indirectement, par les contributions à l'élimination des déchets.

Ruedi Hadorn, responsable du secteur politique de l'Union Professionnelle Suisse de la Viande (UPSV), parle de «double hypocrisie de la Confédération». Première hypocrisie: le Conseil fédéral a toujours affirmé vouloir réduire les dépenses. Or, c'est précisément dans la filière viande qu'il entend maintenant aussi augmenter ses recettes.

Deuxième hypocrisie: «La Confédération veut le beurre et l'argent du beurre», déclare Hadorn avant de poursuivre:

«D'un côté, la Confédération veut limiter ce secteur économique, voire l'étouffer. La consommation de viande doit selon elle être réduite.»

De l'autre, Berne réclame des recettes croissantes de la part de la branche. Hadorn ironise:

«Il faudrait être bien naïf pour croire que tout cela est une coïncidence»
Ruedi Hadorn.
Ruedi Hadorn déplore les décisions de la Confédération vis-à-vis du secteur de la viande.Image: Union Professionnelle Suisse de la Viande

La filière viande réalise un chiffre d'affaires annuel de dix milliards de francs, ce qui correspond à environ 1,5% du produit intérieur brut de la Suisse. Actuellement, les recettes des enchères liées à l'importation de viande de volaille connaissent une croissance fulgurante. Rien qu'au cours des deux dernières années, elles ont augmenté de 35 millions de francs. Si l'on ajoute les droits de douane ordinaires, ce chiffre atteint près de 40 millions.

Des chiffres revus à la baisse

Cette croissance est liée à des glissements marqués dans la consommation de viande, avec une appétence globale pour la volaille. La filière viande n'en profite toutefois pas. La croissance est absorbée par les importations. Depuis 2023, les importations annuelles auraient augmenté d'environ 15 000 tonnes, indique Hadorn. Cela montrerait que les capacités de production nationales ne suffisent pas à absorber une hausse aussi forte en si peu de temps.

Pour Hadorn, les raisons sont principalement imputables aux autorités. Selon lui, elles freinent la croissance économique du secteur avec des «obstacles malheureusement trop importants».

L'ampleur des concessions que la filière viande devra consentir reste incertaine. Selon les intentions du Conseil fédéral, il s'agirait, outre les 280 millions de francs déjà existants, de 137 millions supplémentaires, précise Hadorn: 80 millions sur la mise aux enchères des contingents tarifaires, 48 millions sur les contributions à l'élimination des déchets et un peu moins de cinq millions chacun sur les aides à l'élevage et sur la promotion des ventes.

«Des sommes qui, en fin de compte, sont à la charge des consommateurs, dont le pouvoir d'achat diminue»

Le Conseil des Etats a depuis lors réduit à presque rien le paquet d'économies de 137 millions pour la filière viande. Il ne maintient qu'environ 2 millions sur la promotion des ventes dans le paquet d'économies. La commission des finances du Conseil national, en revanche, a réduit de moitié les montants sur trois postes (promotion des ventes, contributions à l'élimination des déchets, aides à l'élevage) et ramené les 80 millions pour la mise aux enchères des contingents tarifaires à 17 millions.

Elle prépare actuellement un plan d'économies de 50 millions. Cependant, la commission l'a complété par une augmentation de tous les droits de douane agricoles de 175 millions de francs. Un quart de ce montant porterait sur les seuls aliments pour animaux.

Les conseillers fédéraux se défendent

Ce sont néanmoins des résultats intermédiaires remarquables pour une filière qui se trouve dans le collimateur de quatre membres du Conseil fédéral: Karin Keller-Sutter (économies), Guy Parmelin (culture), Elisabeth Baume-Schneider (recommandations alimentaires) et Albert Rösti (obstacles à la construction).

Ils rejettent les critiques selon lesquelles ils acculeraient la filière viande. Pour des raisons d'équilibre politique, outre les réductions de dépenses, certaines recettes supplémentaires ont toujours été envisagées, selon le département des finances. Le département de l'intérieur affirme quant à lui qu'il n'y a «absolument aucun agenda politique» en matière de consommation de viande. Et l'Office fédéral de l'agriculture souligne:

«La Confédération ne veut pas faire reculer la filière viande»

Ainsi, les productions laitière et de viande devraient toujours occuper une place centrale dans l'agriculture et dans le futur du système alimentaire suisse.

Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
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Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
source: sad and useless
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