«Pas d’autre choix»: le boss de Lindt justifie la hausse de prix de 40%
Docteur en droit, L’Autrichien Adalbert Lechner (64 ans) a commencé sa carrière chez L’Oréal et Johnson & Johnson. En 1993, il rejoint Lindt & Sprüngli, où il dirige d’abord les activités en Autriche puis en Allemagne avant de devenir le grand patron du groupe en 2022.
Une première question pour se mettre dans le bain. Quel est votre chocolat préféré?
Adalbert Lechner: Depuis 30 ans, ma tablette préférée est notre chocolat aux noisettes entières. Quelque chose de très simple, malgré toutes les nouveautés, comme le chocolat «style Dubaï».
En 2025, vous avez augmenté de 19% le prix de votre tablette préférée. Au cours des quatre dernières années, Lindt a même imposé des hausses de prix de 40%. N’allez-vous pas trop loin?
Nous n’avons pas d’autre choix. Après des décennies de grande stabilité du prix du cacao, celui-ci a fortement augmenté depuis 2023. Par moments, il a même triplé. Actuellement, il reste nettement supérieur à sa moyenne de long terme. Nous avons essayé d’absorber une partie de la hausse des coûts par des économies et des mesures d’efficacité. Seule la part que nous n’avons pas pu compenser a été répercutée.
Au cours des quatre dernières années, les clients vous sont restés fidèles malgré l’explosion des prix. Mais on observe maintenant les premiers signes de renoncement à l’achat. Vos volumes ont reculé. Quand allez-vous réagir et baisser les prix?
Nous réagirons en renforçant continuellement l’attractivité et la valeur de notre marque. Il faut aussi souligner que les consommateurs ont été quelque peu choyés par le passé. Le prix du chocolat a à peine évolué au cours des trente dernières années, alors que celui d’un cappuccino, par exemple, n’a cessé d’augmenter.
Il existe pourtant un argument en faveur de baisses de prix: les prix du cacao ont récemment fortement chuté. Cet effet ne se répercute qu’avec un certain décalage, car nous disposons généralement de stocks couvrant six à douze mois. Mais oui: si le prix du cacao reste effectivement plus bas à l’automne de cette année, nous examinerons la situation. Le cacao ne représente toutefois qu’une partie de nos coûts. Les coûts logistiques et énergétiques, ainsi que les investissements dans les programmes de durabilité, jouent aussi un rôle important.
Le commerce de détail se montre mécontent de la hausse constante des prix. Migros a même retiré brièvement Lindt de ses rayons avant Noël. Comment se déroulent actuellement les négociations?
Nous avons trouvé un accord et nous collaborons de manière constructive.
Comment la guerre en Iran va-t-elle influencer les prix du chocolat?
A court terme, les prix n’augmenteront pas davantage. A plus long terme, tout dépendra de la durée du conflit. Une chose est sûre: les coûts logistiques vont augmenter, tout comme les coûts d’emballage, qui sont liés au prix du pétrole. Mais j’ai une inquiétude plus grande.
Laquelle?
La hausse des prix de l’énergie et de l’essence pourrait raviver l’inflation. Cela pèserait sur le moral des consommateurs, qui est très important pour nous. Nous pensions plutôt que la situation allait s’améliorer, cela est désormais remis en question.
Vous avez toutefois pu annoncer une bonne nouvelle lors de la conférence de presse annuelle. Une étude montre que le boom des injections amaigrissantes n’affecte pas la consommation de chocolat. Au contraire: les personnes qui prennent ces médicaments consomment davantage de chocolat haut de gamme. Pourquoi?
Les personnes qui utilisent ces injections doivent faire beaucoup d’efforts et de renoncements. Le médicament réduit la sensation de faim et modifie le comportement de consommation en général. Beaucoup se disent apparemment qu’elles veulent continuer à s’accorder un certain plaisir, sans pour autant manger toute une tablette de chocolat devant la télévision.
Vous avez récemment ouvert un flagship store à Vienne. Quels autres emplacements évaluez-vous actuellement, peut-être aussi en Suisse?
Nous allons bientôt ouvrir un flagship store à Lucerne, également sur deux étages.
D’autres magasins sont actuellement planifiés dans toute l’Europe. En Asie et en Amérique, nous n’en sommes pas encore là.
Pourquoi?
Nous cherchons d’abord à mettre au point un modèle de boutiques rentable et facilement reproductible. C’est déjà le cas en Europe. Si une opportunité se présente en Amérique, nous y ouvrirons également des flagship stores.
Dans votre secteur, les programmes de durabilité sont essentiels. Quel bilan tirez-vous?
Pour 2025, nous avons presque entièrement atteint nos objectifs, et même dépassé certains d’entre eux. Par exemple, nous nous approvisionnons désormais à 100% en cacao via des programmes d’approvisionnement responsables. Nous ne serons sans doute jamais numéro 1 en tant que marque premium. Mais, par rapport à la concurrence industrielle, nous sommes bien positionnés.
Depuis cette année, votre cacao porte également le label Rainforest Alliance. Un label bio serait-il aussi envisageable?
Non, l’offre de cacao biologique est limitée et la demande pour le chocolat bio reste faible. Cela tient aussi au fait que le cacao provient de petites exploitations agricoles. La question n’est donc pas de s’éloigner d’une agriculture industrielle pour passer au bio.
Des accusations de travail des enfants apparaissent régulièrement, y compris dans les plantations liées à Lindt. En faites-vous assez pour éradiquer ce phénomène?
Nous avons lancé en 2008 notre propre programme de durabilité pour le cacao. La question du travail des enfants figure tout en haut de l’agenda. Pourtant, lorsque des journalistes se rendent sur place, ils trouvent encore des cas de travail des enfants. Je dirais néanmoins que des progrès ont été réalisés.
Mais?
Malheureusement, nous ne pouvons pas contrôler chaque jour les plus de 100 000 agriculteurs avec lesquels nous travaillons. Le travail des enfants reste une réalité profondément ancrée dans certaines cultures locales. Une chose est toutefois claire: la prise de conscience des agriculteurs a fortement progressé.
Nous mettons en œuvre différentes mesures pour traiter cette question.
Comment vos agriculteurs profitent-ils du prix élevé du cacao?
A l’échelle mondiale, les agriculteurs ont bénéficié de la hausse du prix du cacao. Le prix dit « bord champ » — celui payé directement au producteur — a nettement augmenté ces dernières années. Les producteurs en ont tiré profit. Beaucoup ont pu investir davantage, par exemple dans la taille des arbres ou la fertilisation des sols. Cela leur a permis d’obtenir de meilleurs rendements.
Une bonne récolte est l’un des moyens les plus durables d’augmenter les revenus des agriculteurs. (trad. hun)
