Suisse
Economie

Pourquoi les bilatérales Suisse-UE sont nécessaires à l'emploi

«Sans cela, le marché du travail suisse s'effondrerait»

La Suisse acceptera, ou non, les nouveaux accords bilatéraux avec l'UE dans les prochaines années. Face aux voix critiques, un spécialiste de l'emploi et de l'économie explique en quoi les Bilatérales III sont essentielles.
06.01.2026, 05:3306.01.2026, 07:35
Stefan Bühler / ch media

Dans le débat sur les nouveaux accords avec l'UE, les Bilatérales III, ce sont surtout les représentants économiques critiques qui se sont exprimés. Mais un partisan prend désormais la parole: Andreas Eichenberger, propriétaire d'une entreprise d’intérim et président de Swissstaffing, le syndicat patronal des prestataires de services en personnel. Il explique pourquoi, selon lui, la Suisse dépend absolument de la libre circulation des personnes.

Monsieur Eichenberger, quel est le poste le plus insolite pour lequel vous avez fourni du personnel?
Un de nos clients construit des machines minières pour l'extraction de minerais et de terres rares. Ces machines doivent être révisées chaque année, quelque part au Chili à 4000 mètres d'altitude, et, pour ce poste, les candidats se bousculent chez nous.

Quels types de postes s'agit-il?
Ce sont des ingénieurs, des mécaniciens, des soudeurs ou des spécialistes du nettoyage des composants des machines.

Ce sont des spécialistes, pas des personnes non qualifiées?
Votre question reflète un malentendu fréquent: le travail temporaire est souvent associé à des postes non qualifiés, ce qui n'est pas le cas. 

Quelles sont réellement les proportions de personnel qualifié et non qualifié?
Selon les chiffres fédéraux, 20 à 30% des personnes mises à disposition sont non qualifiées, tous les autres possèdent une formation. Parmi eux se trouvent de très nombreux profils hautement qualifiés.

«L'un de nos clients emploie 150 personnes en intérim: aucune ne gagne moins de 120 000 francs par an»

Avec ces employés, il construit une usine quelque part dans le monde, puis, une fois le chantier terminé, ils passent à un autre projet.

Mais ce ne sont pas les postes les plus fréquents. Pour quel type de travail la demande de personnel intérimaire est-elle la plus forte?
Le bâtiment reste le classique: ici, le salarié temporaire remplace le saisonnier tel qu'on le connaissait auparavant. La demande est également élevée dans la santé, ainsi que dans l'industrie, la logistique et le secteur informatique. Comme vous le voyez, c'est très varié.

Vous avez parlé des saisonniers. J'entends des travailleurs plus âgés d'Europe du Sud se plaindre: à l'époque, les contrats saisonniers duraient neuf mois, aujourd'hui souvent seulement trois. Que répondez-vous?
En moyenne, les missions durent environ quatre mois. Cela dépend aussi du secteur: dans le bâtiment, l'activité est souvent saisonnière, du printemps jusqu'au début de l'hiver.

«Il n'est pas rare que les mêmes personnes reviennent chaque année dans la même entreprise»

Ces personnes travaillent-elles en intérim par choix ou parce qu'elles ne trouvent pas d'emploi fixe?
Au contraire: souvent, un contrat temporaire débouche sur un emploi permanent dans l'année. Ensuite, nous avons des personnes venant d'autres pays, comme le Portugal, qui souhaitent passer plusieurs mois par an chez elles. Les jeunes de la génération Z, eux, ne veulent parfois pas de contrat fixe. Au total, 400 000 personnes travaillent en intérim en Suisse.

Mais n'est-il pas vrai que le travail temporaire fait peser le risque économique sur les employés? Si ça se passe mal, ce sont eux qui en pâtissent en premier.
Nous sommes un indicateur avancé de la conjoncture: nous ressentons les ralentissements plus rapidement que d'autres. C'est vrai. Mais inversement, nous et nos employés profitons également en premier d'une reprise: lorsque les entreprises hésitent encore, elles embauchent d'abord du personnel supplémentaire en intérim. Il y a donc les deux côtés de la médaille.

Le travail temporaire consiste-t-il à travailler à la demande?
Pas du tout, ce n'est pas le cas.

Mais les syndicats disent le contraire.
Les syndicats sont nos partenaires sociaux; nous avons négocié avec eux une convention collective de travail à caractère général. Elle vise justement à prévenir ce type de situations précaires: le salaire minimum est garanti, les indemnités journalières en cas de maladie en font partie. Nous versons des contributions aux caisses de pension dès le premier jour, si l'employé le souhaite ou s'il a des enfants à charge.

D'où viennent les personnes que vous prêtez aux entreprises?
60 à 70% viennent à l'origine de pays de l'UE, les autres de Suisse. Nous n'avons que très peu de personnes provenant de pays tiers.

Quelle importance accordez-vous à la libre circulation des personnes avec l'UE?
La vraie question est: quelle importance la libre circulation des personnes a-t-elle pour la Suisse?

C'est très controversé, l'UDC y est opposée.
Au Royaume-Uni, après le Brexit et la fin de la libre circulation des personnes, l'immigration n'a pas diminué, elle a même augmenté. Les personnes viennent désormais non plus d'Europe, mais de pays plus lointains. La réalité est que nous dépendons de l'immigration.

Certes, mais on pourrait aussi le réguler par des quotas.
J'ai connu l'époque des quotas: on se noyait dans la bureaucratie.

Honnêtement: 60 à 70% du personnel mis à disposition vient de l'UE. Sans la libre circulation, votre modèle économique s'effondre, non?
Ce n'est pas seulement notre activité qui s'effondrerait, mais le marché du travail suisse dans son ensemble. Par exemple, les isolateurs et plâtriers: 80% viennent de l'étranger. Les maçons: 59%. Les mathématiciens: 50%. Où trouverions-nous ces personnes si la libre circulation n'existait plus?

Andreas Eichenberger est le propriétaire de l'agence d'intérim «House of Flexwork Group», fondée il y a 25 ans. L'entreprise est présente dans plusieurs villes de Suisse. Il est marié, père de deux en ...
Andreas Eichenberger est le propriétaire de l'agence d'intérim «House of Flexwork Group», fondée il y a 25 ans. L'entreprise est présente dans plusieurs villes de Suisse. Il est marié, père de deux enfants adultes, et représente Swissstaffing au sein du conseil d'administration de l'Association suisse des employeurs.

Parallèlement aux nouveaux accords avec l'UE, la protection des salaires est renforcée en Suisse, surtout sous la pression des syndicats. Quel est votre avis?
Il n'y a pas tant de nouveautés que ça. Bien sûr, il y a deux ou trois points qui ne me réjouissent pas, comme le renforcement de la protection des salaires pour les délégués syndicaux en entreprise. Mais nous devons préserver la paix sociale en Suisse, même si cela a un coût.

Un point particulièrement controversé entre employeurs et syndicats était la possibilité de déclarer plus facilement une convention collective de travail comme générale et obligatoire pour toutes les entreprises d'un secteur. Swissstaffing, votre association, en a une. Pourquoi avez-vous accepté cela?
Nous le voulions. Il y a 20 à 30 ans, nous étions qualifiés de marchands d'esclaves. Aujourd'hui, ce terme n'est pratiquement plus utilisé à notre égard. Respecter certaines règles concernant les salaires et le temps de travail est tout à fait normal. Nous avons grandi et il est reconnu que nous jouons un rôle important dans l'économie, là où le travail flexible est nécessaire.

Jusqu'ici, les prises de position d'entrepreneurs s'exprimant clairement en faveur des Bilatérales III ont été rares. Vous êtes l'un des premiers. Comment comptez-vous continuer à participer au débat?
Les voix critiques ont épuisé leur cartouche très tôt. Les opposants ont rejeté les nouveaux accords avec l'UE avant même de savoir ce qu'ils contenaient. Je me suis penché sur le sujet et j'en suis arrivé à la conclusion que ce paquet européen représente une nette amélioration pour la Suisse.

Même si, avec la reprise dynamique du droit, encore plus de règlements européens s'appliqueront en Suisse?
Aujourd'hui, l'UE peut nous sanctionner directement, par exemple dans la recherche, la medtech ou la Bourse. Il n'existe pas de procédure de règlement des différends ni de tribunal arbitral auquel la Suisse participe. A l'avenir, nous pourrons donner notre avis lors de l'élaboration de nouvelles législations européennes, ce qui n'était pas possible jusqu'ici.

Traduit et adapté par Noëline Flippe

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