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Comment la mafia a pris le contrôle de deux entreprises suisses

Claridenstrasse à Zurich, où étaient domiciliées deux entreprises contrôlées par la mafia.
La Claridenstrasse, à Zurich, où étaient domiciliées les deux sociétés contrôlées par la mafia. image: Henry Muchenberger

Comment la mafia a pris le contrôle de deux entreprises suisses

Des réseaux criminels exploitent des sociétés suisses pour faire transiter et blanchir de l’argent, notamment grâce à de fausses factures. Voici comment.
07.10.2026, 11:5507.10.2026, 12:56
Henry Habegger

En octobre 2020, une entreprise de Brescia, au nord de l’Italie, spécialisée dans le secteur de l’alimentation animale et de la médecine vétérinaire, a adressé une facture de 457 950 euros (428 703 francs) à une petite société zurichoise. Selon le registre du commerce, celle-ci vendait alors des produits de soin pour la barbe et des cosmétiques, avant de se reconvertir dans le bâtiment.

Deux mois plus tard, la même entreprise de Brescia a facturé 280 000 euros (262 000 francs) à une autre société zurichoise. Selon ses statuts, ses activités comprenaient notamment les études de marque et les campagnes publicitaires.

Une complexe organisation mafieuse

Dans les beaux quartiers de Zurich, personne n’avait évidemment besoin de telles quantités de nourriture pour animaux venue d’Italie: les deux factures étaient fausses. Aucune marchandise n’avait été commandée, livrée ou payée. Ces opérations, consignées dans des actes d’enquête italiens, s’inscrivent dans le dossier Pasquale Lamberti.

Cet entrepreneur de Brescia, disparu sans laisser de traces, aurait été assassiné sur ordre de la mafia calabraise, la ’Ndrangheta.

Les mafieux avaient de fait pris le contrôle de l’entreprise de Lamberti en 2020 et pouvaient ainsi établir de fausses factures en son nom. Ils ont ainsi obtenu de la banque de l’entreprise le versement d’avances sur les montants facturés: 185 000 euros dans un cas, 149 600 euros dans l’autre (173 000 et 140 000 francs).

L’arnaque fonctionnait parce que les criminels contrôlaient également ces deux sociétés zurichoises. Parmi leurs complices en Suisse figurait notamment un couple argovien, ainsi que des avocats et des notaires de Zurich et de Bellinzone.

L’un des principaux prévenus dans l’affaire Lamberti est même devenu, dès 2021, associé et gérant de l’une des deux sociétés zurichoises. Cette affaire porte à la fois sur une escroquerie et un meurtre présumé. Il est donc probable que ces entreprises aient aussi servi à d’autres opérations et transferts de fonds douteux.

Reste à savoir si les faux justificatifs ont également été utilisés pour frauder le fisc suisse.

Une activité très lucrative

Les fausses factures représentent un marché de plusieurs milliards. Pour la mafia, les sociétés-écrans du type de celles utilisées dans l’affaire Lamberti valent de l’or.

En Suisse, ce genre de montage est très répandu: leur activité consiste essentiellement à fabriquer de faux justificatifs pour différentes fraudes, notamment à l’assurance sociale ou liées au travail au noir dans le bâtiment. Des procédures judiciaires, par exemple contre des ferrailleurs, l’ont confirmé à maintes reprises.

Les comptes de ces sociétés fictives servent aussi de plus en plus à faire transiter et à blanchir de l’argent provenant, par exemple, d’arnaques téléphoniques ou de fraudes à l’investissement.

Les fausses factures permettent de donner une apparence légale à ces mouvements de fonds. Ces montages sont orchestrés par des avocats, des fiduciaires et d’autres conseillers, suisses ou étrangers. Pour occuper les fonctions d’associé ou de membre du conseil d’administration au sein de ces sociétés, ils font généralement appel à des prête-noms, rémunérés à la commission.

Un ex-mafieux dévoile le système

Un ancien chef d’une locale de la ’Ndrangheta (une cellule territoriale de l’organisation) a expliqué le fonctionnement de ce système la semaine dernière devant un tribunal milanais. Le procès porte sur l’émergence d’une nouvelle «super-mafia» en Italie et sur d’importants flux d’argent transitant notamment par la Suisse:

«Quand quelqu’un a besoin d’argent liquide, on lui établit une fausse facture. Il effectue ensuite un virement à celui qui l’a émise, afin de laisser une trace bancaire. Ce dernier lui rend l’argent en espèces, après avoir prélevé une commission de 2, 3 ou 4%.»

L’émetteur de la facture conserverait en outre la TVA. Quant au client, il peut déduire de ses impôts cette dépense fictive.

Il s’agit de réseaux bien rodés, actifs au-delà des frontières et dont les membres se connaissent depuis des années. Dans l’affaire Lamberti, certains fiduciaires impliqués apparaissaient déjà dans l’entourage de la ’Ndrangheta il y a 30 ans.

Si ces acteurs peuvent malgré tout poursuivre leurs activités, c’est aussi parce que le système suisse leur laisse une certaine marge de manœuvre. Un entrepreneur du secteur de la construction explique ainsi à CH Media (éditeur de watson):

«Notre système libéral n’est pas conçu pour faire face à la pression croissante exercée par les structures criminelles»

L’un des principaux problèmes, c’est que les personnes impliquées s’en tirent souvent sans conséquences. Les administrations et les autorités renoncent généralement à déposer plainte, car cela représente trop d’efforts pour des résultats jugés insuffisants.

En conséquence, les informations ne sont ni consignées ni transmises aux autres services concernés. Les mafieux et leurs complices en Suisse le savent. «Il faut de toute urgence imposer le signalement de toutes ces opérations douteuses», estime un représentant des autorités.

Des voitures de luxe à disposition des mafieux

C’est ainsi que le principal auteur dans l’affaire Lamberti, un Italien déjà condamné pour homicide volontaire et trafic de drogue, a pu agir sans être inquiété au sein de l’une des sociétés zurichoises. Avec l’aide de conseillers financiers locaux, il s’était aménagé une situation confortable en Suisse: permis de séjour, domicile à Volketswil (ZH) et abonnements de téléphonie mobile suisses.

Un conseiller financier zurichois avait en outre fait immatriculer, via sa société de gestion de fortune, plusieurs voitures de luxe mises à la disposition des mafieux.

Et les deux sociétés zurichoises? L’une vient d’être mise en faillite. Une fondation de prévoyance avait engagé des poursuites contre elle pour une dette de 32 000 francs. Le mafieux présumé a quitté l’autre société entre-temps. Il est aujourd'hui incarcéré en Italie. Le couple argovien, lui, est toujours en place. Le site internet de la «société de construction» est lui aussi toujours actif. On peut encore y demander, sans engagement, des offres pour toutes sortes de travaux de construction et de rénovation.

La présomption d'innocence s'applique. (trad.: mrs)

Parmelin dans tous ses états!
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Guy Parmelin porte une casquette portant l'inscription Switzerland great since 1291, le mercredi 29 juillet 2026 à Neudorf.

source: keystone / peter schneider
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