Ce plan socialiste pour soutenir l'économie suisse est rejeté
La vigueur du franc ne figurerait plus tout en haut de la liste des préoccupations des chefs d’entreprise. C’est du moins ce que rapportent des fonctionnaires de l’administration fédérale. Mais lorsqu’on interroge directement les entrepreneurs tournés vers l’exportation, le discours est tout autre. Pour beaucoup, la force du franc reste la principale préoccupation, même si la monnaie suisse s’est quelque peu affaiblie récemment.
Peu d’entreprises veulent s’en plaindre ouvertement, mais la plupart ont pris des mesures. L’industrie suisse a massivement délocalisé des emplois à l’étranger – ou n’en a plus créé que là-bas. Selon les chiffres de la Banque nationale suisse (BNS), d’importantes branches industrielles ont créé quelque 200 000 emplois à l’étranger depuis 2008. Dans le même temps, elles ont réduit le nombre de postes en Suisse.
La vigueur du franc accroît le risque de désindustrialisation. C’est pourquoi le coprésident du Parti socialiste (PS), Cédric Wermuth, a porté la motion «Garantir une politique monétaire dans l'intérêt général du pays, comme le prévoit la Constitution». Il souhaitait faire modifier la loi et obliger la Banque nationale, lorsqu’elle veille à la stabilité des prix, à prendre en compte non seulement l’évolution de la conjoncture, mais aussi les «effets sur l’emploi» et la «compétitivité internationale de l’économie suisse».
Mais le Conseil fédéral ne veut pas en entendre parler. Cette semaine, il a rejeté la motion correspondante. Dans sa réponse, il souligne que la Banque nationale doit tenir compte de l’évolution de la conjoncture, laquelle «comprend également l’emploi». Le Conseil fédéral relève aussi que la Banque nationale dispose, «avec sa politique de taux d’intérêt et, si nécessaire, ses interventions sur le marché des changes, d’instruments de politique monétaire appropriés» pour à la fois contrer un recul excessif de l’inflation et soutenir l’évolution conjoncturelle. En résumé: la motion ne changerait rien, raison pour laquelle le Conseil fédéral la rejette.
La Banque nationale n’a pas manqué de constater que les pressions à la hausse sur le franc se sont accentuées avec l’escalade du conflit au Moyen-Orient, «le franc étant recherché comme valeur refuge», comme l’a récemment relevé Martin Schlegel, président de la BNS.
Entre-temps, les taux d’intérêt ont augmenté dans les grandes zones monétaires, notamment parce que les marchés s’attendaient à un resserrement de la politique monétaire en raison d’une inflation plus élevée. L’écart de taux avec la Suisse s’est donc creusé, ce qui a entraîné un affaiblissement du franc.
De fait, l’euro vaut de nouveau environ 93 centimes aujourd’hui, et le dollar 80 centimes. Mais la situation géopolitique reste incertaine, comme l'a reconnu le président de la BNS:
Cédric Wermuth s’attendait à une réponse négative du Conseil fédéral. «Mais cela valait la peine d’essayer», dit-il. «Nous devons maintenant trouver d’autres solutions susceptibles de réunir une majorité.» Car le problème demeure. (trad. hun)
