Trump menace la Suisse: voici ce que dit Berne
La dernière attaque de Donald Trump contre la Suisse est survenue sans prévenir. A peine venait-il, lors d’une interview téléphonique avec la chaîne économique CNBC, de critiquer le niveau élevé des taux d’intérêt aux Etats-Unis, qu’il a soudain évoqué la Suisse et sa banque nationale, laquelle aurait mené, ces «quinze, vingt dernières années», une politique monétaire expansionniste.
Puis, Donald Trump ne s’est plus retenu. Il a qualifié la Suisse de l’un de ces prétendus «pays d’élite» qui auraient bâti leur prospérité sur le dos des Etats-Unis. C'est à cette pratique, a-t-il poursuivi sur un ton véhément, qu'il aurait mis un terme grâce à ses droits de douane punitifs.
La Suisse a certes protesté contre ces mesures, en avançant, selon lui, que le pays serait «petit et brillant». Mais Donald Trump a rejeté cet argument, affirmant que les Etats-Unis constituaient la véritable élite. Il a toutefois reconnu que la Suisse versait désormais «un peu» d’argent aux Etats-Unis. Mais cela ne suffirait toujours pas. A l’avenir, ce montant augmentera donc. «Nous allons augmenter cela un peu», a-t-il annoncé.
La Suisse reste de marbre face aux taxes
La séquence d’interview n’a duré qu’environ 90 secondes. Mais elle a laissé nombre de téléspectateurs perplexes, alors même que des négociations sont en cours sur un accord commercial qui, selon le dernier point de situation publié la semaine précédente, progressent bien. Cet accord doit fixer à 15% le niveau des droits de douane sur les importations suisses aux Etats-Unis. Actuellement, durant une phase transitoire jusqu’à fin juillet, le droit punitif s’élève à au moins 10% de la valeur des marchandises. Ensuite, l’administration Trump pourrait introduire de nouveaux droits contre des Etats comme la Suisse, accusés de pratiques commerciales déloyales.
A Berne, la première réaction à l’annonce de Donald Trump se veut mesurée. «Nous prenons acte de ces déclarations», a indiqué mercredi Markus Spörndli, porte-parole du département du ministre de l’Economie Guy Parmelin. Les négociations entre Berne et Washington se poursuivent et les deux parties restent en contact, nous dit le communicant:
Trump suggère aux entreprises de renoncer à leur argent
Les remarques acerbes de Donald Trump pourraient donc n’être qu’une menace en l’air. Dans l’interview accordée à CNBC, le président a, toutefois, fait une autre déclaration susceptible de donner du fil à retordre aux entreprises suisses orientées vers l’exportation. Un présentateur lui a demandé s’il verrait d’un bon œil que les entreprises concernées renoncent au remboursement des droits de douane illégalement perçus, par égard pour ses sentiments personnels. Donald Trump a répondu: «Ce serait brillant», ajoutant que quiconque aurait eu cette idée le connaissait «très bien». Et de préciser qu’il se souviendrait des noms des entreprises qui renonceraient volontairement à leur argent.
Il faut savoir que, depuis lundi, les importateurs concernés peuvent réclamer le remboursement des droits de douane «Liberation Day», que la Cour suprême a jugés illégaux fin février 2026. L’administration des douanes et de la protection des frontières (CBP) a mis en place une base de données permettant un remboursement rapide pour des centaines de milliers de transactions. Environ 127 milliards de dollars pourraient ainsi être restitués aux importateurs dans les prochaines semaines. Reste en suspens la question du remboursement d’environ 40 milliards de dollars supplémentaires, liés à des transactions du printemps 2025.
Les montants en jeu sont donc considérables. Et la question se pose de savoir si les grandes entreprises peuvent se permettre d’irriter Donald Trump. (trad. hun)
