Cet ennemi invisible coûtera un milliard de francs en Valais
Le Service valaisan de l’environnement (SEN) n’a détecté aucun importante nouvelle pollution depuis 2022 dans le canton. A ce jour, sur les 1386 sites inscrits au cadastre cantonal, 728 ont été investigués, dont 190 ont été assainis.
Le SEN précise que 580 sites seraient potentiellement à investiguer en cas de projet de construction. Environ 100 sites nécessitent encore des mesures d’assainissement, selon des chiffres révélés lors d'une conférence de presse, mardi à Sion, portant sur les sites contaminés du canton du Valais.
«Notre principal défi, ce sont les PFAS», a rappelé Franz Ruppen, le chef du Département de la mobilité, du territoire et de l'environnement (DMTE). «Depuis 2022, la moitié des sites contaminés ont été investis et nos connaissances en la matière ont fortement progressé. Elles permettent un pilotage plus précis des mesures, mais ce serait faux de croire que le plus dur est derrière nous.»
Le principe du pollueur-payeur
Sur les huit principaux sites contaminés du canton, cinq présentent un niveau de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) trop élevés, engendrant d’importantes atteintes à la nappe phréatique. Il s'agit de l'ancienne raffinerie de Collombey-Muraz, des sites chimiques d'Evionnaz, de Monthey et de Viège, ainsi que du centre d'instruction de la protection civile à Grône.
Potentiellement, près de 190 autres sites sont susceptibles d’être concernés en Valais par ce type de pollution particulièrement persistante, dont plusieurs présentent déjà des impacts sur les eaux souterraines.
«En raison de leur persistance, de leur mobilité et de leur potentiel de bioaccumulation, les PFAS nécessitent des approches d’investigation et d’assainissement particulièrement complexes», a rappelé l'élu cantonal. La multiplicité des substances, l’évolution des seuils et les coûts élevés des mesures à mettre en œuvre rendent leur gestion particulièrement exigeante.
Les coûts liés à l’assainissement, en particulier pour les PFAS, sont estimés à près d’un milliard de francs d’ici à 2045. Ils concernent notamment d’anciens sites industriels, des décharges ou encore des installations de tir. Il s'agit d'une somme deux fois supérieure à celle investie entre 2000 et 2026, selon le SEN.
Conformément au principe du pollueur-payeur, ces coûts sont et seront majoritairement pris en charge par les responsables de ces pollutions (ou leurs successeurs juridiques), les collectivités intervenant en cas de défaillance ou de responsabilité propre. Un projet de révision de la loi cantonale sur la protection de l’environnement sera soumis au Grand Conseil en 2027.
Près de 900 000 tonnes de matériaux excavées
Concernant l'assainissement du site de Tamoil à Collombey-Muraz, des discussions sont en cours entre la commune, le canton et l'entreprise pour définir une stratégie d'assainissement et régler la question du coût de la présence des PFAS, dans ce terrain qui doit, à terme, accueillir plusieurs milliers de postes de travail. «Il s'agit d'un dossier prioritaire pour le SEN», précise ce dernier. «Il est vrai que la cédule hypothécaire demandée à Tamoil ne couvrira pas les futurs coûts», admet Yves Degoumois, l'adjoint à la cheffe du SEN.
En ce qui concerne le traitement des PFAS, plusieurs chantiers ont été lancés, voire sont terminés. Ainsi, 450 kg de PFAS ont été extraits de l'ancienne place d'exercice du site chimique de Viège. Au total, près de 900 000 tonnes de matériaux de sous-sol ont été excavées depuis le début des années 2000, selon le SEN.
«Depuis 2008, d'importants travaux d'investigations et d'assainissements de polluants (fluorures, mercure, plomb, antimoine) ont été réalisés», a précisé Christine Genolet-Leubin, la cheffe du SEN.
Des travaux qui prendront une «à deux générations»
D’autres travaux sont en cours pour assainir certains sols contaminés par le mercure dans le Haut-Valais, en lien avec le site Lonza ou la pollution à l'ancienne décharge de Gamsenried avec la présence de mercure et de benzidine. Un assainissement qui «prendra une à deux générations», a avoué, mardi, Yves Degoumois.
Au sujet de l'ancienne décharge de Gamsenried, les travaux préparatoires ont eu lieu en 2025. L'entreprise Lonza se doit désormais d'engager des entreprises chargées des travaux principaux de dépollutions. Ceux-ci auraient dû commencer lors du premier semestre 2026. Ils ne débuteront pas avant fin 2026-début 2027.
«Nous préférons que Lonza prenne le temps de développer un concept efficient que d'aller trop vite en besogne», a résumé David Flöss, le chef de la section sites pollués, sol et déchets du SEN. (jzs/ats)
