Les CFF, la Poste et Migros confrontés à des visites suspectes
Visiteur discrets ou espions, pas toujours facile de faire la différence. Depuis quelque temps, certains groupes d’expatriés russophones multiplient les visites dans des lieux suisses hautement sensibles pour les services de renseignement étrangers: centrales nucléaires, aéroports, installations ferroviaires ou centres logistiques – autant d’infrastructures dites critiques. Comme nous vous le révélions mardi, ces excursions sortent des activités classiques de ces profils.
Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) confirme être «au courant de visites de groupes dans des installations relevant des infrastructures critiques suisses». Le porte-parole refuse toutefois de livrer des détails sur «des aspects opérationnels, des groupes spécifiques ou des sites concrets».
Comment les responsables de ces infrastructures se protègent-ils contre ces menaces potentielles? Nous avons interrogé plusieurs exploitants déjà ciblés ou susceptibles de l’être.
Les centrales nucléaires restent prudentes
C’est le cas notamment des quatre centrales nucléaires situées dans les cantons d’Argovie et de Soleure. Leurs exploitants assurent que la sécurité des installations et la protection de la population sont leur priorité absolue. Une porte-parole de la centrale de Gösgen (SO) déclare:
La centrale de Leibstadt (AG) refuse d’entrer dans les détails, mais se dit consciente de la problématique. Même prudence du côté d’Axpo, qui exploite les deux autres centrales argoviennes, Beznau I et II:
Le porte-parole évoque toutefois «une multitude de mesures de sécurité», continuellement réévaluées et adaptées.
A l’aéroport de Zurich, une porte-parole précise que les visites de groupes sont encadrées par des règles strictes. L’aéroport travaille étroitement avec les autorités, notamment la police cantonale zurichoise. Selon le type de visite, certaines informations préalables peuvent être exigées et certaines zones restent inaccessibles. Tous les visiteurs passent en principe par un contrôle de sécurité.
La police cantonale de Zurich n’a pas souhaité commenter, renvoyant vers le Service de renseignement de la Confédération (SRC).
Les photos sont souvent autorisées
Ce qui interpelle, c'est que certaines de ces visites donnent lieu à la diffusion de photos et de vidéos sur les réseaux sociaux. Certaines images semblent avoir été prises discrètement, à l’insu du personnel. Il est probable que d’autres prises de vue, potentiellement plus sensibles, ne soient pas rendues publiques.
Dans de nombreuses installations, la photographie reste en effet autorisée. Tous les exploitants ne se prononcent pas sur ce point. L’aéroport de Zurich indique que filmer et photographier est en principe permis, en particulier dans les zones accessibles au public – mais avec des restrictions strictes:
Les droits à la personnalité doivent également être respectés. En 2025, environ 88 000 personnes ont participé à des visites guidées de l’aéroport.
La Poste ouvre peu de sites au public
La Poste exploite, elle aussi, des infrastructures critiques, tout en proposant des visites guidées dans certains centres de tri de courrier. Selon son porte-parole, ces visites sont toutefois soumises à «l’ensemble des règles de sécurité de la Poste». Les autres installations sont exclues.
L’entreprise reste volontairement vague:
Elle dispose d’un «dispositif de sécurité à plusieurs niveaux», ajusté en permanence en fonction des menaces. Outre les mesures physiques, la Poste investit également dans la cybersécurité.
Le tunnel du Gothard attire les espions
Les CFF constituent, eux aussi, une cible de premier plan. Des installations comme le tunnel de base du Gothard attirent particulièrement l’attention d’acteurs hostiles. Une porte-parole indique:
L’enregistrement préalable des participants et le contrôle d’identité sur place sont obligatoires. Les CFF peuvent refuser une demande de visite si l’objectif n’est pas clair, si l’exploitation risque d’être perturbée ou pour des raisons de sécurité. La compagnie rappelle:
Un phénomène sous-estimé
Les grands distributeurs comme Migros peuvent également être visés. Là aussi, un porte-parole déclare que des mesures de sécurité sont régulièrement revues et adaptées – sans donner plus de détails.
Les institutions gouvernementales font elles aussi partie des infrastructures critiques, à l’image du Palais fédéral, à Berne. Des groupes de visiteurs y suscitent régulièrement des interrogations.
Une porte-parole des Services du Parlement précise que l’accès au bâtiment nécessite une réservation préalable, une inscription à une visite guidée ou une invitation d’une personne autorisée. Sans motif de visite ni pièce d’identité officielle, l’accès est refusé.
Les visiteurs doivent présenter un document d’identité, subir un contrôle avec détecteur de métaux et scanner à rayons X. De plus, «dans le cadre de sa mission de protection», Fedpol vérifie les données des visiteurs dans les bases prévues à cet effet.
Les exploitants semblent donc redoubler de vigilance. Mais selon les autorités suisses, le danger reste largement sous-estimé. Un porte-parole du SRC avertit:
Le Conseil fédéral entend agir: il prévoit d’introduire d’ici la fin de l’année des règles contraignantes pour les exploitants d’infrastructures critiques. De telles obligations n’existent pas encore à ce jour. (adapt. tam)
