«On aurait dû se poser la question de l’origine de l'argent avant»
Après l’incendie du bar Le Constellation à Crans-Montana, le passé de son propriétaire, Jacques Moretti, soulève de nombreuses questions, notamment sur ses possibles relations avec des clans criminels en Corse où nous nous sommes rendus.
Stéphane Quéré, enseignant à l’Ecole française des sciences criminelles, spécialiste de la criminalité organisée et des trafics illicites dans le monde, nous donne son éclairage.
Comment faut-il interpréter les relations familiales de Jacques Moretti avec un membre du clan criminel Sisti?
C’est un indice, mais la Corse, c’est un territoire de 350 000 habitants à forte infiltration criminelle. Les gens ne peuvent choisir ni leurs liens familiaux ni leurs voisins. Il y a des Corses très honnêtes qui ont des liens avec des clans par leur famille.
Que signifie la proximité géographique entre son ancien bar à Bonifacio et l’établissement d’une famille connue comme criminelle?
Bonifacio est un fief économique pour des clans, comme la famille Filippeddu, qui domine largement la ville. Le port de Bonifacio est notamment un territoire économique, et donc criminel, important. Il y existe une pression sur les activités légales, notamment dans le tourisme. Un commerce totalement légal à cet endroit aurait rapidement conduit à des pressions de la part des clans.
Plusieurs journalistes ont été violemment agressés par un groupe de cinq à sept hommes en voulant s'approcher d'un établissement de Jacques Moretti. Est-ce un signe inquiétant?
La pression sur le couple qui exploitait Le Constellation est très forte de la part des autorités, des familles de victimes et des journalistes. On peut donc comprendre ce genre de réaction. Maintenant, on peut s’étonner que des proches soient venus depuis la Corse et on peut s’interroger sur les raisons pour lesquelles ils sont là.
A votre avis, ces différents indices justifient-ils de s’inquiéter en Suisse de la provenance des fonds de Jacques Moretti?
L’addition de plusieurs éléments soulèvent des questions légitimes, notamment l'origine corse des exploitants, les liens familiaux qu’on ne choisit pas, un passé judiciaire qui montre des activités de proxénétisme relativement organisées et des activités économiques dans le domaine très sensible des établissements de nuit connu pour être, en Corse, lié à des clans criminels.
Dans l’affaire dite du «Petit Bar», un établissement d’Ajaccio au cœur de l’histoire, et jugée en 2025, les Corses avaient investi dans la très réputée station française de Courchevel pour blanchir leurs fonds, notamment dans la restauration et le monde de la nuit, mais également dans le monde de l’art à Genève.
