«C’est avant tout un fou»: Chiètres est sous le choc
Zeynel, 64 ans, est le propriétaire du street-food Imbiss de la route de Morat, à Chiètres. Il se tenait debout près de son camion, lorsque le car postal arrivant de Guin a pris feu, de l’autre côté de la route, face à lui, mardi à 18h25.
Il raconte:
Kurde de Turquie, naturalisé suisse il y a 20 ans, Zeynel tient l’Imbiss de la rue de Morat depuis 27 ans. Ce mercredi matin, avisant son camion recouvert d’une fine pellicule de suie, il est pris d’une «forte émotion». Toute la nuit, depuis le premier étage de son appartement, il a regardé les pompiers s’affairer autour du car postal, évacué avant l'aube. Le goudron, calciné en surface sur une quinzaine de mètres, témoigne du drame de la veille. Portée par un léger vent d’ouest, une odeur âcre de brûlé saisit les narines.
«J'étais dans ma cuisine»
«J'étais dans ma cuisine.» Sana préparait le repas pour la rupture du jeûne en ce mois de ramadan. Cette mère de trois garçons a vu, elle aussi, le car postal en flammes depuis la fenêtre de l’appartement familial, au deuxième étage d’un petit immeuble situé près de la route.
Cela fait 17 ans que Sana vit en Suisse. Elle est originaire de Tunisie. Son mari travaille dans une entreprise de fruits et légumes de la région. Chiètres, 5500 habitants, entre autres desservie par le train reliant Neuchâtel à Berne, est située au cœur du «potager de la Suisse», dans le Seeland fribourgeois.
Au lendemain de la catastrophe qui a fait au moins 6 morts et 5 blessés, dont trois graves, l’immolation d’un passager étant l’une des pistes envisagées, la pharmacie Amavita, qui fait face au lieu du drame, restera fermée «toute la journée». Les clients sont priés de se rendre dans la succursale de Morat, à 8 km de là.
La pharmacie, grille baissée
Derrière la grille baissée, le directeur régional d’Amavita, qui n'était pas sur place au moment du drame, dit qu’il n’a «rien à dire». Il est là pour apporter son soutien au personnel de la pharmacie, comprend-on. Il lève exceptionnellement la grille pour laisser entrer deux policiers venant recueillir des témoignages.
A côté, l’alimentaire Spar, lui, est ouvert. «C’est pour les produits frais», explique le jeune gérant, seul dans le magasin avec une collègue. «Je n'étais pas là hier», précise-t-il. Le personnel habituel ne viendra pas travailler aujourd’hui.
Une jeune femme originaire de Bosnie «demande à la Suisse de faire enfin quelque chose». Elle veut parler des «coups de folie comme celui-ci», l’incendie tragique du bus postal. «Que ce soit un Suisse ou un étranger qui ait fait ça, c’est avant tout un fou», dit-elle, craignant les «amalgames» qui pourraient être faits.
Vanessa, son petit garçon dans les bras, vient déposer un bouquet de roses blanches à côté d'un arbuste calciné. «Je suis sous le choc», dit la jeune femme, entourée de journalistes et de caméras. «Je suis en recherche d’emploi», ajoute-t-elle, comme machinalement. Soudain, son enfant tombe par terre, se fait mal, pleure. Elle le réconforte. Malaise parmi les journalistes.
«Je ressens du stress»
Une troisième jeune femme raconte avoir vu des vidéos du bus en feu. «Ce matin, je ressens du stress, je suis en panique. Les enfants ont peur de prendre le bus», affirme-t-elle. Il se dit, mais personne n'est formel, que des adolescents se trouvaient à l'intérieur du car postal. La conférence de presse prévue dans l'après-midi à Granges-Paccot, siège de la police cantonale fribourgeoise, permettra d'en savoir plus sur les circonstances de la tragédie.
Une tente a été installée comme lieu de recueillement au bord de la route meurtrie. A l'intérieur, sur une table, trois pots garnis de fleurs et un livre pour les condoléances.
Plus tôt dans la matinée, des enfants à vélo, sur le chemin de l’école, ont fait un détour par le lieu de l’incendie. Ils fixent du regard les surfaces calcinées. Il est huit heures moins cinq. L’école commence à huit heures. Ils seront en retard.
