Ce recrutement controversé agite la SSR
A peine était-il établi que l'initiative «200 francs, ça suffit!» avait échoué que les employés de la radio-télévision encaissaient déjà un nouveau choc. Dimanche dernier, le portail en ligne Republik annonçait que Roger Elsener succéderait à Nathalie Wappler à la direction de la radio et télévision suisse alémanique (SRF). Et c'est désormais chose faite. Sa prise de poste a en effet été confirmée ce matin.
Mais alors, d'où viennent les inquiétudes? De nombreux collaborateurs de la SRF souhaitaient à leur tête un profil rédactionnel. En somme, quelqu'un avec un bagage journalistique, capable de faire avancer le développement de nouveaux formats d'information. Et ce, pour deux raisons.
Un choix qui questionne
- Premièrement, le Conseil fédéral souhaite que la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) mette davantage l'accent sur l'information et la culture. C'est un point central de la nouvelle concession SSR, qui entrera en vigueur dès 2029.
- Deuxièmement, le nouveau directeur de la télévision suisse perd la responsabilité du sport et des séries de fiction. La directrice générale de la SSR, Susanne Wille, centralise ces domaines à Berne. L'information, la culture, les connaissances et le divertissement resteront ainsi du ressort du chef de la SRF, Roger Elsener.
L'information prend ainsi plus de poids pour le nouveau patron de la radio et de la télévision. Or, la SSR a jeté son dévolu sur un profil qui s'est distingué dans le secteur du divertissement, et non dans celui de l'information.
Roger Elsener dirigeait les médias électroniques de CH Media, l'éditeur de watson et est directeur de Zattoo, le principal fournisseur suisse de streaming TV par internet.
«Un regard différent»
Un spécialiste du divertissement plutôt qu'un expert de l'information à la tête de la SRF: pourquoi? Le service de presse de la SSR ne répond pas à cette question et renvoie à une séance d'information prévue cette après-midi à Berne, où des changements de personnel doivent être annoncés.
La SSR nommerait-elle donc une personne au mauvais profil à un poste de direction? L'entrepreneur médiatique Roger Schawinski voit un côté positif à cette nomination. Interrogé, il souligne:
La prise de fonction de Roger Elsener représente pour lui une décision courageuse de la SSR. Schawinski poursuit:
La SSR opte ainsi pour un manager médiatique habitué à des contraintes budgétaires serrées. Cela fait sens, dans la mesure où la SRF doit mettre en œuvre un programme d'économies relativement modéré, après le verdict populaire de dimanche.
Roger Elsener a emporté la décision finale face à Anita Richner. Responsable des reportages et des talk-shows à la SRF, cette dernière aurait incarné le visage rédactionnel que beaucoup d'employés semblaient souhaiter.
Elsener a toutefois dirigé chez CH Media un département nettement plus important que celui que Richner a géré au cours de sa longue carrière à la radio et télévision suisse. Il dispose ainsi d'une expérience managériale plus étendue.
Une maladresse dans le processus de sélection
Une bévue dans le processus de sélection a peut-être été fatale à Anita Richner: pour la première étape de la procédure, la section alémanique de la SSR avait mandaté un chasseur de têtes qui siège au conseil d'administration du magazine satirique Nebelspalter. L'éditeur et rédacteur en chef de ce titre n'est autre que Markus Somm, le mari d'Anita Richner.
L'impression de partialité était dès lors inévitable. La SSR aurait dû éviter cet enchevêtrement. Ursula Gut-Winterberger (PLR), membre du conseil d'administration de la SSR et ancienne conseillère d'Etat zurichoise, a déclaré: «Cette situation me semble malheureuse.» Elle a quitté le conseil fin 2025, surprenant au passage le ministre des médias Albert Rösti (UDC).
Gut-Winterberger était l'un des deux membres du conseil d'administration de la SSR désignés par le Conseil fédéral. Le siège est toujours vacant, aucune succession n'ayant été préparée.
Mercredi, la SSR annoncera également qui prendra la direction des offres et des opérations. Ces fonctions relèvent de la direction générale et mettent en œuvre le plan de Susanne Wille visant à centraliser la radiodiffusion. Le domaine de responsabilité de Roger Elsener sera donc nettement plus restreint que celui de Nathalie Wappler, qui quittera ses fonctions à la fin du mois.
