Locataires romands expulsés: «Si l'Etat cède sur ça...»
L’expulsion programmée des habitants de cinq immeubles genevois du boulevard Carl-Vogt ouvre un casus belli avec l’Asloca. L’association de défense des locataires est vent debout contre cette mesure, révélée vendredi par watson. Mais cette résiliation collective des contrats de bail pourrait engendrer un second casus belli: entre l’Asloca et la Département cantonal du territoire (DT), en main du Vert Nicolas Walder, élu le 19 octobre au Conseil d’Etat à la faveur d’une complémentaire.
Juriste à l’Asloca, le conseiller national Christian Dandrès ne prend pas de gants:
L’élu socialiste genevois renvoie ici à la prise de position du ministre du logement après la décision de résiliation prise par le propriétaire des cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt, la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville (PKBS), représentée par la régie Naef. Nous la publions une nouvelle fois:
Pour Christian Dandrès, «Nicolas Walder entérine un changement radical de politique dans un environnement catastrophique en termes de disponibilité et de coût du logement à Genève.»
Le juriste fait plus que tiquer aussi sur l’argument de la rénovation énergétique avancé par le conseiller d’Etat. Un argument qu’on retrouve dans la communication envoyée à watson par la régie Naef, que nous publions à nouveau également:
«Les SIG ne sont pas en cause»
Selon Christian Dandrès, «les SIG ne sont pas en cause, ils ne font qu’appliquer en l’occurrence les directives du raccordement des immeubles aux réseaux thermiques structurants (RTS), dont le monopole a été confié aux SIG en 2022 par le peuple dans le cadre de la transition énergétique».
Le juriste de l’Asloca ajoute toutefois:
A sa connaissance, les travaux de raccordement au chauffage à distance menés jusqu’à présent n’ont pas donné lieu à des résiliations de bail de la part des bailleurs.
Un «possible ballon d’essai»
Selon Christian Dandrès, «ce n’est pas forcément un hasard si l’annonce de ces résiliations en masse par la caisse de pension bâloise intervient après le départ d’Antonio Hodgers du Département du territoire». Le conseiller national précise sa pensée: «Il n’est pas impossible que les milieux immobiliers veuillent tester la résistance de Nicolas Walder sur ce point.» L’élu socialiste parle d’un «possible ballon d’essai» et renvoie à la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d'habitation du canton de Genève (LTDR), censée protégée les locataires.
Au sujet de la LTDR invoquée par Christian Dandrès, Nicolas Walder, sollicité par watson, rétorque:
A propos de la mise en chantier des travaux prévus par la caisse de pension bâloise, le chef du Département du territoire tient à préciser:
Cela dit, des contacts ont été pris entre le Département du territoire et la régie Naef sur la question patrimoniale. Nicolas Walder:
Deux réunions de crise avant la fin janvier
Pour les défenseurs des locataires, l’opération de la caisse de pension bâloise vise à rentabiliser l’acquisition au prix «gigantesque» du groupe de cinq immeubles précités. La somme de 128 millions aurait été déboursée à cet effet en 2020, au profit de la Financière Arditi, l’ancien propriétaire, qui avait acquis cet ensemble de biens pour 9 millions en 1999. A entendre ces défenseurs représentés entre autres par Christian Dandrès, «si le Département du territoire cède maintenant, il cédera sur tout par la suite, et la situation deviendra encore plus critique pour les locataires du canton».
L’Asloca se joindra vendredi 23 janvier à la réunion du «comité de défense» constitué par des locataires touchés par les résiliations du boulevard Carl-Vogt. Elle doit ensuite rencontrer Nicolas Walder à la fin du mois.
