Suisse
Genève

Locataires expulsés à Genève: l'Asloca charge Nicolas Walder

Dandres et Walder s'expriment sur cinq immeublesvidés de leurs occupants à Genève.
Christian Dandrès (à g.) de l'Asloca et Marc Walder, ministre genevois du logement.Image: watson

Locataires romands expulsés: «Si l'Etat cède sur ça...»

Juriste à l'Asloca, Christian Dandrès juge sévèrement la réaction du ministre Nicolas Walder suite à l'annonce de la résiliation des baux à loyers de cinq immeubles genevois. Le conseiller d'Etat affirme à watson: «Aucune autorisation de construire n’a été déposée à ce jour.»
20.01.2026, 05:3120.01.2026, 13:52

L’expulsion programmée des habitants de cinq immeubles genevois du boulevard Carl-Vogt ouvre un casus belli avec l’Asloca. L’association de défense des locataires est vent debout contre cette mesure, révélée vendredi par watson. Mais cette résiliation collective des contrats de bail pourrait engendrer un second casus belli: entre l’Asloca et la Département cantonal du territoire (DT), en main du Vert Nicolas Walder, élu le 19 octobre au Conseil d’Etat à la faveur d’une complémentaire.

Juriste à l’Asloca, le conseiller national Christian Dandrès ne prend pas de gants:

«La réaction de Nicolas Walder est lamentable»
Christian Dandrès, juriste à l'Asloca

L’élu socialiste genevois renvoie ici à la prise de position du ministre du logement après la décision de résiliation prise par le propriétaire des cinq immeubles du boulevard Carl-Vogt, la Caisse de pension du canton de Bâle-Ville (PKBS), représentée par la régie Naef. Nous la publions une nouvelle fois:

«Je suis conscient que cette situation est très difficile pour les familles qui résident dans ces immeubles, mais les rénovations énergétiques sont nécessaires dans l’intérêt général et le Tribunal fédéral a déjà tranché ce cas de figure. Maintenant, j’attends des acteurs de l’immobilier qu’ils se comportent de manière responsable en offrant des solutions crédibles de relogement. Enfin, mon département sera intransigeant sur le contrôle des loyers après travaux.»
Nicolas Walder, chef du Département du territoire

Pour Christian Dandrès, «Nicolas Walder entérine un changement radical de politique dans un environnement catastrophique en termes de disponibilité et de coût du logement à Genève.»

Le juriste fait plus que tiquer aussi sur l’argument de la rénovation énergétique avancé par le conseiller d’Etat. Un argument qu’on retrouve dans la communication envoyée à watson par la régie Naef, que nous publions à nouveau également:

«Il s’agit de la création d’une chaufferie centralisée commune aux immeubles concernés, en remplacement des installations présentes lorsqu’elles existent. Ce projet vise à atteindre les nouveaux standards énergétiques des bâtiments et la transition vers des modes de chauffage plus durables. La chaufferie est liée au raccordement des immeubles au réseau de chauffage à distance des SIG (réd: Services industriels genevois).»
La régie Naef

«Les SIG ne sont pas en cause»

Selon Christian Dandrès, «les SIG ne sont pas en cause, ils ne font qu’appliquer en l’occurrence les directives du raccordement des immeubles aux réseaux thermiques structurants (RTS), dont le monopole a été confié aux SIG en 2022 par le peuple dans le cadre de la transition énergétique».

Le juriste de l’Asloca ajoute toutefois:

«La transition énergétique ne doit pas être punitive. La protection du climat doit aller de pair avec la protection des locataires»
Christian Dandrès, juriste à l'Asloca

A sa connaissance, les travaux de raccordement au chauffage à distance menés jusqu’à présent n’ont pas donné lieu à des résiliations de bail de la part des bailleurs.

Un «possible ballon d’essai»

Selon Christian Dandrès, «ce n’est pas forcément un hasard si l’annonce de ces résiliations en masse par la caisse de pension bâloise intervient après le départ d’Antonio Hodgers du Département du territoire». Le conseiller national précise sa pensée: «Il n’est pas impossible que les milieux immobiliers veuillent tester la résistance de Nicolas Walder sur ce point.» L’élu socialiste parle d’un «possible ballon d’essai» et renvoie à la loi sur les démolitions, transformations et rénovations de maisons d'habitation du canton de Genève (LTDR), censée protégée les locataires.

Au sujet de la LTDR invoquée par Christian Dandrès, Nicolas Walder, sollicité par watson, rétorque:

«Les questions en lien avec les résiliations de baux des locataires concernés ne relèvent pas de la LDTR (droit public), mais exclusivement du droit privé»
Nicolas Walder, chef du Département du territoire

A propos de la mise en chantier des travaux prévus par la caisse de pension bâloise, le chef du Département du territoire tient à préciser:

«Aucune autorisation de construire n’a été déposée à ce jour, donc aucune autorisation de construire n'a été délivrée»
Nicolas Walder, chef du Département du territoire

Cela dit, des contacts ont été pris entre le Département du territoire et la régie Naef sur la question patrimoniale. Nicolas Walder:

«Compte tenu de la haute valeur patrimoniale de l’ensemble d’immeubles concerné, il y a effectivement eu des échanges préliminaires entre la régie et l’Office du patrimoine et des sites (OPS, sous tutelle du Département du territoire). Ils portaient sur l’étude historique et les premières solutions techniques envisagées afin de respecter les qualités patrimoniales desdits bâtiments. Mais je le répète, aucune autorisation de construire n’a été déposée.»
Nicolas Walder, chef du Département du territoire

Deux réunions de crise avant la fin janvier

Pour les défenseurs des locataires, l’opération de la caisse de pension bâloise vise à rentabiliser l’acquisition au prix «gigantesque» du groupe de cinq immeubles précités. La somme de 128 millions aurait été déboursée à cet effet en 2020, au profit de la Financière Arditi, l’ancien propriétaire, qui avait acquis cet ensemble de biens pour 9 millions en 1999. A entendre ces défenseurs représentés entre autres par Christian Dandrès, «si le Département du territoire cède maintenant, il cédera sur tout par la suite, et la situation deviendra encore plus critique pour les locataires du canton».

L’Asloca se joindra vendredi 23 janvier à la réunion du «comité de défense» constitué par des locataires touchés par les résiliations du boulevard Carl-Vogt. Elle doit ensuite rencontrer Nicolas Walder à la fin du mois.

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