Ce Suisse traverse le no man's land avec sa Fiat pour aider l'Ukraine
Des camions militaires roulent sur l'autoroute polonaise en direction de l'est. Ils transportent une batterie de missiles antiaériens vers l'Ukraine. Sur cette même route, un retraité d'Olten (SO) progresse avec une aide d'une tout autre nature. Le compartiment arrière de la camionnette blanche de Michi est rempli de sacs de couchage, de batteries-onduleurs destinées à pallier les coupures d'électricité et d'appareils médicaux.
Au poste frontière polonais, seules quelques voitures attendent à côté de nos véhicules. Une agente des douanes collecte les documents et jette un regard scrutateur dans la camionnette. Elle fait ensuite appel à un collègue, un colosse barbu, qui examine les cartons contenant les batteries-onduleurs avec encore plus de scepticisme.
Un détour de 13 heures
Le colosse insiste pour que nous obtenions d'abord les documents d'un courtier en douane polonais. Après tout, la Pologne aussi doit pouvoir tirer un petit bénéfice de l'aide humanitaire. Sans documents ni tampons supplémentaires, nous n'avons pas le droit de franchir la frontière. L'agente des douanes s'en réjouit et nous lance en riant: «You go back.»
Plutôt que de nous soumettre à cette guerre administrative aussi longue que coûteuse, nous préférons le détour de treize heures par la Slovaquie et la Hongrie pour entrer en Ukraine via la Roumanie. La Roumanie est le seul pays voisin de l'Ukraine à ne pas mettre de bâtons dans les roues à l'aide humanitaire. A la frontière, la cheffe des douanes roumaine ne demande qu'à voir la déclaration douanière ukrainienne, qui certifie officiellement que le chargement est composé de marchandises humanitaires.
Au poste frontière ukrainien, le dédouanement se déroule en un temps record. Les agents des douanes apposent leurs tampons rouges sur les documents d'importation avec une rapidité inhabituelle. La camionnette de Michi et son chargement appartiennent désormais officiellement à une fondation ukrainienne d'utilité publique.
Mais la mission de Michi n'est pas encore terminée. Nous roulons encore 1000 kilomètres jusqu'à Odessa (sud), ville portuaire sur la mer Noire. L'Oltenois avait en effet acheminé l'été dernier une Fiat remplie d'appareils médicaux, financée par lui-même et son entourage. Cependant, la garde-frontière l'avait alors laissé entrer en Ukraine en tant que touriste, sans apposer les tampons sur les documents douaniers.
Un problème administratif
Cela avait engendré un problème colossal, car la voiture d'un touriste ne peut pas rester dans le pays et ne peut donc pas non plus être donnée à qui que ce soit. Le verdict de plusieurs avocats consultés était sans appel: le touriste Michi doit retourner en Ukraine, faire sortir la Fiat du pays, pour ensuite la réimporter en tant qu'aide humanitaire.
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Il y a cependant encore un tout petit problème: la plaque d'immatriculation de la Fiat a entre-temps expiré, et il est impossible d'en obtenir une nouvelle. Un voyage à l'étranger est donc exclu. Nous posons alors la camionnette blanche à Odessa et repartons avec la Fiat laissée l'été dernier en direction d'un poste frontière situé à environ un kilomètre de la station douanière du pays voisin. Pour cela, nous devons traverser un pont bombardé par les Russes. La chaussée est criblée de larges trous béants, et la circulation se fait en file unique pour les éviter.
Par chance, les Ukrainiens ne remarquent pas que les plaques d'immatriculation ont expiré. Dans le no man's land, nous faisons demi-tour, retournons au poste frontière et déclarons la Fiat. Bien entendu, les agents ne se contentent pas de quelques lettres dans la déclaration douanière. Le document doit donc être modifié, mais l'imprimante ne fonctionne plus – panne de courant. Le générateur, lui, manque justement de carburant. Une heure plus tard, l'électricité revient, les documents sont tamponnés, et l'agent des douanes remercie pour l'aide apportée.
Michi est depuis rentré en Suisse. Malgré les tracasseries subies, il compte apporter ce week-end encore une voiture en Ukraine, chargée cette fois de 18 500 kits de matériel de suture chirurgicale stérile.
