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PlayStation délaisse le disque: un revendeur suisse met en garde

«Les fans suisses sont en colère»: une décision de PlayStation énerve

Dès 2028, Sony mettra fin à la production de nouveaux jeux PlayStation sur disque. Le groupe justifie cette décision par l'évolution des habitudes d'achat, mais des revendeurs suisses craignent des pertes de chiffre d'affaires.
27.07.2026, 20:5927.07.2026, 20:59
Federico Gagliano / ch media

C'est la fin d'une ère. Dès janvier 2028, Sony ne produira plus de supports physiques pour les nouveaux jeux PlayStation. Désormais, les nouveaux titres paraîtront exclusivement en version numérique, soit directement dans le «PlayStation Store» de la console, soit sous forme de code de téléchargement vendu en magasin, baptisé «code in a box».

Sony justifie cette décision par l'évolution des habitudes d'achat de sa clientèle, car la grande majorité des joueurs opterait déjà aujourd'hui pour les achats numériques.

Sony prévoit de cesser la production de supports physiques à partir de 2028.
Sony prévoit de cesser la production de supports physiques à partir de 2028.Image: Brandon Bell / Getty

Mais alors que Sony présente ce virage comme la conséquence logique d'un marché en mutation, des résistances se manifestent, y compris en Suisse. En Argovie, le revendeur World of Games, l'une des adresses les plus connues de Suisse pour les jeux vidéo, évoque une décision aux conséquences considérables pour le commerce, les collectionneurs et, en fin de compte, pour la concurrence.

Des chiffres remis en question

Dans son argumentaire, Sony évoque une part du numérique d'environ 85%. La manière dont ce chiffre est calculé reste toutefois floue. On ignore par exemple s'il s'agit de chiffre d'affaires ou de nombre d'unités vendues, quelles régions ont été prises en compte, et si les contenus téléchargeables, les microtransactions et les abonnements, de toute façon indisponibles en version physique, entrent aussi dans cette statistique.

C'est précisément là que porte la critique de Michael Wyler, copropriétaire de World of Games. Il doute que la statistique de Sony permette de dresser un tableau représentatif pour les jeux classiques à prix plein:

«Si l'on ne compare que les produits réellement disponibles à la fois en version physique et numérique, la part serait sans doute nettement plus basse, probablement plutôt de l'ordre de 50%.»

Pour Michael Wyler, il s'agit donc de bien plus qu'une simple adaptation aux souhaits de la clientèle. Il poursuit:

«Le véritable objectif est sans doute d'obtenir le plus grand contrôle possible sur le marché. Pour le commerce de détail, les produits "code in a box" pourraient n'être qu'une étape intermédiaire vers un système fermé.»

Autrement dit, les jeux ne pourraient à l'avenir plus être achetés que via la propre boutique numérique de Sony. Le groupe pourrait ainsi contrôler largement lui-même les prix, la distribution et les conditions d'utilisation.

En réalité, l'annonce de Sony n'a rien de surprenant. Depuis des années déjà, le groupe encourage la distribution numérique. Certains jeux paraissent plus tôt sur le PlayStation Store qu'en magasin, des éditions spéciales sont proposées exclusivement en version numérique et les consoles sans lecteur gagnent continuellement en importance.

«Grand Theft Auto 6», l'un des jeux vidéo les plus attendus de la décennie et dont la sortie est prévue en novembre, en est un exemple concret. Les acheteurs pourront soit télécharger directement le jeu en version numérique, soit acquérir un coffret contenant un code de téléchargement. Il n'y aura plus de version classique sur disque.

La crainte d'une perte de chiffre d'affaires

Pour le commerce physique, ce changement de stratégie a des conséquences immédiates, affirme Michael Wyler:

«La décision de Sony de ne plus autoriser la production de jeux physiques va entraîner, à court et moyen terme, une baisse sensible de notre chiffre d'affaires.»

Il n'éprouve toutefois aucune crainte existentielle. World of Games est actif dans le secteur du jeu vidéo depuis plus de 30 ans et se serait toujours adapté avec succès aux évolutions du marché.

Ce qui l'inquiète davantage, c'est l'avenir des petits éditeurs spécialisés dans les éditions collector limitées. Beaucoup republient a posteriori, en petites séries sur disque, des jeux à l'origine numériques et développés par des studios indépendants. Michael Wyler résume:

«Leur clientèle est avant tout composée de collectionneurs. Ils ne se contenteront guère d'un bout de papier dans une boîte en plastique.»

Selon des rumeurs, la prochaine console PlayStation ne serait pas équipée de lecteur. Selon Michael Wyler, la conséquence probable est qu'à l'avenir, nettement moins de jeux paraîtront en magasin. Dès lors, soit la production ne sera plus rentable, soit la clientèle n'acceptera pas ces nouveaux produits.

Le risque du monopole

Alors que Sony continue de développer la distribution numérique, World of Games observe actuellement une tendance inverse:

«Notre clientèle est composée pour une bonne part de joueurs de longue date. Ils sont majoritairement déçus, voire en colère contre Sony. C'est compréhensible d'une certaine manière, car Sony leur retire tout simplement le choix.»
Michael Wyler, copropriétaire de World of Games.

Selon le revendeur, la demande de jeux physiques a donc augmenté ces derniers jours. Certains clients souhaiteraient compléter leur collection, d'autres craindraient que les versions sur disque ne se raréfient déjà avant 2028. S'ajoute la crainte que Sony ne vise, à long terme, un monopole via le PlayStation Store. Michael Wyler explique:

«Beaucoup s'inquiètent à juste titre que la trajectoire de Sony vers une position de monopole ne se traduise, à terme, par des prix plus élevés et encore moins de droits pour les consommateurs.»

De fait, le marché de l'occasion disparaît largement avec les jeux numériques. Pour ces derniers, les prix, les promotions et la disponibilité sont entièrement entre les mains de l'exploitant de la plateforme.

Vers une disparition totale du format disque?

La question de savoir si les jeux physiques disparaîtront réellement complètement reste ouverte. Michael Wyler, lui, ne croit pas à la fin du disque:

«Il y a en réalité peu de raisons pour que les jeux physiques disparaissent complètement. Le numérique est peut-être plus pratique, mais de nombreux collectionneurs achètent aussi des jeux physiques pour pouvoir rejouer à un jeu quelques années plus tard ou simplement se plonger dans leurs souvenirs d'enfance.»

Les jeux seraient en outre un bien culturel, précise Michael Wyler. Comme pour les livres, il serait dommageable qu'ils disparaissent entièrement du commerce physique. Il n'en juge pas moins la décision compréhensible d'un point de vue économique:

«Je suis réaliste et je sais que, pour Sony, les avantages financiers seront sans doute trop tentants pour revenir sur sa décision.»

Savoir si celle-ci était aussi judicieuse ne se vérifiera probablement que dans quelques années, avec la nouvelle PlayStation 6. Michael Wyler espère:

«D'ici là, on peut bien continuer à rêver qu'au moins Nintendo reste fidèle à ses fans»

Reste à savoir si Sony fait ainsi cavalier seul ou anticipe une tendance du secteur. Microsoft développe lui aussi continuellement la distribution numérique pour la Xbox et propose déjà depuis des années une console sans lecteur. L'entreprise n'a toutefois annoncé jusqu'ici aucun abandon complet des jeux physiques. Nintendo, de son côté, continue de miser sur les cartouches de jeu classiques pour la «Switch 2». (trad. ysc)

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