«Les fans suisses sont en colère»: une décision de PlayStation énerve
C'est la fin d'une ère. Dès janvier 2028, Sony ne produira plus de supports physiques pour les nouveaux jeux PlayStation. Désormais, les nouveaux titres paraîtront exclusivement en version numérique, soit directement dans le «PlayStation Store» de la console, soit sous forme de code de téléchargement vendu en magasin, baptisé «code in a box».
Sony justifie cette décision par l'évolution des habitudes d'achat de sa clientèle, car la grande majorité des joueurs opterait déjà aujourd'hui pour les achats numériques.
Mais alors que Sony présente ce virage comme la conséquence logique d'un marché en mutation, des résistances se manifestent, y compris en Suisse. En Argovie, le revendeur World of Games, l'une des adresses les plus connues de Suisse pour les jeux vidéo, évoque une décision aux conséquences considérables pour le commerce, les collectionneurs et, en fin de compte, pour la concurrence.
Des chiffres remis en question
Dans son argumentaire, Sony évoque une part du numérique d'environ 85%. La manière dont ce chiffre est calculé reste toutefois floue. On ignore par exemple s'il s'agit de chiffre d'affaires ou de nombre d'unités vendues, quelles régions ont été prises en compte, et si les contenus téléchargeables, les microtransactions et les abonnements, de toute façon indisponibles en version physique, entrent aussi dans cette statistique.
C'est précisément là que porte la critique de Michael Wyler, copropriétaire de World of Games. Il doute que la statistique de Sony permette de dresser un tableau représentatif pour les jeux classiques à prix plein:
Pour Michael Wyler, il s'agit donc de bien plus qu'une simple adaptation aux souhaits de la clientèle. Il poursuit:
Autrement dit, les jeux ne pourraient à l'avenir plus être achetés que via la propre boutique numérique de Sony. Le groupe pourrait ainsi contrôler largement lui-même les prix, la distribution et les conditions d'utilisation.
En réalité, l'annonce de Sony n'a rien de surprenant. Depuis des années déjà, le groupe encourage la distribution numérique. Certains jeux paraissent plus tôt sur le PlayStation Store qu'en magasin, des éditions spéciales sont proposées exclusivement en version numérique et les consoles sans lecteur gagnent continuellement en importance.
«Grand Theft Auto 6», l'un des jeux vidéo les plus attendus de la décennie et dont la sortie est prévue en novembre, en est un exemple concret. Les acheteurs pourront soit télécharger directement le jeu en version numérique, soit acquérir un coffret contenant un code de téléchargement. Il n'y aura plus de version classique sur disque.
La crainte d'une perte de chiffre d'affaires
Pour le commerce physique, ce changement de stratégie a des conséquences immédiates, affirme Michael Wyler:
Il n'éprouve toutefois aucune crainte existentielle. World of Games est actif dans le secteur du jeu vidéo depuis plus de 30 ans et se serait toujours adapté avec succès aux évolutions du marché.
Ce qui l'inquiète davantage, c'est l'avenir des petits éditeurs spécialisés dans les éditions collector limitées. Beaucoup republient a posteriori, en petites séries sur disque, des jeux à l'origine numériques et développés par des studios indépendants. Michael Wyler résume:
Selon des rumeurs, la prochaine console PlayStation ne serait pas équipée de lecteur. Selon Michael Wyler, la conséquence probable est qu'à l'avenir, nettement moins de jeux paraîtront en magasin. Dès lors, soit la production ne sera plus rentable, soit la clientèle n'acceptera pas ces nouveaux produits.
Le risque du monopole
Alors que Sony continue de développer la distribution numérique, World of Games observe actuellement une tendance inverse:
Selon le revendeur, la demande de jeux physiques a donc augmenté ces derniers jours. Certains clients souhaiteraient compléter leur collection, d'autres craindraient que les versions sur disque ne se raréfient déjà avant 2028. S'ajoute la crainte que Sony ne vise, à long terme, un monopole via le PlayStation Store. Michael Wyler explique:
De fait, le marché de l'occasion disparaît largement avec les jeux numériques. Pour ces derniers, les prix, les promotions et la disponibilité sont entièrement entre les mains de l'exploitant de la plateforme.
Vers une disparition totale du format disque?
La question de savoir si les jeux physiques disparaîtront réellement complètement reste ouverte. Michael Wyler, lui, ne croit pas à la fin du disque:
Les jeux seraient en outre un bien culturel, précise Michael Wyler. Comme pour les livres, il serait dommageable qu'ils disparaissent entièrement du commerce physique. Il n'en juge pas moins la décision compréhensible d'un point de vue économique:
Savoir si celle-ci était aussi judicieuse ne se vérifiera probablement que dans quelques années, avec la nouvelle PlayStation 6. Michael Wyler espère:
Reste à savoir si Sony fait ainsi cavalier seul ou anticipe une tendance du secteur. Microsoft développe lui aussi continuellement la distribution numérique pour la Xbox et propose déjà depuis des années une console sans lecteur. L'entreprise n'a toutefois annoncé jusqu'ici aucun abandon complet des jeux physiques. Nintendo, de son côté, continue de miser sur les cartouches de jeu classiques pour la «Switch 2». (trad. ysc)
