Elon Musk traite cette star genevoise de «connard diabolique»
Pour Elon Musk, c'est à l'illustre philosophe genevois Jean-Jacques Rousseau qu'il faut attribuer la paternité du... «wokisme».
Sur sa plateforme X, Musk a pris part à un échange de messages plutôt exalté à son sujet. Allant jusqu'à traiter l'auteur du Contrat social de «connard diabolique».
En cause? Un «débat» autour des philosophes français, survenu samedi sur X, et qui semble s'être joué face à plusieurs millions.
— Brivael Le Pogam (@brivael) May 16, 2026
Un Français, qui semble travailler dans le secteur technologique, s’est en effet excusé au nom de son pays, qui a produit ces philosophes français «qui ont forgé l’arme idéologique qui paralyse aujourd’hui l’Occident», c'est-à-dire ce qu'il qualifie de «wokisme».
Eloge de l'autorité et de l’identité
Dans son message, l’homme affirme que des philosophes comme Michel Foucault, Jacques Derrida ou Gilles Deleuze avaient, dès les années 1960, ont remis systématiquement en question les conceptions traditionnelles de la vérité, de l’autorité et de l’identité. Plus tard, ces idées auraient été reprises dans les universités américaines d’élite, et associées à des débats sur le racisme, le pouvoir et le genre.
Selon le quidam, c'est donc à J.J Rousseau — enfant du siècle des Lumières — puis aux structuralistes de la fin du 20e siècle que le mouvement «woke» contemporain doit sa naissance. Car ils auraient posé les fondations nécessaires à l'émergence d'idées telles que le fait que les normes sociales seraient avant tout l’expression de rapports de pouvoir, ou que les identités de genre seraient socialement construites avant tout. Tout cela menant, toujours selon l'utilisateur, à la dissolution des «valeurs occidentales» (sans s'étendre sur ce que seraient ces dernières?).
Un argumentaire qui semble avoir convaincu Elon Musk — le milliardaire a interagi à plusieurs reprises avec le Français, jusqu’alors absolument inconnu du grand public.
Peut-être mû par son quart d'heure de gloire, l'ingénieur en a ensuite remis une couche. Jean-Jacques Rousseau serait «un poison pour l’esprit français», a-t-il proclamé. Musk a rétorqué par le «connard diabolique»
L'idée d'un Homme bon dérange
Les deux hommes s’opposent particulièrement à la thèse la plus connue de Rousseau, selon laquelle l'homme naît naturellement bon et heureux, et c'est la société qui le corrompt, et le rend malheureux. Musk et ce Français qui travaille dans la tech' estiment au contraire que l’homme naît «pulsionnel, ambivalent et capable du meilleur comme du pire». Ainsi, des institutions qui exercent un contrôle social n’étoufferaient pas une bonne nature humaine, mais canaliseraient cette nature qu'il faut dompter.
Il serait donc erroné de nourrir de la méfiance envers l'autorité (et l'autoritarisme?). Sans contraintes sociales ni valeurs «traditionnelles», l’homme serait livré à ses instincts les plus sombres.
Pourquoi faire remonter tout cela jusqu'à la figure historique genevoise qu'est J.J Rousseau? Comme les philosophes français contemporains se seraient contentés d’exacerber les thèses de Rousseau, le philosophe suisse porterait aussi la responsabilité du péché originel des bases du «wokisme». Un exposé était accompagné d’une image retravaillée par intelligence artificielle (ci-dessus), représentant Rousseau doté de deux cornes démoniaques.
Une figure chère à la Suisse
Des thèses qui, prévisiblement, ne rencontrent guère de succès en Suisse. Sur le site de l’Organisation des Suisses de l’étranger, Rousseau est présenté comme un «génial précurseur», dont les idées ont façonné la démocratie, la liberté et les droits humains jusqu’à ce jour. À Genève, l’Île Rousseau, au milieu du Rhône, abrite une grande statue en son honneur et, pour son trois-centième anniversaire en 2012, de nombreuses expositions et manifestations lui furent consacrées.
Et l’influence de Rousseau demeure perceptible dans le système d'éducation suisse également. Le pédagogue Johann Heinrich Pestalozzi, dont les idées ont profondément marqué l’école primaire moderne (et dont on peut par exemple voir une statue au coeur d'Yverdon-les-Bains), se référait explicitement à la philosophie éducative de Rousseau. Des concepts tels qu’un enseignement adapté à l’enfant, ou l’apprentissage par l’expérience, font aujourd’hui partie intégrante de l’école suisse.
(aargauerzeitung.ch/dag)
