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Iran: elle critique ceux qui s'opposent à l'opération américaine

Portrait de feu l'ayatollah Ali Khamenei, Téhéran, 3 mars 2026. Mitra Sohrabi, présidente de Femme, Vie, Liberté en Suisse.
Portrait de feu l'ayatollah Ali Khamenei, Téhéran, 3 mars 2026. Mitra Sohrabi, présidente de Femme, Vie, Liberté en Suisse. image: afp

«Ils n'ont jamais ouvert la bouche»: cette Irano-Suisse est en colère

Mitra Sohrabi, d'origine iranienne, préside l’association Femme, Vie, Liberté. Avocate à Genève, elle dit son ras-le-bol des critiques d'une partie de la gauche contre l'intervention armée israélo-américaine en Iran.
05.03.2026, 05:3105.03.2026, 06:23

Les critiques d’une partie de la gauche face à l’offensive israélo-américaine en Iran passent de plus en plus mal au sein de la diaspora iranienne opposée au régime des mollahs. Mitra Sohrabi ne les supporte plus:

«Ces dernières années, ces personnes n’ont pas ouvert une seule fois la bouche en solidarité avec le peuple iranien persécuté par la République islamique»
Mitra Sohrabi

Avocate irano-suisse établie à Genève, Mitra Sohrabi préside la section helvétique de l'association Femme, Vie, Liberté, le slogan apparu en 2022 après la mort de Mahsa Amini, des suites de son arrestation par la police des mœurs pour un voile mal ajusté.

En 2026, début janvier, il y eut d’abord le silence de ces voix critiques à gauche face aux massacres qui firent des milliers de victimes civiles en Iran – les bilans varient entre 6000 et plus de 30 000 morts. Depuis le 28 février, date du déclenchement des hostilités guerrières, les mêmes qui s’étaient tus deux mois plus tôt devant la répression des gardiens de la révolution et des milices bassidjis, désapprouvent désormais ouvertement l’intervention israélo-américaine contre la République islamique.

«Ces gens-là sont tellement dans la détestation des Etats-Unis et d’Israël, qu’ils préfèrent les voir échouer plutôt que de réussir à renverser le régime théocratique»
Mitra Sohrabi

Les reproches de la présidente de Femme, Vie, Liberté visent entre autres les militants pro-palestiniens de la gauche radicale, particulièrement actifs dans les universités. Le Parti socialiste et les Verts ont de leur côté fermement condamné les massacres de janvier et appelé à cette occasion à la reprise par la Suisse des sanctions de l’Union européenne contre l’Iran.

Très investie dans la cause palestinienne, la CUAE, le syndicat étudiant de l’Université de Genève, n’a ainsi pas réagi sur ses réseaux sociaux, à notre connaissance, aux massacres de janvier en Iran. Ce mois-là, le 12, sur la chaîne Léman Bleu, Mitra Sohrabi appelait pourtant les étudiants romands à «manifester pour leurs camarades universitaires à Téhéran et dans toutes les grandes villes d’Iran», comme ils l’avaient fait ou continuent de le faire pour les Palestiniens de Gaza.

Mais, pas plus qu’en 2022 après la mort de Mahsa Amini, les universités romandes ne se sont signalées ces dernières semaines par une mobilisation en faveur des Iraniens réprimés dans le sang. Après le début des bombardements israélo-américains, la CUAE publiait ce message éphémère sur Instagram:

«Défendons l’Iran contre les bombardements occidentaux et pour le droit à l’autodétermination»
Le syndicat étudiant CUAE Genève

De quel Iran est-il ici question? De l'Iran «antisioniste et anti-impérialiste», comme l'actuel régime se qualifie lui-même?

«Je suis un pacifiste»

Le 1er mars, le député socialiste genevois Sylvain Thévoz publiait sur Facebook un post à son tour condamnant les bombardements israélo-américains et appelant à l’«autodétermination»:

«L'impérialisme israélo-étasunien veut remplacer par la force une théocratie par une monarchie en #Iran au prix d'innombrables victimes et d'un embrasement général. Le droit à l'autodétermination du peuple iranien doit primer sur le régime des mollahs sanguinaires, l'ambition d'un prince héritier fils de tortionnaire (réd: Reza Pahlavi, le fils de l'ancien chah d'Iran) et l'avidité de l'impérialisme israélo-étasunien. (…)»
Sylvain Thévoz, député PS GE

Joint par watson, l’élu socialiste s’explique sur sa charge «anti-impérialiste»:

«Je suis un pacifiste, je suis solidaire avec la souffrance de tous les peuples face à l'oppression. Le droit international régit les relations entre Etats. Si les Etats-Unis et Israël veulent faire la guerre à l’Iran, qu’ils obtiennent au préalable l’aval des Nations Unies, sinon leur action n'est rien de plus qu'une sauvage guerre de conquête. Sans le respect du cadre légal, il n’y a plus aucun repère moral, la Russie envahit l’Ukraine, les Etats-Unis et Israël attaquent l'Iran, c’est le règne de la loi du plus fort et du double standard selon les affinités des uns ou des autres.»
Sylvain Thévoz, député PS GE

Quant à son soutien au peuple iranien, Sylvain Thévoz assure qu’il est «total», affirmant être allé manifester sa solidarité avec les Iraniens à plusieurs reprises dans la rue ces dernières années.

Cette championne d'échecs franco-iranienne en colère

Mitra Sohrabi, qui est née en Suisse de parents iraniens ayant quitté l’Iran à l’instauration de la République islamique en 1979, n’est pas la seule à fustiger ces «donneurs de leçon». La joueuse d’échecs franco-iranienne Mitra Hejazipour, ancienne championne d’Iran et championne d’Asie, a répondu sèchement à la députée insoumise Manon Aubry qui, sur le réseau social X, écrivait:

«Ni Chah, ni Mollah, ni USA: liberté pour et par le peuple iranien!»
Manon Aubry

«Qui êtes-vous? Sérieusement, qui êtes-vous pour parler de l’Iran?», a réagi celle qui a été exclue de l’équipe iranienne pour avoir retiré publiquement son hijab lors d’un tournoi à Moscou en 2019.

Aujourd’hui installée en France, Mitra Hejazipour, qui a salué la mort du guide suprême Ali Khamenei survenue samedi dans un bombardement, affirmait lundi dans une interview au Figaro:

«Les Iraniens n’ont pas de leçons à recevoir de cette gauche occidentale qui n’a jamais risqué sa vie face aux mollahs»
Mitra Hejazipour

A Genève, Mitra Sohrabi ne pleure pas non plus l’élimination de l’ayatollah Khamenei.

«On ne va pas se mentir, sa disparition suscite de l’espoir, la chute du régime est possible, même si je crains pour la vie des civils dans les bombardements israélo-américains.»
Mitra Sohrabi

L’avocate irano-suisse voudrait croire aux vertus du droit international pour résoudre la crise iranienne.

«Mais cela fait quarante ans que le régime iranien balade la communauté internationale. Celle-ci n’a même pas mis un quart de la pression qu’elle aurait dû mettre sur les mollahs, qui ont enrichi de l’uranium à des fins militaires, qui ont semé le chaos au Moyen-Orient avec leurs proxys et qui ont fomenté des attentats jusqu’en Europe.»
Mitra Sohrabi

«Elle est dangereuse»

Pour Mitra Sohrabi, «c’est une folie que de défendre la République islamique, comme le fait par exemple l'Insoumise Rima Hassan, qui est dangereuse et qui, selon moi, n'a pas sa place au Parlement européen».

«J'aimerais que les gens se rendent compte que s'il n'y avait pas eu la République islamique d'Iran, l'islam politique n'aurait pas l'importance qu'il a aujourd'hui dans le monde»
Mitra Sohrabi
- Un sous-marin américain a coulé un navire de guerre iranien
Video: twitter
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