«Ils n'ont jamais ouvert la bouche»: cette Irano-Suisse est en colère
Les critiques d’une partie de la gauche face à l’offensive israélo-américaine en Iran passent de plus en plus mal au sein de la diaspora iranienne opposée au régime des mollahs. Mitra Sohrabi ne les supporte plus:
Avocate irano-suisse établie à Genève, Mitra Sohrabi préside la section helvétique de l'association Femme, Vie, Liberté, le slogan apparu en 2022 après la mort de Mahsa Amini, des suites de son arrestation par la police des mœurs pour un voile mal ajusté.
En 2026, début janvier, il y eut d’abord le silence de ces voix critiques à gauche face aux massacres qui firent des milliers de victimes civiles en Iran – les bilans varient entre 6000 et plus de 30 000 morts. Depuis le 28 février, date du déclenchement des hostilités guerrières, les mêmes qui s’étaient tus deux mois plus tôt devant la répression des gardiens de la révolution et des milices bassidjis, désapprouvent désormais ouvertement l’intervention israélo-américaine contre la République islamique.
Les reproches de la présidente de Femme, Vie, Liberté visent entre autres les militants pro-palestiniens de la gauche radicale, particulièrement actifs dans les universités. Le Parti socialiste et les Verts ont de leur côté fermement condamné les massacres de janvier et appelé à cette occasion à la reprise par la Suisse des sanctions de l’Union européenne contre l’Iran.
Très investie dans la cause palestinienne, la CUAE, le syndicat étudiant de l’Université de Genève, n’a ainsi pas réagi sur ses réseaux sociaux, à notre connaissance, aux massacres de janvier en Iran. Ce mois-là, le 12, sur la chaîne Léman Bleu, Mitra Sohrabi appelait pourtant les étudiants romands à «manifester pour leurs camarades universitaires à Téhéran et dans toutes les grandes villes d’Iran», comme ils l’avaient fait ou continuent de le faire pour les Palestiniens de Gaza.
Mais, pas plus qu’en 2022 après la mort de Mahsa Amini, les universités romandes ne se sont signalées ces dernières semaines par une mobilisation en faveur des Iraniens réprimés dans le sang. Après le début des bombardements israélo-américains, la CUAE publiait ce message éphémère sur Instagram:
De quel Iran est-il ici question? De l'Iran «antisioniste et anti-impérialiste», comme l'actuel régime se qualifie lui-même?
«Je suis un pacifiste»
Le 1er mars, le député socialiste genevois Sylvain Thévoz publiait sur Facebook un post à son tour condamnant les bombardements israélo-américains et appelant à l’«autodétermination»:
Joint par watson, l’élu socialiste s’explique sur sa charge «anti-impérialiste»:
Quant à son soutien au peuple iranien, Sylvain Thévoz assure qu’il est «total», affirmant être allé manifester sa solidarité avec les Iraniens à plusieurs reprises dans la rue ces dernières années.
Cette championne d'échecs franco-iranienne en colère
Mitra Sohrabi, qui est née en Suisse de parents iraniens ayant quitté l’Iran à l’instauration de la République islamique en 1979, n’est pas la seule à fustiger ces «donneurs de leçon». La joueuse d’échecs franco-iranienne Mitra Hejazipour, ancienne championne d’Iran et championne d’Asie, a répondu sèchement à la députée insoumise Manon Aubry qui, sur le réseau social X, écrivait:
«Qui êtes-vous? Sérieusement, qui êtes-vous pour parler de l’Iran?», a réagi celle qui a été exclue de l’équipe iranienne pour avoir retiré publiquement son hijab lors d’un tournoi à Moscou en 2019.
Who are you?
— Mitra Hejazipour (@MitraHejazipour) February 28, 2026
Seriously, who are you to talk about Iran? https://t.co/tzKcmohZO2
Aujourd’hui installée en France, Mitra Hejazipour, qui a salué la mort du guide suprême Ali Khamenei survenue samedi dans un bombardement, affirmait lundi dans une interview au Figaro:
A Genève, Mitra Sohrabi ne pleure pas non plus l’élimination de l’ayatollah Khamenei.
L’avocate irano-suisse voudrait croire aux vertus du droit international pour résoudre la crise iranienne.
«Elle est dangereuse»
Pour Mitra Sohrabi, «c’est une folie que de défendre la République islamique, comme le fait par exemple l'Insoumise Rima Hassan, qui est dangereuse et qui, selon moi, n'a pas sa place au Parlement européen».
