Pourquoi l'Italie est tant bouleversée par le drame de Crans-Montana
Le drame de Crans-Montana a pris des proportions en Italie auxquelles on ne s’attendait peut-être pas en Suisse. Voici que l’Etat italien veut se porter partie civile, a-t-on appris mardi. La pression des autorités italiennes sur la justice valaisanne est forte.
L’ambassadeur en Suisse Gian Lorenzo Coronado était présent dans les Alpes valaisannes le 1ᵉʳ janvier déjà. Le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani se rendait le lendemain sur les lieux du drame. Des élus italiens ont exigé très tôt l’incarcération des époux Moretti. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, demande, elle aussi, «justice».
Pourtant pas le pays le plus touché
Pourquoi une telle mobilisation en Italie? Un phénomène qu’on ne retrouve pas en France pour le moment, alors que la France est le pays étranger qui compte le plus de victimes dans l’incendie du Constellation (9 morts et 25 blessés), devant l’Italie (6 morts et 12 blessés). Alors, pourquoi?
Elément de réponse sur Facebook. Cette Italo-Suisse habitant dans le canton du Jura, née de parents immigrés venus dans les années 1970, écrit sur son compte, le 9 janvier, en relation avec le tragique incendie de Crans-Montana:
«Une dévotion pour l'enfant»
Journaliste suisso-italienne bien connue des Romands, souvent sollicitée par les médias tessinois, Chantal Tauxe, Suissesse mariée à un Italien et qui connaît parfaitement l’Italie, n’en disconvient pas:
A ce propos, l’historien français Marc Lazar, grand spécialiste de la Péninsule, parle de l’«enfant roi».
Actuellement en France, mais devant rejoindre bientôt l’Italie, Marc Lazar a constaté cette «émotion visible», côté italien, après le drame de Crans-Montana. «Il y a eu une grande solennité dans l’accueil des cercueils.»
«Permanence d'une culture catholique»
L’historien souligne aussi «la permanence d'une culture catholique, malgré, comme ailleurs, un déclin de la pratique religieuse chrétienne». L’image sacrée du Gesù Bambino, l’Enfant Jésus, demeure forte. Elle est transposable au «tesoro», le «petit chéri» donné en l’occurrence au garçon, souvent au-delà de l’enfance proprement dite.
Sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, des comptes italiens publient des photos montrant des adolescents et adolescentes sur leur lit d’hôpital, gravement brûlés la nuit de la Saint-Sylvestre à Crans-Montana (ci-dessus). Ces publications, comme pareilles à des images pieuses, ne déclenchent pas de procès en voyeurisme dans les commentaires. Mais, tout au contraire, des milliers de messages d’amour et d’encouragement. Marc Lazar:
«Cet attachement à l’enfant, qui comprend ici l’adolescence, n’est évidemment pas propre à l’Italie, et toute perte d’un enfant reste un drame absolu pour les parents, quelle qu’en soit la cause. Mais on peut déceler des particularités sociologiques et culturelles», reprend Chantal Tauxe. Qui avance une autre cause possible à cette mobilisation italienne:
La Suisse vue comme un un pays sûr
Sur un plan non moins émotionnel, mais peut-être plus politique, «la Suisse est vue en Italie comme un pays sûr», relève Chantal Tauxe.
La journaliste rappelle que «ces familles, au temps du terrorisme des Brigades rouges, dans les années 1970-1980, ont parfois placé leurs enfants en Suisse, de crainte qu’ils ne soient enlevés en Italie».
La détermination de l'Italie dans le dossier «Crans-Montana» semble totale. Les déclarations du ministre des Affaires étrangères au moment où le pays transalpin cherche à se constituer partie civile, laissent peu de doute à ce sujet:
