Samedi à Lausanne, deux manifestations en mémoire de jeunes décédés lors d'incidents impliquant la police. La première, une marche blanche en l'honneur de Marvin, un adolescent de 17 ans décédé dimanche dernier à scooter en tentant d'échapper aux forces de l'ordre a réuni 900 personnes. La seconde, en mémoire de Nzoy, le Zurichois décédé sous les balles de la police à Morges en août 2021, a rassemblé 300 personnes.
Vêtus de blanc, avec des T-shirts à l'effigie de Marvin, les participants à la marche blanche se sont rassemblés à 10h devant un centre socio-culturel du quartier de la Borde. Certains portaient des pancartes proclamant «Justice pour Marvin», «Je t'aime petit frère» ou encore «Le temps n'effacera jamais ton sourire».
Le cortège, composé d'un grand nombre d'adolescents, s'est ensuite mis en marche dans le calme pour se rendre sur le lieu de l'accident dans le quartier de Prélaz (ouest). En chemin, les participants ont observé une minute de silence devant la chapelle funéraire où reposait le corps du jeune homme.
Une camionnette munie d'une sono et décorée de fleurs blanches, accompagnait le cortège. Quelques jeunes, avec qui Marvin faisait de la musique, diffusaient ponctuellement des sons composés par l'adolescent. «Marvin aurait été honoré d'entendre sa musique comme ça fort dans le quartier où il a grandi», a déclaré son oncle à l'adresse des participants.
Arrivée vers 12h40 devant le mur où la vie du jeune homme a tragiquement pris fin, l'assemblée lui a rendu hommage en musique. Le père de Marvin a alors pris la parole, remerciant les participants pour leur soutien:
D'un ton calme, il s'est également adressé aux autorités. «Faites votre travail oui, mais nous on ne veut plus perdre des enfants comme ça. (...) Ce n'est pas pour un scooter volé qu'un enfant de 17 ans va perdre la vie», a-t-il déclaré. La marche blanche a pris fin vers 13h.
La mort de Marvin avait été suivie de vives tensions en ville de Lausanne. Des émeutes avaient éclaté dimanche et lundi soir, notamment dans le quartier de Prélaz.
Selon les premiers éléments de l'enquête, communiqués par le Ministère public, l'adolescent aurait perdu la maîtrise de son véhicule. La patrouille de police le suivait à «une distance significative» et il n'y a eu aucun contact entre la voiture de police et le scooter au moment de l’accident.
Plus tard dans l'après-midi, à 16h, un rassemblement pour commémorer les quatre ans de la mort de Nzoy, a eu lieu sur la place du Château. Avec pas moins de cinq concerts prévus jusqu'à 21h et entrecoupés de prises de paroles des différents collectifs dénonçant les violences policières, l'événement se voulait plutôt festif.
«Une manifestation traditionnelle avait eu lieu lors des autres anniversaires. Cette année, en accord avec la famille, nous avons voulu mettre sur pied un événement rassembleur et représentatif de Nzoy, qui jouait de la musique et avait une personnalité joyeuse et motivante», a déclaré Sasha, l'une des organisatrices à Keystone-ATS. Des membres du groupe de musique de Marvin devaient se produire plus tard dans la soirée, a-t-elle précisé.
Vers 19h, l'événement se déroulait dans le calme. L'affluence était estimée à 300 personnes selon la police et 800 selon les organisateurs. Dans le public, des panneaux proclamaient entre autres «Black lives matter» et «Aucune solidarité, aucune pitié avec les criminels policiers». Une manifestation pour Nzoy se déroulait en parallèle à Zurich.
L'affaire de Roger Nzoy Wilhelm, dit «Nzoy», un Zurichois de 37 ans d'origine sud-africaine, tombé le 30 août 2021 sous les balles d'un agent sur un quai de la gare de Morges, a connu plusieurs rebondissements ces derniers mois.
En novembre 2024, le Ministère public avait décidé son classement, estimant que le policier auteur du tir mortel avait agi en légitime défense. Saisi par la famille de la victime, le Tribunal cantonal vaudois avait cependant décidé de sa réouverture en mai dernier. Enfin, lundi dernier, un rapport réalisé par l'agence de recherche et d'investigation Border Forensics est venu contredire la thèse de la légitime défense des policiers. (jah/ats)