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Lausanne a communiqué sur le racisme policier après des émeutes

Une semaine marquée par la colère, la transparence et le recueillement à Lausanne.
Une semaine marquée par la transparence, la colère et le recueillement.Image: watson/agences

Mort de Marvin: «Pour nous, tout a commencé une semaine avant»

Au lendemain des émeutes liées à la mort de Marvin, Lausanne révélait un scandale policier sans lien avec l'accident de l'adolescent. Pourquoi n'avoir pas attendu? Comment la décision a été prise. Entretien avec la cheffe d'orchestre de la communication de la ville.
29.08.2025, 19:2429.08.2025, 19:32
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Dimanche 24 août, des émeutes éclataient à Lausanne suite au décès d'un ado d'origine congolaise, Marvin, dans le contexte d'une course poursuite avec la police municipale. Pourtant, le lundi après-midi, les autorités lausannoises révélaient les résultats d'une enquête sur leur police: des groupes Whatsapp où des agents s'échangeaient des propos et des images racistes, antisémites et sexistes, notamment.

Une séquence qui interroge: n'était-ce pas jeter de l'huile sur le feu que de maintenir cette conférence de presse au lendemain d'émeutes portant notamment sur un présumé racisme dans la police? Pourquoi ne pas avoir simplement repoussé cette annonce?

Amélie Nappey-Barrail, responsable du bureau de la communication de la ville de Lausanne revient sur les événements et les choix qui ont été faits. Une plongée dans la communication de crise.

Madame Amélie Nappey-Barrail, on imagine que vous n'avez pas bien dormi ces jours.
C’est intense. Surtout que, pour nous, tout a commencé une semaine avant.

Comment ça?
Le 16 août, la municipalité a fait une séance extraordinaire, ils avaient été informés, la veille, de l’existence de groupe WhatsApp problématiques. L’enquête pénale suit son cours, mais le procureur a jugé que, comme employeur, la Ville devait être mise au courant.

Pourquoi transmettre ces documents avant la fin de l’enquête?
Parce qu'ils avaient jugé que les éléments dont ils disposaient étaient suffisamment graves pour que des mesures puissent être prises rapidement, avant même la clôture de la procédure.

Concrètement, vous avez reçu quoi?
On a reçu 2520 pages PDF avec des conversations WhatsApp. On nous a dit qu'il y avait des éléments problématiques, mais on devait les analyser de notre côté. Mes collègues juristes ont commencé à tout analyser, ils et elles m’envoyaient les extraits significatifs. C’était long: il fallait cliquer sur des liens dans chaque document pour charger les images, et tout cela devait se faire dans l'urgence.

Pourquoi cette urgence?
Parce que toutes les parties ont reçu les documents, y compris l’avocat de Mike Ben Peter (réd: un homme noir, décédé d'un arrêt cardiaque le 28 février 2018 lors de son arrestation), à l’origine de l’enquête. On savait donc que l’on n’était pas seuls à les avoir, et qu’il fallait communiquer rapidement et surtout nous-mêmes et ne pas laisser un tiers en parler.

«On devait garder le contrôle pour montrer qu’on ne cachait rien à la population»

Mais pour cela, il fallait d’abord comprendre le contenu et réfléchir aux mesures à prendre.

Concrètement, quelles étaient ces mesures?
Les premières suspensions sont tombées dès le 20 août: certains policiers n’ont alors plus pu entrer à l’Hôtel de police. On l'a annoncé à leurs collègues comme le veut la procédure, sans entrer dans les détails pour des raisons de protection de la vie privée, et dès lors le syndicat était aussi informé. Donc, plus les jours avancent, plus des gens sont au courant et se posent des questions. En communication de crise, plus il y a de monde au courant, plus le risque de fuite augmente.

Pour aller plus loin sur les mesures prises 👇

Qu’est-ce qui vous inquiétait le plus à ce moment-là?
D’un côté, le corps de police se posait des questions légitimes. C’est un milieu très soudé, avec un vrai esprit de corps. De l’autre, le syndicat voulait savoir ce qui se passait et se plaignait de ne pas être assez informé. Et puis on ignorait si d’autres protagonistes que nous allaient révéler ces documents.

Ça ressemblait à une course contre-la-montre…
Oui. Une fois que nous avions clarifié les éléments, nous avons pu communiquer aux cadres de la police et aux syndicats ce qui allait se passer; lundi, le jour de la conférence de presse. Ce n'est qu'à ce moment que l’ensemble du corps de police devait être informé.

Et puis survient l’accident de Marvin, suivi d’émeutes…
Le dimanche, on apprend qu'il y a eu cet accident. Un mort, c'est insupportable, mais en plus quand c'est un jeune... On a dû accuser le choc et puis, après, oui, il y a eu cette émeute, oui, il y a eu de la colère.

Vidéo: watson

Avez-vous songé à repousser la conférence de presse sur le racisme dans la police?
La question ne s'est pas posée parce qu'il aurait été dramatique que les infos sur l'enquête sortent par quelqu'un d'autre que les autorités. Imaginez si ces images et ces infos étaient publiées par un tiers, comment voulez-vous qu'un jeune réagisse? Le sentiment aurait été qu'on a menti sur toute la ligne. En plus, le lundi, la police informait qu'elle avait fait une erreur dans son communiqué de la veille et que Marvin n'avait pas pris un sens interdit.

Justement, y a-t-il eu un état-major de crise suite aux émeutes et aux événements du week-end?
Lundi matin, on a eu une séance politique, police et communication et les décisions, elles se prennent là. Il y a eu des discussions.

Pourquoi ne pas avoir organisé une prise de parole à part sur les manifestations de la nuit? Par exemple en allant sur le terrain.
La configuration était très différente d’autres émeutes, comme celles du Flon en 2023 par exemple. Ici, la police municipale était directement impliquée et une enquête pénale était en cours. On ne pouvait pas réagir de la même manière ni se mettre trop en avant, alors que la famille de Marvin avait besoin de se recueillir.

Donc pas de prise de parole?
C’est faux. La conférence de presse a débuté en évoquant les émeutes. Le syndic a exprimé sa solidarité avec la famille, a dit comprendre la colère, tout en condamnant les violences. Le municipal en charge de la police et le commandant se sont aussi exprimés. Aller plus loin aurait semblé inapproprié vis-à-vis de la famille en deuil.

Le Syndic de la ville de Lausanne Gregoire Junod, Pierre-Antoine Hildbrand, conseiller municipal de Lausanne et Olivier Botteron, Commandant de la police Municipale s'expriment lors d'une co ...
La conférence de presse lundi à 13h30.Image: KEYSTONE

C'était juste avant que vous ne fassiez les révélations sur la police. Vous n’aviez pas eu peur de l’amalgame entre les deux affaires?
Bien sûr, c’était un risque. Mais repousser la conférence n’était pas une option: cela aurait pu sortir ailleurs, et on nous aurait accusés de cacher des informations.

«En communication de crise, parfois, on choisit la moins mauvaise solution»

Peut-être que, si on avait repoussé la conférence de presse, rien ne serait sorti, on aurait pu séparer les deux affaires, calmer le quartier avant de révéler les résultats de l'enquête... Ou pas et le risque du «ou pas» était trop grand.

Qui a pris la décision finale de maintenir la conférence sous ce format?
La Municipalité. Nous, on apporte les faits et les options, mais c’est elle qui tranche sur la base de nos expertises.

Et maintenant, que faites-vous pour recréer du lien avec les jeunes?
Les permanences de quartier restent ouvertes, la brigade des mineurs fait davantage de prévention, et le délégué à la multiculturalité renforce le dialogue avec les communautés. L’objectif est de retisser la confiance.

La phase chaude est terminée, referiez-vous certaines choses autrement?
C’est un peu tôt pour analyser en profondeur. Je ne pense pas qu’on ait tout fait juste, mais on a essayé de faire au mieux dans un contexte très tendu. Ce qui est clair, c’est qu’on a été très transparents sur l’enquête. On n’a pas cherché à minimiser les résultats ni à atténuer les images, malgré le contexte.

Lausanne est-elle une ville dangereuse?
Non. Il n’y a pas plus de délinquance ici qu’ailleurs en Suisse, pas plus de tensions avec la jeunesse ou l’immigration. On n’était pas dans une situation explosive avant ces événements.

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source: keystone
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On a vécu la deuxième nuit d'émeute à Lausanne
Video: watson
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