Une «forte glandée» est suspectée en Suisse et certains en souffrent
D'immenses nuages de pollen ont soufflé sur la Suisse dimanche soir. Voitures, tables de jardin et terrasses sont encore jaunes. Le pollen se nettoie facilement, mais les allergiques traversent en ce moment une période désagréable. Marie-Hélène Corajod du Centre d'allergie suisse (aha!), est affirmative:
Et cela pour plusieurs raisons: les arbres ont libéré leur pollen tôt et par moments en grandes quantités. La floraison des graminées a ensuite commencé environ deux semaines plus tôt qu'à l'ordinaire. De plus, plusieurs espèces végétales ont émis simultanément de grandes quantités de pollen, comme l'explique la spécialiste en allergologie. Une année de fructification abondante pourrait également être en cause, mais nous y reviendrons.
La poussière jaune sur les véhicules et les tables de jardin provient avant tout du pollen du pin sylvestre et de l'épicéa. Leurs grains de pollen sont très gros et actuellement libérés en grandes quantités. Cela dit, on n'attrape pas le rhume des foins en s'en époussetant. Marie-Hélène Corajod précise:
La saison du pollen des graminées a commencé
Ce sont les pollens des graminées, particulièrement irritants, qui déclenchent en ce moment le plus grand nombre d'allergies. Marie-Hélène Corajod précise:
Les pollens de graminées font partie des six types de pollens responsables d'environ 95% des allergies polliniques, avec ceux de bouleau, de frêne, de noisetier, d'aulne et d'armoise.
Les pollens de bouleau et de hêtre restent encore significatifs, bien qu'ils diminuent progressivement. La charge pollinique dépend toutefois de l'endroit. En montagne, le bouleau continue de fleurir, tout comme le chêne. Les allergiques ne peuvent donc pas encore trouver refuge dans les Alpes.
Des soupçons d'année de forte glandée
Dans les médias allemands, un allergologue a déclaré que l'énorme quantité de pollen dans l'air était liée à une année de fructification abondante, ou «année de forte glandée». Lors d'une telle année, un arbre fleurit (puis fructifie) bien plus abondamment qu'à l'ordinaire, ce qui augmente fortement la charge pollinique. Le terme vient de l'époque où les paysans conduisaient leurs cochons en forêt pour les engraisser. L'opération était la plus rentable lorsque les glands jonchaient le sol en abondance, et que les chênes produisaient une grande quantité de fruits.
La principale cause des nombreux pollens dans l'air ne serait cependant pas une possible année de forte glandée, selon Thomas Wohlgemuth de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Selon lui, le phénomène serait lié au temps, jusqu'à récemment très sec:
La sécheresse comme facteur aggravant
Cependant, la possibilité qu'il s'agisse d'une année de forte glandée n'est pas exclue, et plusieurs raisons l'expliquent: ces dernières années, plusieurs espèces d'arbres n'ont pas connu de grande fructification, en particulier l'épicéa et le hêtre. Le sapin et le chêne n'ont eu, eux, qu'une fructification partielle.
Les pluies abondantes de l'été dernier plaident également en faveur d'une année de forte glandée, car elles favorisent généralement une floraison plus importante l'année suivante. Pour Thomas Wohlgemuth:
On ne peut cependant pas encore affirmer avec certitude que certaines espèces d'arbres connaîtront une production inhabituellement élevée. En prenant l'exemple du canton de Zurich, on constate que l'épicéa et l'érable sycomore y ont par endroits un très grand nombre de fleurs. Le sapin, le bouleau, le hêtre et le chêne fleurissent également abondamment.
Mais les choses pourraient aussi évoluer en sens contraire: si l'été était trop sec, par exemple, les feuilles jauniraient tôt, ce qui aurait pour effet de ralentir le processus de maturation des fruits.
L'influence d'un certain phénomène météo
Ces dernières années, de nombreuses recherches ont porté sur la façon dont le rythme de la fructification des arbres est «déterminé», et ont ainsi mis en lumière les phénomènes qui servent à l'expliquer. Thomas Wohlgemuth résume:
Les arbres fertilisés, comme la plupart des arbres fruitiers, portent des fruits chaque année grâce aux engrais. Naturellement, ils alterneraient entre une année avec beaucoup et une année avec peu de fruits, connaissant eux aussi des années de forte glandée.
Il existe aussi la théorie selon laquelle les arbres doivent se remettre d'une année de forte glandée l'année suivante. Thomas Wohlgemuth explique:
Ainsi, les hêtres du Plateau produisent beaucoup de fruits tous les deux à trois ans, tandis que les épicéas ont beaucoup de cônes à des intervalles plus espacés.
Pour le hêtre, une fructification synchrone à l'échelle du continent a déjà été constatée dans les années 1980. Une telle chose se produit, pour le hêtre et l'épicéa, environ tous les 7 à 16 ans. Un lien avec le phénomène météorologique de l'Oscillation nord-atlantique a été établi à cet égard. Cette oscillation entre une dépression islandaise tantôt faible, tantôt forte, et l'anticyclone des Açores influence considérablement le temps en Europe, et apparemment aussi la fructification du hêtre et de l'épicéa.
Ce phénomène réjouit les pinsons du Nord, qui, lors des années de forte glandée européennes du hêtre, affluent chaque hiver en grands vols à la poursuite des fruits de ces arbres, les faînes.
Année de forte glandée ou pas, les personnes souffrant du rhume des foins devraient se doucher le soir pour éliminer le pollen. Il est également préférable de garder les fenêtres fermées la nuit et de ne pas apporter les vêtements portés durant la journée dans la chambre à coucher.
