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Pollen: ce phénomène méconnu amplifie les allergies en Suisse

Voici pourquoi le rhume des foins pourrait être très intense cette année.
Le rhume des foins s'annonce particulièrement éprouvant cette année.Image: Imago / Unsplash, montage watson

Une «forte glandée» est suspectée en Suisse et certains en souffrent

Les allergiques souffrent beaucoup en Suisse. Une saison pollinique précoce et intense se conjugue à la sécheresse, et peut-être même à une année de production abondante.
11.05.2026, 05:3211.05.2026, 07:58
Bruno Knellwolf

D'immenses nuages de pollen ont soufflé sur la Suisse dimanche soir. Voitures, tables de jardin et terrasses sont encore jaunes. Le pollen se nettoie facilement, mais les allergiques traversent en ce moment une période désagréable. Marie-Hélène Corajod du Centre d'allergie suisse (aha!), est affirmative:

«Cette année est particulièrement difficile pour les personnes allergiques»

Et cela pour plusieurs raisons: les arbres ont libéré leur pollen tôt et par moments en grandes quantités. La floraison des graminées a ensuite commencé environ deux semaines plus tôt qu'à l'ordinaire. De plus, plusieurs espèces végétales ont émis simultanément de grandes quantités de pollen, comme l'explique la spécialiste en allergologie. Une année de fructification abondante pourrait également être en cause, mais nous y reviendrons.

La poussière jaune sur les véhicules et les tables de jardin provient avant tout du pollen du pin sylvestre et de l'épicéa. Leurs grains de pollen sont très gros et actuellement libérés en grandes quantités. Cela dit, on n'attrape pas le rhume des foins en s'en époussetant. Marie-Hélène Corajod précise:

«Cette poussière jaune ne provoque généralement pas d'allergies»
On trouve également beaucoup de pollen sur les rives du lac de Constance.
On trouve également beaucoup de pollen sur les rives du lac de Constance.Image: Bruno Knellwolf

La saison du pollen des graminées a commencé

Ce sont les pollens des graminées, particulièrement irritants, qui déclenchent en ce moment le plus grand nombre d'allergies. Marie-Hélène Corajod précise:

«Le vol du pollen des graminées a déjà commencé et continue d'augmenter dans les plaines»

Les pollens de graminées font partie des six types de pollens responsables d'environ 95% des allergies polliniques, avec ceux de bouleau, de frêne, de noisetier, d'aulne et d'armoise.

Les pollens de bouleau et de hêtre restent encore significatifs, bien qu'ils diminuent progressivement. La charge pollinique dépend toutefois de l'endroit. En montagne, le bouleau continue de fleurir, tout comme le chêne. Les allergiques ne peuvent donc pas encore trouver refuge dans les Alpes.

Le pare-brise d'une voiture couvert de pollen.
Le pare-brise d'une voiture, couvert de pollen.Image: Andreas Becker / Keystone

Des soupçons d'année de forte glandée

Dans les médias allemands, un allergologue a déclaré que l'énorme quantité de pollen dans l'air était liée à une année de fructification abondante, ou «année de forte glandée». Lors d'une telle année, un arbre fleurit (puis fructifie) bien plus abondamment qu'à l'ordinaire, ce qui augmente fortement la charge pollinique. Le terme vient de l'époque où les paysans conduisaient leurs cochons en forêt pour les engraisser. L'opération était la plus rentable lorsque les glands jonchaient le sol en abondance, et que les chênes produisaient une grande quantité de fruits.

La principale cause des nombreux pollens dans l'air ne serait cependant pas une possible année de forte glandée, selon Thomas Wohlgemuth de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL). Selon lui, le phénomène serait lié au temps, jusqu'à récemment très sec:

«S'il pleuvait tous les deux à trois jours, il y aurait moins de pollens dans l'air.»

La sécheresse comme facteur aggravant

Cependant, la possibilité qu'il s'agisse d'une année de forte glandée n'est pas exclue, et plusieurs raisons l'expliquent: ces dernières années, plusieurs espèces d'arbres n'ont pas connu de grande fructification, en particulier l'épicéa et le hêtre. Le sapin et le chêne n'ont eu, eux, qu'une fructification partielle.

Les pluies abondantes de l'été dernier plaident également en faveur d'une année de forte glandée, car elles favorisent généralement une floraison plus importante l'année suivante. Pour Thomas Wohlgemuth:

«C'est un facteur de succès supplémentaire pour une année de forte glandée. La sécheresse d'avril a été extrême cette année, d'où les nombreux pollens.»

On ne peut cependant pas encore affirmer avec certitude que certaines espèces d'arbres connaîtront une production inhabituellement élevée. En prenant l'exemple du canton de Zurich, on constate que l'épicéa et l'érable sycomore y ont par endroits un très grand nombre de fleurs. Le sapin, le bouleau, le hêtre et le chêne fleurissent également abondamment.

Mais les choses pourraient aussi évoluer en sens contraire: si l'été était trop sec, par exemple, les feuilles jauniraient tôt, ce qui aurait pour effet de ralentir le processus de maturation des fruits.

L'influence d'un certain phénomène météo

Ces dernières années, de nombreuses recherches ont porté sur la façon dont le rythme de la fructification des arbres est «déterminé», et ont ainsi mis en lumière les phénomènes qui servent à l'expliquer. Thomas Wohlgemuth résume:

«Fondamentalement, cela dépend de la disponibilité en carbone et en nutriments»

Les arbres fertilisés, comme la plupart des arbres fruitiers, portent des fruits chaque année grâce aux engrais. Naturellement, ils alterneraient entre une année avec beaucoup et une année avec peu de fruits, connaissant eux aussi des années de forte glandée.

Il existe aussi la théorie selon laquelle les arbres doivent se remettre d'une année de forte glandée l'année suivante. Thomas Wohlgemuth explique:

«Nos arbres forestiers ne sont pas fertilisés et poussent sur des sites variés, ce qui fait que certains arbres réagissent davantage aux conditions météorologiques, d'autres moins.»

Ainsi, les hêtres du Plateau produisent beaucoup de fruits tous les deux à trois ans, tandis que les épicéas ont beaucoup de cônes à des intervalles plus espacés.

Pour le hêtre, une fructification synchrone à l'échelle du continent a déjà été constatée dans les années 1980. Une telle chose se produit, pour le hêtre et l'épicéa, environ tous les 7 à 16 ans. Un lien avec le phénomène météorologique de l'Oscillation nord-atlantique a été établi à cet égard. Cette oscillation entre une dépression islandaise tantôt faible, tantôt forte, et l'anticyclone des Açores influence considérablement le temps en Europe, et apparemment aussi la fructification du hêtre et de l'épicéa.

Ce phénomène réjouit les pinsons du Nord, qui, lors des années de forte glandée européennes du hêtre, affluent chaque hiver en grands vols à la poursuite des fruits de ces arbres, les faînes.

Année de forte glandée ou pas, les personnes souffrant du rhume des foins devraient se doucher le soir pour éliminer le pollen. Il est également préférable de garder les fenêtres fermées la nuit et de ne pas apporter les vêtements portés durant la journée dans la chambre à coucher.

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