Une ONG épingle les contradictions de Coop et Migros
Migros et Coop sont loin d'atteindre leurs propres objectifs climatiques, affirme Greenpeace. Selon l'organisation, c'est un vrai souci, car la Suisse s’est fixé un cap clair: réduire de 40% l’empreinte carbone de l’alimentation d’ici 2050. Pour y parvenir, le levier principal est connu: manger moins de protéines animales et davantage de protéines végétales. Problème: selon une nouvelle analyse de Greenpeace Suisse, les deux géants de la distribution, Migros et Coop, sont encore très loin du compte.
L'ONG a passé au crible l’offre en ligne des deux enseignes, qui représentent à elles seules environ 80% du marché alimentaire suisse. Verdict: 90% des protéines proposées sont d’origine animale, contre seulement 10% de protéines végétales. Un déséquilibre, également visible dans les promotions, dont près de 90% concernent viande, poisson, produits laitiers ou œufs, estime l'organisation.
Migros et Coop ont des objectifs
Pour être compatibles avec leurs propres engagements climatiques – la neutralité carbone d’ici 2050, validée par la Science Based Targets initiative –, Migros et Coop devraient atteindre un ratio d’environ 40% de protéines animales et 60% de protéines végétales. On en est donc très loin. Migros est la seule à publier une répartition officielle de ses ventes. Greenpeace a comparé ces chiffres à son analyse de l’offre en protéines et constate une tendance claire: la viande et le poisson sont davantage mis en avant, notamment via les rabais.
Migros et Coop affirment que ce sont les consommateurs qui prennent les décisions d’achat et qu’ils n’ont pas tant d’influence sur celles-ci. Mais pour l'ONG, «la réalité est tout autre.»
Selon l'office fédéral de l'agriculture, cité par Greenpeace, près de la moitié du chiffre d’affaires réalisé avec la viande proviendrait des actions.
Pour Greenpeace:
«L’assortiment, les prix, la publicité et les promotions orientent directement la consommation», souligne l’ONG, qui accuse Migros et Coop de pousser structurellement vers les protéines animales, au détriment du climat et de la biodiversité.
Mais l’enjeu dépasse le seul environnement. Une alimentation plus végétale permettrait aussi d’améliorer la santé publique, en réduisant les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de certains cancers, tout en augmentant l’autosuffisance alimentaire. Selon la stratégie climatique du Conseil fédéral, une alimentation saine et équilibrée pourrait réduire de deux tiers l’empreinte carbone alimentaire par habitant.
Ce que demande Greenpeace à Migros et Coop
L'ONG dépasse les simples critiques et appelle les deux géants de la distribution à changer de cap. Greenpeace formule cinq points essentiels:
- Atteindre 60% de protéines végétales vendues d’ici 2035;
- Publier chaque année des chiffres transparents sur la répartition des protéines;
- Soutenir la production végétale suisse et écologique;
- Garantir des prix équitables, sans pénaliser les alternatives végétales;
- Réserver publicité et promotions aux produits végétaux durables.
Ailleurs qu'en Suisse, la discussion est parfois plus avancée. Aux Pays-Bas notamment, onze enseignes de la grande distribution (dont Aldi et Lidl) se sont fixés pour objectif d'atteindre 60% de protéines végétales. Le néerlandais Jumbo, troisième distributeur alimentaire du pays, a unilatéralement décidé de stopper la publicité pour ses produits carnés. Du côté du gouvernement néerlandais, on vise le 50/50% entre l'apport entre protéines végétales et animales dans l'alimentation humaine, d'ici 2030. Dans la même veine, Greenpeace rappelle une initiative d'un autre géant de la distribution:
L'exemple danois
Car les Etats ont la capacité de mobiliser des moyens et de contraindre, là où les marchés eux-mêmes et les acteurs économiques freinent des fers.
Au Danemark, le gouvernement de centre-droit a décidé officiellement de favoriser l'alimentation végétale, notamment car elle peut permettre d'améliorer la santé des Danois, le bilan environnemental du royaume et son économie. Dans un rapport de 2023 du ministère danois d'agriculture, il est écrit que «le gouvernement estime que le secteur des aliments d'origine végétale doit être encouragé par une combinaison de mesures portant à la fois sur l'offre et sur la demande.» Le gouvernement a ainsi débloqué près de 160 millions de francs suisses pour y arriver. Le ministre de l'agriculture disait ceci:
Mais en Suisse la volonté politique semble faire défaut, tout comme celle de l'économie. Sans un changement radical de stratégie, avertit l’ONG, Migros et Coop n’atteindront pas leurs objectifs climatiques. Et la transition alimentaire, pourtant au cœur des politiques fédérales, restera lettre morte dans les rayons des supermarchés. (hun)
