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Selecta mise sur un ancien de la Migros pour se relancer

Selecta va mal et mise sur un ancien de la Migros pour se relancer

L'entreprise connue pour ses distributeurs automatiques que l'on trouve aux gares et arrêts de bus s'est réorganisée. Selon les experts, cette décision cache un objectif simple: sauver l'entreprise d'une mort certaine.
15.01.2025, 12:03
Benjamin Weinmann / ch media
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Les distributeurs Selecta font pratiquement partie du paysage. Depuis des années, ils proposent boissons énergisantes, chewing-gums ou encore préservatifs aux pendulaires et voyageurs des quais et arrêts de bus. Mais depuis un certain temps, l'entreprise connaît une période mouvementée.

Et le chef d'entreprise Christian Schmitz n'y est pas pour rien. L'Allemand a été envoyé au siège de l'entreprise, à Cham (Zoug) sur ordre du propriétaire, la société de private equity KKR, pour redresser le chiffre d'affaires en berne de Selecta. Schmitz, soutenu par son mentor, la légende de Wall Street Joe Plumeri, a procédé à des transformations radicales, supprimé des postes et lancé une nouvelle culture d'entreprise qui a suscité de vives critiques.

Selon les initiés, plusieurs acheteurs potentiels s'étaient retirés de la course, estimant que Selecta était un morceau trop difficile à digérer pour leur propre stratégie, comme Philipp Wyss, directeur général de Coop, qui collabore avec Selecta. Cette dernière mise d'ailleurs beaucoup sur ce concept, même sans le géant orange.

Un ex-manager de Migros engagé

Fin 2023, des rumeurs selon lesquelles Selecta allait être vendue ont largement circulé, ceci après l'annulation de l'entrée en bourse prévue – notamment en raison de la charge élevée des dettes, qui atteignait plus d'un milliard de francs. Selon notre enquête, une banque avait déjà été engagée pour le processus. Mais au printemps dernier, Christian Schmitz a nié toute intention de vendre l'entreprise.

Ces rumeurs pointent à nouveau le bout de leur nez aujourd'hui. Il se murmure même que le chef Selecta pose actuellement les jalons d'un nouveau départ, avec une nouvelle stratégie. Les spéculations sont nées des nouvelles nominations de chefs et des nouvelles structures mises en place par l'entreprise de distribution de snacks ces derniers jours.

La semaine dernière, Beat Welti – qui a notamment travaillé pour Migros – a été nommé nouveau dirigeant du marché suisse, succédant à ainsi Frank Keller, qui avait quitté son poste de directeur au printemps dernier. Christian Schmitz, CEO et désormais directeur également, n'a pas expliqué les raisons de ce départ, évoquant seulement un changement effectué dans un esprit amical.

Beat Welti, dirige désormais les activités suisses de Selecta.
Beat Welti, dirige désormais les activités suisses de Selecta.Image: dr
«Nous ne cherchons pas de remplaçant. Dans ce double rôle, j’ai l’opportunité d’être impliqué à la fois dans les aspects stratégiques et opérationnels, ce qui me permet de suivre directement la mise en œuvre dans notre plus grande filiale»
Christian Schmitz

L'embauche de Beat Welti comme nouveau directeur pour le marché suisse représente donc un revirement. Il apporte une grande expertise du secteur des biens de consommation, peut-on lire dans le communiqué de presse. Et pour cause, dans son CV, on peut notamment voir qu'il a travaillé pour des entreprises telles que Lindt, Mars, Migros, Unilever et Bofrost.

Mais il n'est pas la seule nouvelle recrue. Comme le portail spécialisé Food & Coffeemarkets l'a annoncé fin décembre, une nouvelle unité regroupant l'Italie, la France et l'Espagne a été créée. Jean-Christophe Bugeon, qui auparavant ne dirigeait que le marché français, a été nommé à sa tête. Sur Linkedin, le manager de Selecta Paul Hearne a annoncé qu'il prenait la direction de l'unité Selecta «Europe North Region», qui comprend les marchés du Royaume-Uni, de l'Irlande, qu'il dirigeait déjà, et de la Scandinavie.

Un expert de la branche conclut:

«Tout cela ressemble à un beau paquet qui pourrait être divisé»

Des chiffres trimestriels pas été assez convaincants

Le fait est que Selecta et son CEO, Christian Schmitz, ne se portent pas aussi bien qu'ils le souhaiteraient, comme l'ont montré les chiffres du troisième trimestre début novembre. L'entreprise de distributeurs automatiques de snacks a réalisé un chiffre d'affaires en baisse de 5,8% par rapport au même trimestre de l'année précédente.

Le bénéfice d'exploitation corrigé avant dépréciations et amortissements (Ebitda) a même diminué de près d'un tiers de pour cent pour atteindre 43,3 millions d'euros. La marge d'Ebitda ajustée a donc aussi nettement baissé. L'entreprise explique cela par des dépenses uniques liées à des «investissements nécessaires». Les liquidités se sont réduites à 76 millions d'euros seulement. «Ça devient critique», a commenté un initié, mettant en lumière la fragilité financière croissante de Selecta.

Ce que certains représentants de l'industrie avaient déjà anticipé s'est ensuite produit: le président du conseil d'administration de Selecta, Joe Plumeri, 81 ans, a quitté l'entreprise fin 2024. Marc van der Plas, membre du conseil d'administration et ex-manager du cabinet d'audit suisse KPMG, a ainsi repris le poste. A une différence près: il a été nommé président non exécutif là où Joe Plumeri était président exécutif.

Joe Plumeri
Joe Plumeri, ancien de Wall Street et Selecta.Image: Business Wire

Le cours de l’obligation Selecta, une dette à taux fixe, s'est effondré depuis la publication des résultats trimestriels. Ce lundi, chaque euro de cette obligation ne valait plus que 30 centimes sur le marché, selon les données de cotation. Une telle chute indique généralement que les investisseurs doutent de récupérer l’intégralité de leur capital. Par ailleurs, des sources proches du secteur affirment que Selecta aurait accumulé des retards de paiement envers certains fournisseurs ces dernières semaines.

Selecta ne fait aucun commentaire

Face aux rumeurs évoquant une possible restructuration des divisions de l’entreprise, ou encore aux critiques sur l’effondrement de son obligation et les retards de paiement supposés, Selecta n’a pas souhaité répondre.

«En dehors des rapports trimestriels, nous ne communiquons pas sur les performances de l’entreprise, et nous ne commentons ni les rumeurs ni les spéculations»
Sigrun Wähner

Cependant, une annonce publiée lundi révèle que Selecta cherche à renforcer sa trésorerie. La société a obtenu un prêt supplémentaire de 50 millions d’euros, financés par des actionnaires existants. Les noms des prêteurs, y compris une éventuelle implication de KKR, un fonds d'investissement américain, n’ont pas été précisés.

Selon Selecta, cette opération vise à «positionner l’entreprise pour réussir à long terme». L’entreprise a également négocié un report des échéances d’intérêts sur d’autres prêts existants et mène actuellement des discussions avec des investisseurs pour explorer des options de refinancement. Ce silence public et ces manœuvres financières nourrissent les interrogations sur la stabilité et l’avenir de l’entreprise.

Selecta, fondée en Suisse en 1957, a réalisé un chiffre d'affaires de 1,4 milliard de francs suisses au cours du dernier exercice. Selon ses propres indications, elle sert chaque jour plus de dix millions de clients dans seize pays d'Europe avec du café, des boissons, des snacks et des repas. Aux dernières nouvelles, l'entreprise comptait 6000 employés.

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

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