Près de cinq ans après l'arrêt de la centrale nucléaire de Mühleberg, l'entreprise énergétique Axpo a annoncé jeudi la fin de la centrale nucléaire de Beznau. Les deux réacteurs de Beznau devraient être arrêtés en 2032 (Beznau II) et 2033 (Beznau I). Après 64 ans d'exploitation, Beznau est alors la plus ancienne centrale nucléaire en service dans le monde.
L'annonce a certes fait parler d'elle en marge de la session d'hiver du Parlement, mais elle n'a surpris personne. La décision prise hier par Axpo ne fait que mettre fin aux spéculations sur la date exacte de la mise hors service.
Le Conseil fédéral et le Parlement avaient décidé en 2011 de sortir progressivement de l'énergie nucléaire en réaction à la catastrophe nucléaire de Fukushima. Avec la Stratégie énergétique 2025 (votée en mai 2017) et la loi sur l'électricité (votée en juin 2024), la population a approuvé la mise en œuvre de ce programme et le développement des énergies renouvelables.
Actuellement, le Parlement examine le décret dit d'accélération, qui a comme but de donner de l'élan au développement des énergies renouvelables. Les délais de construction des grandes centrales devraient ainsi être réduits. Il est également question de prolonger les financements de départ pour les centrales solaires et – point particulièrement délicat – de limiter le droit de recours des organisations de protection de la nature pour les seize projets hydroélectriques nommément énumérés dans la loi sur l'électricité.
Avec la décision d'Axpo de mercredi, l'accent est à nouveau mis sur les défis futurs pour l'approvisionnement en électricité de la Suisse et sur un éventuel retour de l'énergie nucléaire.
«C'est une bonne chose qu'il y ait désormais une date d'arrêt pour Beznau I et II, bien qu'à notre avis les deux réacteurs sont clairement restés trop longtemps connectés au réseau», déclare la cheffe du groupe parlementaire des Verts Aline Trede (BE). Roger Nordmann (VD), politicien socialiste en charge de l'énergie, salue également la décision:
La conseillère nationale PLR Susanne Vincenz-Stauffacher (SG) salue certes la clarté qu'apporte cette décision. Mais elle doit encore étudier attentivement les bases de celle-ci: «Car en fait, l'idée est de laisser les centrales nucléaires fonctionner aussi longtemps que possible».
L'année dernière, les deux réacteurs de Beznau ont produit environ six térawattheures d'électricité, ce qui représente environ 7,9% de la production totale d'électricité. Vanessa Meury, présidente du Club suisse de l'énergie, favorable à l'électricité nucléaire, craint ensuite une pénurie d'électricité, notamment en hiver.
Le président du PLR, Thierry Burkart (AG), affirme qu'après l'arrêt de Beznau, des centrales de réserve alimentées par de l'énergie fossile seront nécessaires:
Le conseiller national UDC Christian Imark (SO), partisan de l'énergie nucléaire comme Meury, est plus détendu. Le problème de la sécurité d'approvisionnement ne sera pas plus grand avec l'arrêt de Beznau, estime-t-il. «Mais le risque de concentration de l'approvisionnement en cas de panne augmente s'il ne reste que deux réacteurs en service». Pour les années 2030, la Suisse n'a pas de problème, mais cela deviendra difficile à partir de 2050, car la Suisse aura besoin de massivement plus d'énergie en raison de l'électrification et de l'abandon des énergies fossiles.
Le conseiller national du centre Stefan Müller-Altermatt (SO) ne s'inquiète pas non plus de l'arrêt de Beznau. «Avec l'efficacité, les réseaux intelligents et le développement des énergies renouvelables et du stockage, nous pouvons y faire face». Ce sera aussi un défi, «mais il est plus réalisable que construire une nouvelle centrale nucléaire».
La conseillère nationale PLR Susanne Vincenz-Stauffacher considère la décision d'Axpo comme «un nouveau rappel à l'ordre sur la nécessité de développer rapidement les énergies renouvelables». Elle voit la décision comme un clin d'œil aux associations de protection de l'environnement pour qu'elles ne bloquent pas les seize projets hydroélectriques prévus.
Le conseiller national PS Nordmann abonde dans son sens. La pression pour un développement des énergies renouvelables augmente massivement, rappelle-t-il. Nordmann plaide pour une simplification des procédures concernant les seize projets hydroélectriques inscrits dans la loi sur l'électricité:
Il avertit qu'il faudra sinon combler la pénurie d'électricité avec des énergies fossiles.
En octobre, la commission de l'environnement du Conseil des Etats avait approuvé une proposition de Thierry Burkart visant à supprimer le droit de recours des associations pour les seize projets hydroélectriques en question. Des efforts sont en cours au Parlement pour trouver une solution de compromis concernant le décret d'accélération. Celle-ci doit empêcher les retards tout en évitant de froisser les organisations environnementales au point de les pousser à lancer un référendum.
Il n'y a pas de réponse unanime à la question de savoir ce que signifie l'arrêt de Beznau pour les deux dernières centrales nucléaires suisses: «Les idées de longues durées pour les centrales nucléaires et les subventions correspondantes sont ainsi écartées», affirme le conseiller national socialiste Roger Nordmann. Les gros investissements dans les vieilles centrales nucléaires n'en valent pas la peine, estime-t-il.
L'UDC Christian Imark a une vision fondamentalement différente du concept d'exploitation à long terme. Sur le plan technologique, Beznau ne serait pas comparable à Gösgen et Leibstadt:
Leur mise à niveau ne nécessiterait guère de subventions fédérales, selon lui. Mais le président du PLR souligne que les opérateurs ont besoin d'une sécurité d'investissement – et que la politique ne peut pas la garantir actuellement.
Et que signifie la fin annoncée de Beznau pour le retour de l'énergie nucléaire réclamé par l'initiative Stop Blackout? En guise de contre-projet indirect, le Conseil fédéral veut lever l'interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires. La co-initiatrice Vanessa Meury du Club Energie demande la planification de nouvelles centrales nucléaires. Le conseiller national UDC Christian Imark salue la proposition du Conseil fédéral et le fait que le peuple pourra se prononcer sur la question. Mais le politicien du Centre Stefan Müller-Altermatt considère en revanche la décision d'Axpo comme un «signe de la volonté de ne pas s'en tenir à l'énergie nucléaire». Celle-ci renforcerait le camp qui souhaite la sortie du nucléaire et le développement des énergies renouvelables.
Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci