Suisse: elles se retrouvent malgré elles dans un porno à cause de l’IA
Des utilisateurs suisses de Telegram ont publié, depuis juillet 2024, au moins 72 deepfakes sexualisés de Suissesses sur l'application, visant le plus souvent des influenceuses connues. C’est ce que met en lumière une enquête du groupe de presse Tamedia, relayé par 24 heures.
Ces montages montrent les femmes nues ou intégrées dans des vidéos à caractère pornographique. Ils s’accompagnent de centaines d’insultes et de messages sexualisés, souvent rédigés en suisse allemand. Sous certaines publications, des vidéos montrant des éjaculations sur des images des victimes sont également diffusées.
L'enquête de nos confrères a analysé deux forums Telegram. Après avoir été sollicitée, la plateforme les a bloqués deux jours plus tard. Au moins 16 utilisateurs anonymes seraient à l’origine de ces publications. Contactés, ils n’ont pas répondu.
Parmi les 14 femmes identifiées figurent onze des influenceuses suisses les plus suivies, mais aussi les jeunes sœurs de deux d’entre elles ainsi qu’une mère. Huit influenceuses ont décidé de porter plainte, notamment pour usurpation d’identité et atteinte à l’honneur, après avoir pris connaissance des résultats de l’enquête.
Des lacunes juridiques pointées du doigt
L’ampleur du phénomène serait en réalité bien plus large. Des liens et renvois internes suggèrent que de nombreux deepfakes circulent également dans des espaces privés ou sur des forums cachés, toujours selon les investigations de nos confrères.
Des expertes alertent désormais sur les lacunes du droit suisse en matière de deepfakes, qui compliquent les poursuites. Si les images et les commentaires peuvent, en principe, être poursuivis pénalement, la procédure reste «longue et fastidieuse». Les investigations pourraient s’étendre sur plusieurs années.
Dans ce contexte, les grandes plateformes comme Telegram sont appelées à assumer davantage leurs responsabilités. Si leurs règles interdisent la publication de «contenus sexuels non consentis», elles privilégieraient, dans les faits, «la mesure la moins restrictive» lors des suppressions.
Le cas des forums suisses en donne une illustration concrète: fin mars, deux deepfakes visant une influenceuse ont été supprimés, tandis que les 70 autres sont restés en ligne, rapporte Tamedia.
Des victimes qui prennent la parole
Face à ces dérives, cinq influenceuses ont choisi de s’exprimer publiquement. Elles entendent mettre à profit leur audience pour dénoncer un phénomène qu’elles décrivent comme systématique.
«Je pense que la version plus jeune de moi serait super fière que je fasse ça aujourd’hui», confie Nathi, 24 ans, connue sur Instagram et TikTok sous le pseudonyme «nathistyle_». Des deepfakes la visant circulaient déjà il y a plusieurs années sur Reddit. À l’époque, elle n’avait pas porté plainte, par peur. Aujourd’hui, elle a décidé d’agir. Avec les autres influenceuses, elle souhaite défendre toutes les femmes confrontées à ce type de pratiques. (hkl avec sda, trad. jah)
