«On a observé plusieurs ratés»: Amnesty critique la Suisse
«Le monde se trouve à un tournant décisif». C'est le cri d'alarme lancé ce mardi par Amnesty International à l'occasion de la publication de son rapport annuel. Ses conclusions sont éloquentes:
Cette «érosion progressive des droits humains» se poursuit «depuis des années», ajoute Amnesty. Pourtant, l'évolution actuelle se distingue: «Elle ne se limite plus aux marges du système, mais prend la forme d’une attaque directe contre les fondements mêmes des droits humains et de l’ordre international», avance l'ONG.
Notre pays n'est pas épargné par ces évolutions, assure Amnesty. «On a tendance à croire que la Suisse est immune aux violations des droits humains. On constate toutefois que ce n'est pas le cas», déclare Nadia Boehlen, porte-parole de l'ONG. Elle ajoute:
Parmi les critiques listées par Amnesty dans le chapitre qu'elle consacre à la Suisse, les «restrictions» à l'encontre du droit de manifester occupent la première place. «Nous avons recensé de nombreux agissements problématiques, surtout dans le cadre de manifestations en faveur de Gaza», développe Nadia Boehlen.
Réponse policière «excessive»
Le rapport évoque les «exigences d’autorisation strictes» imposées aux manifestations, ainsi qu'une réponse policière parfois «injustifiée» ou «disproportionnée». Plusieurs rassemblements pro-palestiniens avaient, en effet, fait l'objet d'une réaction musclée de la part des forces de l'ordre. Cela avait notamment été le cas à Berne, en octobre dernier, lors d'un défilé émaillé par d'importants dégâts à la propriété commis par certains individus.
D'autres fois, les organisateurs ont été confrontés à des «coûts élevés», ajoute l'ONG, tandis que des étudiants ont fait l’objet de poursuites pénales en raison de leur participation à des manifestations. «A la suite d’actions de protestation à l’EPFZ, un tribunal a condamné plusieurs étudiants pour violation de domicile», détaille Amnesty.
«Cela s'inscrit dans un contexte global de montée des pratiques autoritaires, alimentée notamment par les Etats-Unis», commente Nadia Boehlen.
La porte-parole d'Amnesty avance l'exemple du Royaume-Uni, où les autorités ont interdit le groupe Palestine Action après des actes de vandalisme perpétrés sur une base de l’armée de l’air. La justice britannique avait qualifié cette interdiction de «disproportionnée», mais le gouvernement avait fait appel. Plus de 2700 personnes ont été arrêtées depuis.
«Tendances sécuritaires»
«Ce contexte peut désinhiber des tendances sécuritaires, y compris dans notre pays», note Nadia Boehlen. Suite au rassemblement de Berne, le Parlement avait notamment décidé de serrer la vis: les manifestants vont désormais devoir payer les frais des débordements, tandis que les gardes à vue ont été prolongées.
«L’ensemble des contribuables ne doivent pas couvrir les coûts engendrés par les débordements d’une manifestation non autorisée», affirmaient les motionnaires, tandis que la gauche dénonçait des mesures contraires à la Constitution et à la Convention européenne des droits de l’homme. Amnesty qualifie également ces décisions d'«inquiétantes». Nadia Boehlen commente:
«Durcissement permanent»
Le rapport d'Amnesty pointe également du doigt la politique migratoire helvétique. En cause, selon l'ONG: la reprise des renvois vers l’Afghanistan et la limitation de l’accueil d’une partie des personnes ayant fui l’Ukraine. «Dans le domaine de l'asile, on constate une tendance au durcissement permanent depuis des décennies», assure la porte-parole.
L'ONG fait également état de la progression du racisme et l’antisémitisme en Suisse, ainsi que de l'augmentation du nombre de féminicides. Dans ces domaines, pourtant, la réaction des autorités est jugée plus positivement. «Des mesures ont été prises et des efforts ont été faits pour mettre en œuvre des recommandations», indique Nadia Boehlen, tout en soulignant que «d'importantes lacunes persistent». (asi)
