La traque de ces suspects pose problème à la police en Suisse
En trois clics, des images floues deviennent reconnaissables. A l’aide de l’intelligence artificielle, des outils parcourent Internet à la recherche de visages similaires. Les résultats sont étonnamment bons: un autotest révèle de nombreuses correspondances avec son propre visage.
Après la publication des images non floutées des présumés fauteurs de troubles lors de la manifestation pro-palestinienne à Berne, certains internautes se sont eux aussi lancés dans la recherche de correspondances numériques à l’aide de tels outils. Lors des débordements d’octobre, d’importants dégâts matériels et des attaques contre des policiers avaient été enregistrés. La police bernoise recherche désormais des suspects via un appel à témoins public.
Il n’a pas fallu longtemps pour que, sur les réseaux sociaux et dans les sections de commentaires, les premières correspondances soient signalées. Très vite, le phénomène a pris une dynamique propre. Les personnes ainsi identifiées sont nommées avec leur identité réelle et leurs anciens employeurs.
Les milieux d’extrême droite, en particulier, se montrent très actifs dans cette traque. Après seulement quelques heures de recherche, 4 des 31 personnes recherchées ont été identifiées ou se sont manifestées. La police supprime leurs images de son site Internet, mais elles restent accessibles sur X et d’autres plateformes.
Des bases de données exploitées sans autorisation
Alors que l'identification de ces individus a très probablement été réalisée grâce à l'intelligence artificielle, une question demeure: pourquoi la police n’a-t-elle pas procédé ainsi elle-même? La réponse est simple: elle n’y est pas autorisée.
A Berne, il n’existe pas de base légale pour ce type de recherche. De plus, nombre d’outils disponibles évoluent dans une zone grise juridique. Les bases de données utilisées par ces services de recherche d’images accessibles au public (souvent payants) ont parfois été constituées en puisant directement dans d’autres bases de données.
Ce que la police ne peut pas faire, des particuliers s’en chargent donc. Mais en ont-ils le droit? Interrogé à ce sujet, le préposé fédéral à la protection des données reste vague. Toute personne utilisant une telle recherche d’images commerciale agit «en violation de la protection des données» et enfreint «plusieurs principes de traitement». Toutefois, la question de savoir si des «preuves obtenues en violation de la protection des données» peuvent être utilisées dans une procédure pénale ne relève pas de sa compétence.
Une intervention parlementaire
Conseiller national du Centre et ancien directeur de la sécurité de la ville de Berne, Reto Nause a de son côté un avis bien tranché. «C’est absurde», dénonce-t-il. Il ne comprend pas pourquoi la police ne pourrait pas recourir à ces outils dans ce type d’enquêtes:
A la suite de la manifestation à Berne, il a déposé une intervention parlementaire pour réclamer un recours accru à l’intelligence artificielle dans l’identification des auteurs d’infractions. Selon lui, l’IA peut identifier des personnes à partir de leurs schémas de déplacement et de leurs caractéristiques faciales. «Il manque encore la base légale pour cela, reconnaît le politicien, mais nous devons donner aux autorités l'accès de tels outils.»
Car l’identification de personnes est longue et mobilise beaucoup de forces. «On pourrait ici utiliser les ressources de manière nettement plus efficace», affirme-t-il.
Pour l'élu, le recours à l’IA par la police présenterait également des avantages pour les suspects: ils éviteraient ainsi d’être exposés dans des appels à témoins publics. Reto Nause estime qu'une poursuite judiciaire systématique serait plus judicieuse. «Mais je ne les plains pas», ajoute le Bernois.
Il envisage également l’utilisation de tels outils dans les stades de football. Selon lui, les auteurs de violences et les utilisateurs d’engins pyrotechniques pourraient ainsi être identifiés beaucoup plus rapidement et efficacement. (trad. hun)
