L'initiative pour la responsabilité environnementale a été lancée par les Jeunes Verts. Son nom complet est «Pour une économie responsable respectant les limites planétaires». Elle passera devant le peuple le 9 février prochain.
L'initiative demande que l'économie suisse ne consomme pas plus de ressources et ne rejette pas plus de substances nocives que la nature ne peut supporter. Concrètement, si elle est acceptée, les autorités devront limiter la production et l'importation de marchandises dans les dix ans. Ainsi, la Suisse ne devrait plus dépasser les «limites planétaires». Ces mesures ont été définies par des chercheurs internationaux et montrent à partir de quel seuil certains critères environnementaux provoquent des dommages durables, voire irréversibles. Il peut s'agir de climat, d'environnement comme de respect de la biodiversité.
Le texte de l'initiative stipule également que les mesures prises doivent être «socialement acceptables». Qu'entendent-ils par ici?
«La lutte contre les crises environnementales est intrinsèquement sociale», écrivent par ailleurs les initiants, mettant l'accent sur le lien entre inégalités et changement climatique.
L'initiative a été déposée par les Jeunes Verts, il y a près de deux ans. Le projet vise à bâtir un avenir «dans lequel tous les individus peuvent mener une vie épanouie», selon la section jeunes du parti écologiste.
Cela inclut des aliments d'origine locale, un environnement intact, des emplois garantissant un revenu décent «plus de bien-être et de temps pour la vie en communauté, plutôt qu’un quotidien dominé par le stress et la solitude».
Le comité de soutien à l'initiative inclut le parti mère, ainsi que le Parti socialiste (PS), le Parti évangélique (PEV) et plusieurs organisations environnementales.
L’empreinte écologique de la Suisse est aujourd’hui indéniablement trop élevée. Elle dépasse de manière significative, par rapport à sa part de population, les limites planétaires dans plusieurs domaines, comme le montrent les données de la Confédération.
En 2021, les émissions de gaz à effet de serre par habitant s’élevaient, par exemple, à environ 13 tonnes d’équivalents CO2 par an, importations incluses. Selon l’Office fédéral de l’environnement, ce chiffre ne devrait pas dépasser 0,6 tonne pour rester dans les limites planétaires. La Suisse devrait également déployer des efforts considérables en matière de biodiversité et de pollution par les nitrates pour atteindre ses objectifs. Selon une étude commandée par la Confédération, la charge environnementale totale devrait diminuer d’environ deux tiers.
Les domaines les plus polluants sont le logement et l'alimentation, suivis par la mobilité. Au cours des vingt dernières années, l'empreinte écologique a déjà nettement diminué, d'environ un quart. La consommation des Suisses impacte aussi la production à l'étranger, par exemple par la production de biens importés, qui ont eux aussi une charge environnementale importante.
L’initiative laisse cette question ouverte. Les mesures concrètes, notamment des nouvelles réglementations, interdictions ou incitations, devraient être décidées par le Parlement. Ce qui est clair, c’est que des moyens drastiques seraient nécessaires, compte tenu du délai d’application de dix ans. Le Conseil fédéral met en garde contre des mesures de régulation et d’incitation jugées trop rigoureuses, des restrictions à la liberté économique et des «conséquences sociétales trop importantes».
C'est pourtant bien le but des initiants, qui visent une transformation fondamentale de l’économie. On peut lire sur leur site:
Cette transformation nécessiterait un programme public d’investissement ambitieux, notamment dans «des projets écologiques tels que les énergies renouvelables et la mobilité douce». Les initiants soulignent également la nécessité d'un «programme de sensibilisation et de promotion d'emplois durables». Ils ne donnent toutefois pas de détails supplémentaires.
Les opposants à l’initiative mettent en garde contre une perte de prospérité et des hausses massives des prix, par exemple pour les produits laitiers, la viande, le logement, le chauffage ou la mobilité. Les initiateurs ne contestent pas cette possibilité, mais rétorquent que cette perspective ignore que l’inaction face à la crise climatique entraînerait des coûts bien plus élevés.
Le Conseil fédéral et le Parlement rejettent l’initiative. Lors d’une conférence de presse jeudi, le conseiller fédéral Albert Rösti a mis en garde contre une perte de prospérité considérable.
Selon lui, un «oui» à l’initiative aurait des conséquences graves: la consommation devrait être réduite des deux tiers en dix ans, et de nombreuses entreprises quitteraient la Suisse. Bien que les initiateurs réclament une mise en œuvre socialement équitable, la réduction de la consommation toucherait l’ensemble de la population, a déclaré Alberto Rösti.
Le conseiller fédéral souligne que la Suisse n’est pas inactive. Elle doit atteindre l’objectif de zéro émission nette d’ici 2050. Cela signifie qu’à partir de cette date, les émissions de gaz à effet de serre ne devront pas dépasser ce que les systèmes naturels et techniques peuvent absorber.
Par ailleurs, le Parlement vient de réviser la loi sur le CO2, et la population a approuvé la récente loi sur l’électricité, qui vise à développer les énergies renouvelables. La loi sur la protection de l’environnement a également été renforcée, et l’économie circulaire est en cours de promotion.
Traduit et adapté de l'allemand par Léon Dietrich