Les communes suisses gèrent-elles efficacement l'argent? Le classement
L’administration de ma commune est-elle efficace? Les réserves financières sont-elles solides? Ces questions et bien d’autres trouvent une réponse grâce au benchmark développé par le Centre pour le Public Management de l’Université de Berne (KPM), présenté samedi au Politforum de Thoune. Cet outil offre un aperçu de la manière dont les communes suisses utilisent leur argent, en comparant leur efficacité dans quatre domaines: l’administration générale, l’éducation, les infrastructures et le social. Il fournit également des informations sur la santé financière des collectivités.
L’application s’adresse aux communes, aux responsables politiques et aux contribuables. Pour Adrian Ritz, directeur du KPM, ce benchmark donne aux citoyens la possibilité de découvrir leur commune sous l’angle de l’efficacité:
CH Media, éditeur de watson, a pu consulter ces données avant leur publication. La carte interactive ci-dessous montre comment les communes se classent en matière d’efficacité. Le tableau qui l’accompagne présente également les évaluations dans les quatre domaines étudiés. Les données se rapportent à l’année 2023 et sont disponibles de manière complète ou partielle pour 19 cantons. En revanche, aucune valeur n’est disponible pour les cantons de Neuchâtel, Jura, Valais, Vaud, Tessin, Appenzell Rhodes-Intérieures et Thurgovie; les données ne sont pas comparables en raison de différences dans les systèmes comptables ou les formats.
Les fusions ne sont pas des solutions-miracles
Le benchmark réserve quelques résultats surprenants. Il montre notamment que les petites communes, souvent jugées inefficaces, peuvent être très performantes. Au total, 45 communes de moins de 1000 habitants obtiennent une note d'efficacité «très bonne». Parmi elles figurent de minuscules localités comme Realp (UR), avec 149 habitants, Hüniken (SO), 161 habitants, ou Kilchberg (BL), 182 habitants. Pour Adrian Ritz, le constat s'impose:
Un point à garder à l’esprit dans les débats sur les fusions de communes. Des études comparatives internationales montrent en effet que les fusions de communes ne conduisent pas automatiquement à davantage d’efficacité.
Un rapport de 2025 de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (Zhaw) confirme que les fusions ne deviennent réellement pertinentes qu’à partir d’une certaine taille. L’analyse des structures communales dans le canton d’Argovie indique que l’efficacité administrative ne s’améliore sensiblement qu’à partir d’une population de 3000 à 3500 habitants. L’étude souligne toutefois aussi que les grandes communes sont globalement plus efficaces dans ce domaine. A partir d’environ 35 000 habitants, des niveaux d'efficience très élevés sont atteints.
Les petites communes ne sont donc pas forcément inefficaces, mais elles le sont plus que les grandes. Dans le benchmark, les communes de moins de 1000 habitants sont sous-représentées dans le groupe le plus performant, mais surreprésentées dans la catégorie la moins efficace.
Efficacité ou effectivité
Ce que le benchmark ne permet pas de dire, c'est les raisons de cette inefficacité. Selon Adrian Ritz, les causes d’une faible efficacité ne sont pas forcément négatives. L’efficacité est un facteur important, mais pas le seul déterminant de l’action communale. L’«effectivité» compte également, c’est-à-dire la capacité d’une commune à atteindre ses objectifs. Il donne un exemple:
Une plus grande piscine communale, une nouvelle place de jeux, de plus petites classes: autant de projets appréciés par la population, mais qui peuvent réduire l’efficacité. Ces exigences apparaissent le plus souvent là où la population a de bons moyens financiers. De nombreuses communes aisées, avec un faible taux d’imposition, obtiennent ainsi de moins bons résultats en matière d’efficacité, par exemple celles situées sur les bords du lac de Zurich ou les communes chics de Genève.
La commune d’Emmen offre un exemple opposé. Cette commune de l’agglomération lucernoise, qui compte environ 33 000 habitants, fait partie des 17 communes classées dans le groupe de tête dans tous les domaines étudiés. Sa présidente, Ramona Gut-Rogger (PLR), se dit ravie de ce résultat, sans être surprise. La commune n’a en réalité guère d’autre choix que d’être très efficace. Sa situation financière est tendue depuis des années, les dettes sont élevées et les investissements indispensables importants, notamment dans les écoles. Elle explique:
La commune aimerait pourtant investir davantage dans son attractivité future, par exemple dans la promotion économique, les infrastructures de la piscine en plein air ou la qualité des espaces publics. Mais les moyens manquent souvent.
Ramona Gut-Rogger est bien obligée d'admettre:
Dans le canton de Lucerne, Emmen n’est pas un cas isolé: 48% de la population lucernoise vit dans des communes classées «très bien» dans le benchmark, le taux le plus élevé parmi les cantons étudiés. Si l’on ajoute les communes notées «bien», seuls quelques cantons font encore mieux, notamment Fribourg, Genève, Berne et Schwytz.
A l’inverse, les communes des cantons de Zurich, Argovie, Saint-Gall et des Grisons apparaissent comparativement moins efficaces. (adapt. tam)
