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Ils ont reçu 25 000 francs pour habiter en Valais, ils racontent

Une vue d'Arbignon datant de 2017.
Une vue d'Arbignon datant de 2017.Image: keystone

Ils ont reçu 25 000 francs pour habiter en Valais: «On se sent presque mal»

En 2017, Arbignon, en Valais, faisait la une de la presse internationale en proposant de verser 25 000 francs aux personnes qui souhaitaient s'y installer. L’action a porté ses fruits, mais l’avenir du village demeure incertain.
31.01.2026, 07:0131.01.2026, 07:01
Julian Spörri / ch media

«Hey Bro, how are you?» Un Anglais totalement inconnu a récemment contacté Pierre Biege sur Instagram. Il lui demandait s’il avait un terrain à lui proposer. Le village valaisan d'Arbignon (souvent appelé par son nom allemand Albinen) est si beau, expliquait-il, qu’il voulait absolument s’y installer.

L’Anglais voulait surtout à empocher les 25 000 francs d'aide au logement, un programme grâce auquel la commune valaisanne soutient les personnes qui construisent dans le village de montagne.

Un programme qui porte ses fruits

Agé de 32 ans, Pierre Biege s’était installé à Arbignon en 2020, là où il avait grandi, avec sa femme, Lea. Ensemble, ils ont construit un studio, sur lequel ils ont érigé une tiny house. La construction de 30m2 habitables leur a coûté 180 000 francs.

Pierre Biege est d'autant plus ravi que des fonds lui ont été versés par la commune. Au total, 25 000 francs pour lui, 25 000 francs pour sa femme et 10 000 francs pour chacun des trois enfants qui sont venus agrandir la famille depuis, le plus jeune ayant six mois. Il raconte:

«Il m’a suffi d’écrire un mail et de joindre l’acte de naissance, et hop, nous avions la contribution pour notre troisième enfant sur le compte.»

Il qualifie cette action de la commune de «super offre», tout en ajoutant:

«On se sent presque mal de recevoir autant d’argent sans devoir fournir de contrepartie»

Les demandes continuent d'affluer

Du point de vue de la commune, la famille Biege apporte bel et bien quelque chose. Elle aide à lutter contre la spirale descendante qui touche de nombreuses régions de montagne: l'absence de perspectives, l'exode et le vieillissement de la population.

De ce point de vue, l’idée d’Arbignon de combattre ces phénomènes par de généreuses incitations financières est sans équivalent en Suisse. Lorsque la commune a lancé la promotion du logement en 2017, le remue-ménage a donc été considérable.

Celle-ci a été submergée de demandes venues de l’étranger. Des personnes se présentaient au village, valises à la main, en demandant où elles pouvaient récupérer leurs 25 000 francs. Huit ans après le lancement de cette offre, le président de la commune, Lukas Grand, reçoit encore régulièrement des appels de pays comme l’Azerbaïdjan ou Israël. En outre, dix à quinze demandes par mail arrivent chaque semaine dans les bureaux du village. Il explique:

«Les gens pensent qu’ils reçoivent chez nous des sommes folles sans même avoir lu le règlement»

Mais pour avoir accès à cette manne financière, il existe des conditions strictes. Il faut avoir moins de 46 ans, investir au moins 200 000 francs dans la rénovation ou l’achat d’une maison ou d’un appartement, et posséder la nationalité suisse ou un permis d’établissement.

Une population stabilisée

Seule une petite partie des personnes intéressées remplit donc ces critères. Comme la commune nous l'a indiqué, jusqu’en décembre 2025, 21 requêtes ont été acceptées. Treize concernaient des familles ou des personnes venues s’installer à Arbignon, tandis que huit cas portaient sur des habitants du village qui souhaitaient construire. Lukas Grand précise:

«Au total, 19 adultes et 14 enfants sont arrivés à Arbignon grâce à la promotion du logement»

Cela peut sembler peu, mais dans un village de 250 habitants, cela représente près de 15% de la population. En raison de décès, le nombre total de citoyens n’a certes pas augmenté, explique Lukas Grand, mais il s’est stabilisé. Alors qu'en 2010, 278 personnes vivaient à Arbignon, le déclin a depuis été stoppé.

En parallèle, en tenant compte des recettes fiscales supplémentaires, la commune a calculé que l’action lui coûtait en réalité chaque année entre 20 000 et 25 000 francs. Lukas Grand précise:

«C’est supportable. Après tout, la commune couvre aussi chaque année un déficit de l’église compris entre 60 000 et 80 000 francs»
Comme Arbignon, de nombreux villages de montagne souffrent du problème de l'exode rural.
Comme Arbignon, de nombreux villages de montagne souffrent du problème de l'exode rural.Image: keystone

Un avenir encore sombre

Le village valaisan est toutefois loin d’être tiré d’affaire. Le vieillissement de sa population demeure un problème pressant. Alors qu’actuellement la moitié des habitants a plus de 60 ans, ils seront, selon une estimation de la commune, presque les deux tiers en 2035, dont 27% âgés de plus de 80 ans. Lukas Grand explique:

«Les perspectives d’avenir restent sombres. Pour éviter que le village ne meure, il est décisif que la promotion du logement continue de porter ses fruits.»

L’été dernier, les habitants du village partageaient cet avis. Lors de l’assemblée communale, ceux-ci avaient approuvé deux adaptations afin que le programme ne se transforme pas en fiasco financier.

D'abord, au moment de déposer leur demande, les personnes intéressées n’ont plus besoin d’avoir leur domicile fiscal à Arbignon depuis cinq ans minimum. Introduite en 2022, cette condition avait eu pour conséquence le rejet de presque toutes les demandes. Lukas Grand explique que «cela a particulièrement découragé les familles.»

Un ajustement nécessaire pour les départs

Autre obligation, lorsqu’une famille quitte Arbignon dans un délai de dix ans, les montants versés pour les enfants doivent désormais aussi être remboursés. Auparavant, cette contrainte ne s’appliquait qu’aux adultes. Mais le cas d’une famille avec trois enfants qui avait fini par quitter Arbignon malgré le soutien financier a fait que la commune a dû tirer le signal d'alarme après avoir perdu 30 000 francs.

Une autre personne seule ainsi qu’un membre d’un couple qui avaient bénéficié du soutien au logement avaient également fini par quitter le village situé près de Loèche-les-Bains.

Pour Pierre Biege, partir n’est pas une option. Avec sa famille, il veut rester à Arbignon «au moins les 20 ou 30 prochaines années». D’autant que le village a repris vie, explique-t-il. Des enfants jouent à nouveau sur la place de jeux, et lors des fêtes d’anniversaire, il est possible d’inviter plusieurs copains du village.

L'aide financière n’a d’ailleurs pas été la raison décisive pour le déménagement de sa famille. Pierre Biege explique:

«Celui qui vient à Arbignon uniquement pour l’argent, ça ne peut que mal tourner»

Pour lui, l’essentiel est ailleurs, «pouvoir me lever chaque matin en me disant que je vis dans le plus bel endroit du monde», conclut le trentenaire.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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