Suisse
Religions

Pour l'Armée du Salut, les Valaisans pauvres se gênent.

«Il y a de la pauvreté en Valais, mais elle est cachée»

Le poste valaisan de l’Armée du Salut fête ses 20 ans ce week-end. Reportage à Sierre à la table du mercredi qui accueille une trentaine d’habitués.
24.04.2026, 05:2924.04.2026, 05:29

Dans une arrière-salle, au sous-sol, six grandes tables pliables en bois attendent une trentaine de convives. Sur le mur, des peintures figuratives d’un berger portant un agneau blanc dans ses bras avec l’inscription «sauvé-e». A l'entrée, sur un tableau blanc, quelqu’un a écrit le slogan de l’Armée du Salut: «Soupe, Savon, Salut». Antonin Haab, soldat de cette organisation sociale et religieuse, en poste à Sierre depuis quatre ans, explique:

«La soupe désigne les besoins vitaux, le savon le besoin de dignité et de relation sociale et le salut le besoin de trouver un sens à sa vie»

Sierre est la seule infrastructure valaisanne de la célèbre armée qui «fait la guerre à la misère, mais pas aux miséreux», selon la formule d'Antonin Haab. Fondée en 1865 à Londres par le pasteur méthodiste anglican William Booth, elle est rapidement devenue internationale. Son antenne valaisanne est très jeune en comparaison, puisqu’elle fête ses 20 ans ce week-end.

Comme tous les mercredis, Antonin Haab, et Nathalie Riard, «officière» et responsable de poste, servent un repas chaud à une trentaine de personnes. «Ce repas n’est pas seulement de la nourriture offerte, c’est surtout un moment de lien social», explique Antonin Haab.

«Ici, on est à la fois une église et un bureau social»
Antonin Haab
Antonin Haab, soldat de l'Armée du Salut en poste à Sierre.
Antonin Haab, soldat en poste à Sierre.watson

Diplômé en sociologie et en théologie, Antonin Haab a travaillé dans l'administration publique, puis dans une haute école avant de rejoindre l’organisation. Il est alors formé pendant deux ans comme officier de l’Armée du Salut sur le terrain, notamment à des bases de travail social et de psychologie.

«Les politiques sociales publiques permettent de venir en aide à de nombreuses personnes, mais il me semblait qu’il y manquait quelque chose dans le cœur. Quand j’ai découvert l’Armée du Salut, c’était pour moi comme l’escarpin de Cendrillon. Au fond de moi, j’ai toujours senti que j’étais appelé à servir, à lutter contre la pauvreté.»
Antonin Haab
Repas de l'Armée du Salut, Sierre, avril 2026.
Repas de l'Armée du Salut.watson
L'Armée du Salut en quelques chiffres
Dans le monde, elle compte 1,8 million de membres. En Suisse, elle en a 3413 et 1956 employés. Ses charges d’exploitation se montent à 217 millions de francs. Elle reçoit des mandats de collectivités publiques pour gérer certains lieux d’hébergement, particulièrement en Suisse alémanique, dont l’immense majorité de ses dirigeants sont issus. En Valais, terre catholique, sa communauté est très petite avec une trentaine de membres, soit moins du 1% de tous les membres suisses. Nous ne connaîtrons pas son budget annuel.
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Repas de l'Armée du Salut, Sierre.watson

Les gens ne viennent pas seulement manger à Sierre. Il y a aussi de la gymnastique, des chants parent-enfant et la cérémonie religieuse du dimanche. L’antenne dispose aussi d’une chambre d’urgence mise à disposition par la commune. Chaque mois, une vingtaine de personnes ont encore recours à la consultation sociale.

«Nous recevons les gens pour comprendre comment leur venir en aide et nous les orientons vers les structures existantes, s’il y en a. Nous intervenons de manière subsidiaire à ces dernières, un peu comme une porte d’entrée dans ce monde des institutions sociales.»
Antonin Haab

Ainsi, il arrive assez souvent qu'il accompagne des personnes qui sont tombées entre les mailles du filet.

C'est souvent trop tard

En Valais, Antonin Haab est frappé par la gêne que ressentent les gens à l’idée de franchir la porte d’une institution sociale. «Il y a de la pauvreté en Valais, mais elle est souvent cachée. Malheureusement, quand les gens poussent notre porte, il est souvent déjà presque trop tard».

Repas de l'Armée du Salut, Sierre, avril 2026.
Image: watson

Antonin Haab et Nathalie Riard estiment ne pas avoir le recul suffisant pour percevoir une évolution dans la situation des plus précaires en Valais. A une exception près: «je pense que l’une des choses qui ont beaucoup changé ses dernières années en Valais, c'est l'augmentation importante des loyers», pointe Antonin Haab.

«On m’a expliqué que les nombreux engagements effectués par Lonza pendant le Covid avaient contribué à la raréfaction des logements.»

Les rares logements abordables sont dans des villages de montagne difficiles d’accès et peu adaptés pour des personnes qui ont besoin de conserver des liens sociaux et des possibilités d’emploi.

Antonin Haab se rappelle de cette femme, arrivée à l’âge de la retraite après avoir travaillé à l’étranger. Pour débloquer son droit aux prestations complémentaires, elle aurait dû se rendre dans les pays où elle avait travaillé et obtenir différentes attestations. «Mais cela n’était pas possible financièrement et en attendant, comme elle n’avait pas les revenus pour se loger, elle a vécu dans notre chambre d’urgence».

Ou de cet homme parti vivre sa retraite à l’étranger et rapatrié d’urgence pour des problèmes de santé. «Il n’avait plus d’assurance, plus de compte en banque, plus de téléphone». Et évidemment, pas de logement. Ou encore de ce jeune homme qui vivait au camping et n’osait pas pousser la porte d’un centre médico-social pour demander l’aide à laquelle il avait droit.

«Les gens pensent souvent que ce n’est pas pour eux»

Parfois, le problème vient du fait de ne pas avoir d’adresse officielle et donc de ne pas pouvoir recevoir de prestations sociales. «Plusieurs personnes sont actuellement dans cette situation», souligne Antonin Haab.

Comme une sortie au resto

Marc* a dépassé l’âge de la retraite et il vient aux événements de l’Armée du Salut depuis qu’il est enfant. «A l’époque, je vivais dans le canton de Vaud. Puis je suis venu en Valais comme professeur de musique et j’ai commencé à fréquenter le poste de l’Armée du Salut à Sierre. La plupart des gens qui sont ici sont des réguliers».

Tout au fond de la salle, Carmen* est aussi une habituée. La quarantaine, elle s’est assise avec des hommes qu’elle connaît. «Nous, quand on vient ici, c’est notre sortie hebdomadaire au restaurant», explique, ironique, l’un des convives. Carmen est colombienne, mais elle a passé toute sa scolarité et toute sa vie en Valais. Elle a travaillé comme serveuse dans des tea-rooms et des bars de nuit ou comme vendeuse dans des échoppes. Et puis, elle s’est retrouvée au chômage.

«Ici, on prend un bon repas, une fois dans la semaine»

Ce mercredi, c’est viande hachée, purée de patates et salade. Autour de la table, il y a eu des accidents, des douleurs physiques, mais on devine aussi des dépendances que l’on préfère taire.

Les 20 ans du poste de Sierre
Le samedi 25 avril, entre 11h et 17h: animations et festivités. A 20h concert à la Sacoche. Dimanche 26 avril, concert à 15h 30 à la Sacoche suivi d'une célébration festive. https://sierre.armeedusalut.ch/
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source: emojipedia
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