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RTS: le vote sur la SSR inquiète Jonas Schneiter

Le peuple devra se prononcer sur l'initiative «200 francs, ça suffit» le 8 mars.
Le peuple devra se prononcer sur l'initiative «200 francs, ça suffit» le 8 mars.Image: Keystone

«Je devrais licencier»: le vote sur la SSR inquiète Jonas Schneiter

Producteur et animateur d'émissions phares de la RTS, comme Cœur à Cœur ou les Beaux parleurs, Jonas Schneiter a aussi co-créé plusieurs sociétés de production. Il raconte comment une baisse de la redevance à 200 francs impacterait son travail et ses employés.
02.03.2026, 05:3302.03.2026, 05:33

Vous avez sûrement déjà vu le journaliste et animateur Jonas Schneiter dans l'émission de la RTS et de la Chaîne du Bonheur Cœur à Cœur ou entendu dans Les beaux parleurs. Outre ces apparitions publiques, le Romand a co-créé quatre sociétés de production qui réalisent des documentaires, des enquêtes, des séries ou des courts-métrages, souvent diffusés ou co-produits par la chaîne publique.

Une part importante de ses financements provient donc de la RTS. Dès lors, un «oui» à l'initiative «200 francs, ça suffit» – qui souhaite réduire le montant de la redevance SSR de 335 à 200 francs par année – aurait un impact direct sur son travail et sur ses employés.

Comment vous sentez-vous à quelques jours de la votation du 8 mars?
Jonas Schneiter: Il y a une part d'inquiétude.

«Pour l'instant, avec mes collaborateurs, nous n'avons pas de plan à mettre en place si le "oui" l'emporte. Le maintien de nos emplois est lié à la redevance»
Jonas Schneiter, journaliste et producteur romand.
Jonas Schneiter, journaliste et producteur romand.Image: Jonas Schneiter

Quel serait l'impact d'une baisse de la redevance sur votre travail?
Avant toute chose, il faut comprendre le fonctionnement des sociétés de production. Lorsque l'on souhaite créer un contenu, nous allons chercher du financement. Il provient, certes, souvent de la RTS. Mais cet argent a un effet multiplicateur.

C'est-à-dire?
Il permet de convaincre d'autres partenaires de financer nos projets. De plus, lorsque l'on souhaite collaborer avec des pays comme la France ou la Belgique, être soutenu et diffusé par notre télévision nationale offre une crédibilité. Les gens ont envie de travailler avec nous. Renvoyer le message que la RTS ne croit pas en nous serait un handicap, notamment auprès de plateformes comme Netflix ou Disney +. Et puis, ce financement participe au développement du savoir-faire suisse.

«Des cameramans, des monteurs, des journalistes peuvent travailler grâce à l'argent de la RTS. Ce serait une perte pour le public de ne pas pouvoir bénéficier de ces talents. Nous avons besoin de ce vivier»

Vous avez donc tout intérêt à ce que l'initiative soit rejetée.
Oui, je viens d'une économie qui a besoin que la RTS soit forte. Mais je vois aussi tout le bien que cela fait à mon pays. Le contenu que nous produisons a pour objectif d'apporter quelque chose. Nous nous demandons toujours: est-ce que nos productions vont améliorer la cohésion sociale, la santé mentale des gens, l'égalité?

Si le «oui» l'emporte, devrez-vous licencier?
Si la SSR perd environ la moitié de son budget, nous aurons une baisse de moitié de notre revenu. Personne ne peut accuser un tel changement et ne pas se séparer de collaborateurs.

Vos employés ne pourraient-ils pas retrouver du travail ailleurs?
Dans ce métier-là, non.

«Il n'existe pas de reconversion dans l'audiovisuel en Suisse sans la RTS»

Si l'on cumule les quatre sociétés de production dans lesquelles vous êtes engagé, combien de personnes employez-vous?
Un peu plus de 200 personnes, dont certaines ne sont pas à temps-plein.

Est-ce que c'est trop? Faudrait-il faire des coupes budgétaires?
Dans l'économie privée, nous allons toujours chercher l'efficacité et nous devons prouver au quotidien que les financements sont bien investis.

«L'audiovisuel en Suisse, c'est le contraire d'une industrie qui a trop de gens. D'ailleurs, certains travaillent sans compter leurs heures pour arriver à terminer leur film»
Jonas Schneiter, journaliste et producteur romand.

Avons-nous besoin de cette production audiovisuelle suisse?
Plus que jamais! Nous avons besoin de contenus qui parlent de nous, qui ont été réalisés par des Suisses et qui sont diffusés par une chaîne nationale.

«Ce serait cauchemardesque de devoir se contenter de contenu américain produit par l'intelligence artificielle et diffusé sur Netflix»

Aujourd'hui, il existe des millions d'heures de vidéos sur TikTok ou Instagram. Nous avons perdu la notion de ce à quoi sert réellement du contenu et avons l'impression que tout se vaut. Mais la vidéo d'un chat à Miami n'est pas aussi utile à la société que ce que pourrait produire la RTS.

Les documentaires, séries, enquêtes que vous réalisez pour le compte de la RTS pourraient-ils être produits à l'interne?
L'objectif de la RTS est de faire vivre l'industrie audiovisuelle romande. Qui plus est, internaliser une partie du travail ne signifie pas forcément une réduction des frais. Et lorsqu'une entreprise externe est bien organisée, cela n'entraîne généralement pas un surcoût.

Une partie de vos productions sont du divertissement factuel – un mélange d'information et de mise en scène qui captive le public. L'une des critiques des initiants est que la SSR ne devrait pas produire ce type de contenu. Que répondez-vous?
La cohésion sociale est l'une des missions de la SSR. Cela ne passe pas uniquement par de l'information. Un contenu plus léger, qui va tout de même en profondeur, permet de rire ou de rêver ensemble.

Auriez-vous des exemples?
La RTS a récemment produit un documentaire sur les coulisses du marché de Noël de Montreux. Ce format a le vent en poupe, notamment auprès des plateformes de streaming. Nous travaillons également sur une émission pour les enfants avec des influenceurs particulièrement appréciés du jeune public.

Si l'initiative «200 francs, ça suffit» est acceptée, à quoi ressemblera le futur de votre métier?

«Il est difficile de savoir si la production audiovisuelle romande perdra la moitié de ses revenus ou davantage»

Des projets devront être arrêtés, des opportunités disparaîtront. Une baisse de la redevance impacterait le rayonnement des documentaires suisses à l'international. Nous avons de brillants réalisateurs et nos compétences sont reconnues dans le monde entier. Ces personnes ont besoin de la SSR pour réaliser leurs projets. Il faut se battre pour nos talents romands.

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