Suisse
Saint-Gall

Néofasciste, Curtis Yarvin sera au symposium de St-Gall

Ce «néofasciste» américain est invité à parler à des étudiants suisses

Il compte parmi les figures les plus influentes de la droite autoritaire et rêve d’un Etat gouverné par des PDG. Curtis Yarvin est désormais attendu au St.Gallen Symposium, où il interviendra à plusieurs reprises.
01.05.2026, 05:3201.05.2026, 07:57
Jürg Ackermann / ch media

Le St.Gallen Symposium se présente comme une plateforme de référence mondiale pour le dialogue intergénérationnel. Chaque année, quelque 1200 décideurs issus de l’économie, de la politique et de la société se réunissent sur le campus de l’Université de Saint-Gall pour débattre des grands enjeux du moment. Ils viennent de près de 100 pays à ce «mini-WEF». Parmi eux figurent également 200 étudiants sélectionnés du monde entier.

Curtis Yarvin est considéré comme l'un des principaux penseurs de la droite autoritaire aux Etats-Unis.
Curtis Yarvin est considéré comme l'un des principaux penseurs de la droite autoritaire aux Etats-Unis.wikimedia

Pour Curtis Yarvin, le dialogue démocratique tel qu’il sera pratiqué la semaine prochaine à Saint-Gall est toutefois voué à disparaître. Théoricien influent de la droite autoritaire aux Etats-Unis, il prône une forme de techno-monarchie dans laquelle une poignée d’individus détiennent le pouvoir, les pays étant dirigés comme des start-up par un PDG. Les médias dits «mainstream», les universités et l’appareil d’Etat «bureaucratique» lui paraissent fondamentalement «superflus».

L’étiquette de «néofasciste» ne le dérange pas

Yarvin se distingue régulièrement par des propos flirtant avec le racisme et la glorification du fascisme. L’an dernier, il a ainsi déclaré sur la chaîne américaine CNN que toutes les «races» n’étaient pas aptes à gouverner. Il estime par ailleurs que les individus avec un QI inférieur à 120 ne devraient pas avoir le droit de vote. Mais le fait d’être qualifié de «néofasciste» par certains ne semble pas l’affecter. «Je ne suis pas fou, mais cela ne me dérange pas que le monde pense que je le suis, parce que le monde lui-même est fou», affirmait-il l’an dernier dans un entretien accordé à la NZZ.

Il est d’autant plus surprenant que le St.Gallen Symposium déroule le tapis rouge à ce blogueur américain controversé.

Curtis Yarvin participera, en effet, à trois interventions distinctes. Après la cérémonie d’ouverture du symposium mercredi prochain, il prendra part à un entretien d’une heure avec le politologue bulgare Ivan Krastev, fervent défenseur des démocraties libérales. Il participera ensuite à une discussion d’une heure avec la professeure d’américanistique de Saint-Gall Claudia Brühwiler. Le lendemain, il interviendra encore lors d’une session fermée, réservée à un nombre restreint de participants.

Jeudi, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter sera également présente au St.Gallen Symposium, où elle participera à un panel consacré aux défis actuels de l’économie mondiale. Parmi les autres intervenants de renom figurent le directeur général de Nestlé Philipp Navratil, le patron d’UBS Sergio Ermotti, le philosophe Peter Sloterdijk ou encore le directeur général de Volkswagen Oliver Blume.

Un premier échange entre Yarvin et Krastev avait déjà eu lieu, il y a deux mois, en Bavière. Lors d’une conférence au château d’Elmau, Yarvin avait pu exposer les raisons de son mépris pour la démocratie occidentale, suscitant des réactions bien au-delà de l’Allemagne. Outre la presse allemande, le New York Times et le Washington Post avaient également couvert l’événement. Plusieurs intellectuels de gauche avaient boycotté la rencontre après avoir appris que Yarvin y disposerait d’une tribune de premier plan.

Un responsable politique demande l’annulation de l’invitation

Mais son invitation suscite également des tensions au sein de l’Université de Saint-Gall. Du côté des étudiants en particulier, certains s’opposent à ce qu’un «fossoyeur de la démocratie» comme Curtis Yarvin bénéficie d’une telle visibilité. Des responsables politiques expriment aussi leurs réserves. Noam Leiser, président du Parti socialiste saint-gallois, estime que le symposium devrait revenir sur son invitation:

«Yarvin défend ouvertement des positions antidémocratiques, radicales et autoritaires. Lui offrir une plateforme de premier plan contribue inutilement à les valoriser et leur confère une apparence de légitimité.»

Mais un tel revirement n’est, toutefois, pas envisagé. Les organisateurs affirment ne pas nourrir d’inquiétudes quant aux interventions de Yarvin. Celui-ci n’a pas été invité parce que le St.Gallen Symposium partagerait ses positions, explique le directeur du symposium, Beat Ulrich:

«Les voix idéologiquement influentes ne perdent pas de leur impact en étant ignorées, mais en étant confrontées à une contradiction argumentée, à une mise en contexte et à un débat ouvert.»

L’invitation était conditionnée à la participation de Curtis Yarvin à des échanges critiques et contradictoires. Il ne bénéficiera pas d’une tribune sans réplique. Il sera au contraire intégré à des débats structurés, encadrés par des règles strictes et une modération claire. «Le public sera en outre activement impliqué et pourra évaluer les arguments des deux parties», précise Beat Ulrich.

La professeure de l’Université de Saint-Gall Claudia Brühwiler affirme comprendre les interrogations suscitées par la venue de Curtis Yarvin. «Mais si l’on veut saisir les dynamiques actuelles aux Etats-Unis, il est indispensable de s’y confronter.» Selon elle, une analyse critique de l’univers idéologique de la droite autoritaire en fait partie, et le symposium constitue pour cela une plateforme appropriée. (trad. hun)

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