Trois morts sur les pistes en Suisse: le ski devient-il plus dangereux?
A Noël, un skieur de 16 ans a percuté un poteau au Wiriehorn (BE) et est décédé sur le coup. Le premier week-end de janvier, un homme a perdu la vie après une collision dans la station de ski Ischgl-Samnaun (GR). Le 26 janvier, une collision entre un skieur et un snowboardeur dans la station de ski Melchsee-Frutt (OW) s'est terminée de manière fatale pour l'une des deux personnes impliquées.
Les skis paraboliques actuels permettent d'atteindre des vitesses plus élevées en raison de leur forte cambrure. Les chutes peuvent donc être plus graves, d’autant plus qu'avec la neige artificielle, les pistes sont plus dures.
Pourtant, selon le Bureau de prévention des accidents (BPA), les statistiques restent globalement stables. En 20 ans, le nombre d’accidents est passé de 2,6 à 3 accidents pour 1000 journées de ski, soit une variation de 0,4 pour mille, ce qui n’est pas statistiquement significatif.
Pas de radars sur les pistes
Mais allons-nous vraiment plus vite? La vitesse sur les pistes n'est pas régulée, explique Judith Hebekeuser du BPA. En conséquence, il n'existe pas de données de vitesse provenant, par exemple, de radars fixes.
Il arrive parfois que des employés de la Suva utilisent des appareils radar portatifs. L'objectif de ces mesures de vitesse est de faire respecter la règle n°2 de la Fédération Internationale de Ski (FIS): la vitesse doit être choisie de manière à pouvoir éviter et freiner à vue. Plus la vitesse est élevée, plus il faut d’espace pour manœuvrer. Ces données sont représentées dans l’application de prévention «Slope Track» de la Suva. Nadia Gendre, porte-parole de la structure, affirme:
Près de 50% des skieurs et snowboardeurs atteignent des vitesses maximales supérieures à 60km/h. Environ 50% atteignent des vitesses moyennes allant jusqu’à 30km/h.
L'importance de l'apprentissage
Le sentiment que l'on descend plus vite sur les pistes qu’auparavant n’est pas partagé par la monitrice de ski Sabine Wenk. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, comme dans tout sport, mais elle n'a pas l'impression que les gens vont plus vite. Elle précise:
Sur les pistes, ce sont souvent les plus jeunes qui vont vite, mais les comportements risqués se constatent aussi chez les plus âgés, explique Judith Hebekeuser du BPA:
Peu d'accidents dus à la conduite imprudente
Cependant, la vitesse de glisse n'est pas la seule composante à prendre en compte. Le degré de maîtrise de la discipline sportive choisie joue également un rôle. Judith Hebekeuser précise:
Les collisions entre skieurs et snowboardeurs ne représentent que 7% des accidents sur les pistes suisses. Cette proportion de collisions est stable depuis de nombreuses années et varie peu. Judith Hebekeuser est affirmative:
Sur une période de 10 ans, il y a en moyenne 5 à 6 accidents mortels par an sur les pistes suisses. Le risque d’un accident mortel est donc très faible, surtout si on le compare au nombre de skieurs présents sur les pistes lors des journées d'hiver.
Ainsi, depuis l'an 2000, l'évolution des accidents sur les pistes de ski est restée globalement stable, tant pour les blessures que pour les accidents mortels. Le nombre effectif d'accidents dépend du nombre de skieurs présents, qui varie selon les conditions météorologiques. Les chiffres fluctuent donc d'année en année.
Le risque du hors-piste
Le risque de décès est beaucoup plus élevé en dehors des pistes balisées. Chaque année, 29 personnes meurent en Suisse: 16 lors de sorties en ski de randonnée, neuf en hors-piste, deux en snowboard et deux lors de randonnées en raquettes hors des pistes. C'est en terrain libre que 85% des accidents mortels de sports d’hiver se produisent.
Sur les pistes, il existe des règles de la FIS et de la Commission Suisse pour la prévention des accidents sur les infrastructures pour sports de neige (SKUS) en Suisse à ce sujet. Judith Hebekeuser rappelle:
Mais très peu de gens connaissent ces recommandations officielles.
Un retrait d'abonnement pourrait-il être efficace ?
Dans certaines stations de ski françaises, les pisteurs ont le droit de retirer l'abonnement des «skieurs indisciplinés». Nadia Gendre de la Suva précise:
Bien que les contrôles n’aient pas d'impact significatif sur le nombre d'accidents en général, et spécifiquement sur ceux causés par des excès de vitesse, l'attente de contrôles renforce le sentiment de sécurité, car elle conduit à un comportement plus respectueux des règles, selon le BPA.
