Le tir suisse prépare une arme qui ne tire aucune balle
Un coup de feu part. Quelques secondes plus tard, l'entraîneur peut revoir la séquence sur sa tablette. Un plan serré montre l'épaule du tireur et le guidon, la partie avant du viseur. La carabine a-t-elle bougé? Y-a-t-il une différence par rapport au tir précédent?
Joël Strübi et son équipe développent actuellement un système destiné à faciliter de telles observations. «Le grand projet que nous développons maintenant, c'est l'analyse vidéo», souligne-t-il lors d'un entretien avec Keystone-ATS à Macolin, avant le départ pour les Mondiaux de Doha. De premiers essais ont eu lieu, mais le système ne sera pas encore utilisé en compétition lors des Championnats du monde au Qatar.
Un réservoir réduit
Le projet montre pourquoi la Fédération sportive suisse de tir a engagé Joël Strübi. Après les succès obtenus sous la direction de Daniel Burger, avec deux championnes olympiques, la fédération a délibérément cherché un successeur au bagage scientifique. Strübi devait explorer de nouvelles pistes pour améliorer les performances.
En mai 2025, Strübi a repris le secteur du sport d'élite et de la promotion de la relève. Auparavant, il avait travaillé comme analyste de la performance à l'Office fédéral du sport, principalement dans des sports collectifs. Lui-même pratiquant de karaté, son expérience du tir se limitait en grande partie à l'armée. Il s'attendait donc à des réticences de la part des entraîneurs et des athlètes. «Au final, ça a été tout autre chose», raconte-il. L'accueil a été plus ouvert que prévu. Le fait que la fédération ait expressément souhaité sa perspective scientifique a facilité ses débuts.
De nouveaux progrès sont nécessaires, malgré les titres olympiques de Nina Christen et Chiara Leone à Tokyo et Paris. «Nous avons très peu d'athlètes, nous devons en tirer le meilleur», martèle le scientifique. Les grandes nations, elles, peuvent puiser dans un large réservoir. Le niveau international augmente constamment, en particulier à la carabine à air comprimé. «Celui qui maintient son niveau de performance peut tout de même se retrouver distancé.»
Un second regard précieux
L'analyse vidéo doit remplir deux fonctions. «L'entraîneur pourra revoir un tir en différé. De plus, le système lui fournira les mouvements du guidon, et si possible ceux de toute la carabine», explique le Suisse oriental. Cette évaluation pourrait fournir des indices supplémentaires sur les raisons de la réussite ou de l'échec d'un tir.
«Jusqu'à présent, l'entraîneur observe l'athlète par-derrière et prend des notes», décrit Strübi le déroulement habituel. Mais il est difficile de saisir tous les détails en même temps.
La caméra doit combler une lacune entre l'entraînement et la compétition. A l'entraînement, des capteurs peuvent être fixés sur la carabine pour mesurer précisément les mouvements. En compétition, de telles aides sont interdites si elles fournissent des données en direct, selon le chef de la performance. C'est pourquoi son équipe essaie d'obtenir les informations à partir d'enregistrements vidéo.
Mais il ne suffit pas d'installer une caméra si quelqu'un doit ensuite passer des heures à analyser les images. La détection automatique des mouvements doit fournir aux entraîneurs des informations supplémentaires sans nécessiter beaucoup de personnel additionnel.
L'image complète le ressenti
Lors des essais menés jusqu'à présent, les tireuses et tireurs ont reconnu sur les images des comportements dont ils n'avaient pas conscience. «La perception extérieure est toujours un peu différente de ce qu'ils ressentent de l'intérieur», souligne Strübi.
Il souhaite également analyser plus systématiquement le rythme de tir. Celui-ci peut être très variable. Ainsi, lors de la qualification aux trois positions (20 tirs à genou, 20 couché, 20 debout), les athlètes disposent de 90 minutes pour effectuer les 60 tirs. «Combien de tirs réussit-on d'affilée avant que la performance ne baisse? A quel moment une pause est-elle utile? De telles questions sont centrales», estime l'analyste. Si les données fournissaient des réponses à ces questions, un grand pas serait fait. «Car cela nous aidera à adapter plus précisément le déroulement de la compétition à chaque tireuse ou chaque tireur.»
(jcz/ats)
