Crise à la Comédie de Genève: le moment de vérité est imminent
Le sort de Séverine Chavrier sera-t-il scellé vendredi déjà? Demain, l’audit RH sur le climat de travail au théâtre de la Comédie de Genève doit être rendu public. Des trois rapports initiés dans le cadre de la crise frappant la plus grande scène romande et sa directrice mise sur la touche depuis novembre dernier, il est peut-être celui qui pèsera le plus. Comme on dit en sport, cette affaire politico-culturelle qui agite la république genevoise depuis sept mois est entrée dans le «money time».
Commandé à un cabinet indépendant par la Fondation d’art dramatique de Genève (FAD), l’employeur de la directrice de la Comédie, celui-là même qui a pris la décision de l’éloigner physiquement du théâtre tout en la maintenant dans ses fonctions à la suite de témoignages anonymes l’accusant d’un management «toxique», ce dont elle se défend, l’audit RH pourrait offrir à la FAD l’occasion de trancher le cas Chavrier. La parution, cette semaine dans le magazine français Télérama, d'une série d'articles dans l'ensemble à charge contre Séverine Chavrier et dont elle réfute le bien-fondé des attaques qui s'y trouvent, pourrait fournir des arguments à ses détracteurs souhaitant son départ définitif de la Comédie.
La lettre cosignée par l'actuel président de la FAD
Dans un article de watson paru mardi, le nouveau président de la FAD, l’avocat Philippe Juvet, se défendait d'être potentiellement juge et partie face au cas Chavrier. «Je n’ai aujourd’hui qu’une préoccupation, c’est de protéger cette institution qu’est la Comédie de Genève pour qu’elle continue à s’épanouir», disait-il.
Mais des courriers interrogent. En novembre dernier, alors membre du conseil de la FAD et pas encore de son organe exécutif, le bureau, Philippe Juvet cosignait, aux côtés des présidente et vice-présidente à l'époque de la FAD, des courriers justifiant, sur le ton de l'urgence, la décision de mise à l’écart de Séverine Chavrier.
Dans l’un d’eux daté du 25 novembre, dont watson a obtenu copie, Philippe Juvet, la présidente et la vice-présidente informaient Me Grégoire Mangeat, l’avocat à ce moment-là de Séverine Chavrier, de la décision de la FAD d’éloigner la directrice de la Comédie de son lieu de travail. Ils écrivaient notamment ceci:
Avant de pouvoir statuer sur l’avenir professionnel de Séverine Chavrier – en décembre dernier, son employeur la FAD a déjà décidé que son contrat, contrairement à l’usage, ne serait pas renouvelé au terme de son premier mandat de quatre ans à la tête de la Comédie –, la même FAD, désormais présidée par Philippe Juvet, sera peut-être tenue d’attendre la publication officielle des deux autres rapports, celui de la Cour des comptes sur la gouvernance de la Comédie et celui de la commission des arts et de la culture (CARTS) du conseil municipal (législatif) de la ville de Genève.
Les partisans du huis-clos déboutés
Ce dernier rapport, réputé favorable à Séverine Chavrier en tant que victime d’une «cabale», devrait être rendu sous peu et débattu le 19 mai en séance plénière du conseil municipal. Des élus socialistes ont souhaité le huis clos pour ne pas laver le linge sale en public, relatait mardi la chaîne Léman Bleu. Ils n’ont pas obtenu gain de cause. On se souvient entre autres de la rumeur qui prêtait à tort à Séverine Chavrier la paternité de l'acronyme infamant «PPSDM», pour «petites productions suisses de merde».
«Je me suis dit: c'est une mise à mort»
Jointe par watson, une élue genevoise très au fait de la scène théâtrale de la ville, affirme avoir été «extrêmement choquée» à la lecture, le 22 octobre, dans un article de la Tribune de Genève, de cet acronyme «PPSDM», alors attribué à la directrice de la Comédie.
Depuis deux mois, Séverine Chavrier peut à nouveau se rendre au théâtre de la Comédie, dont elle signera en principe la prochaine programmation pour la saison 2026-2027. Elle est seulement autorisée à assister aux spectacles qui y sont présentés. Elle n’a pas le droit d’entrer en contact avec le personnel. Un exercice qui peut parfois s'avérer compliqué, comme le montre le cas ci-après.
Le SMS du rappel à l'ordre
Le 2 mai, à l’invitation de Séverine Chavrier, le célèbre metteur en scène et dramaturge libanais Wajdi Mouawad a repris dans la grande salle de la Comédie de Genève le cycle de conférences qu’il a donné au Collège de France, intitulé «Les verbes de l’écriture». Séverine Chavrier était présente. Des spectateurs se sont plaints que la lumière éclairant Wajdi Mouawad sur scène était trop intense. La directrice en exercice de la Comédie s’est alors permis d’en faire la remarque au régisseur, qui a diminué l’éclairage, à la satisfaction de la salle, semble-t-il.
Un peu plus tard, Séverine Chavrier recevait un SMS d'un responsable technique de la Comédie, absent ce jour-là du théâtre et mis au courant entre-temps de la démarche de la directrice en exercice auprès du régisseur. Il lui signifiait de «respecter les consignes qui [lui] demandent de ne pas entrer en contact direct avec le personnel le temps de l’audit (réd: l’audit RH) et de ses conclusions».
Dans sa réponse à l'auteur du SMS, Séverine Chavrier indiquait avoir «suivi la conférence» à la demande de Wajdi Mouawad, ajoutant avoir eu «un échange très heureux, professionnel et cordial» avec la personne réglant ce jour-là la lumière. Le responsable technique en question ne conteste pas l'existence de cette correspondance par SMS mais n'a pas souhaité la commenter.
