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Pourquoi le temps partiel est un problème pour les Suissesses

Voici les régions où le travail à temps partiel est le plus populaire.
Si le travail à temps partiel peut être souhaité, il est bien souvent subi.Image: Keystone / Imago, montage watson

Le temps partiel varie d'un canton à l'autre et ça cache une injustice

En Suisse, le taux d'occupation des femmes varie fortement selon la région et le secteur d'activité, révélant que le travail à temps partiel est bien plus souvent subi qu'un réel choix.
28.02.2026, 12:1128.02.2026, 12:11
Felix Ertle / ch media

Environ quatre actifs sur dix en Suisse travaillent moins de 37 heures par semaine. Pour le PLR, c'est un problème: le conseiller aux Etats Damian Müller avait réclamé il y a quelques années une déduction fiscale pour le travail à plein temps.

L'idée que le temps partiel soit un choix librement consenti est pourtant trop simpliste dans de nombreux cas. C'est ce que démontre l'exemple d'une femme de ménage genevoise. Elle explique:

«Nous sommes payées à l'heure, mais ça ne suffit jamais pour un plein temps. Parfois j'arrive à 2000 francs par mois, parfois moins.»

Des postes à temps partiel, faute de mieux

Cette citation est tirée d'une étude de l'Université de Zurich publiée en 2025. Les chercheuses Karin Schwiter et Khaoula Ettarfi ont examiné comment des femmes à Genève travaillent via des plateformes en ligne dans les secteurs du nettoyage, de la garde d'enfants et des soins aux personnes âgées.

Le constat: la plupart des personnes interrogées ne recevaient que des missions ponctuelles à l'heure; un temps plein régulier ne pouvant pas se concrétiser. Beaucoup ne pouvaient assurer leur subsistance qu'avec l'aide d'un partenaire, de la famille ou d'amis.

Ce schéma se retrouve dans d'autres secteurs, notamment le commerce de détail, comme le montre un échantillon non représentatif que nous avons utilisé. En moyenne, six postes d'entrée de gamme sur dix publiés sur les portails d'emploi de Migros, Aldi et Coop sont des postes à temps partiel, souvent avec des taux d'occupation inférieurs à 50%. Les apprentissages, les stages et les fonctions de direction sont exclus de cet échantillon.

La chercheuse en marché du travail Karin Schwiter ne s'en étonne pas. Elle confie:

«Dans certains secteurs, le temps partiel n'est pas choisi, il est imposé»

Cela est particulièrement visible dans les domaines précaires, comme le nettoyage ou le commerce de détail. Dans ces deux secteurs, les nouveaux employés sont souvent engagés avec de faibles taux d'occupation.

Karin Schwiter est professeure de géographie du travail à l'Université de Zurich et mène des recherches sur le travail rémunéré et les tâches domestiques.
Karin Schwiter est professeure de géographie du travail à l'Université de Zurich et mène des recherches sur le travail rémunéré et les tâches domestiques.Image: dr / Karin Schwiter

Des données qui peignent le même tableau

Une récente analyse nationale de l'Office fédéral de la statistique (OFS) confirme ces propos: le taux de travail à temps partiel est particulièrement élevé dans les professions de service et de vente, ainsi que parmi les travailleurs peu qualifiés, comme les agents de nettoyage.

Ces professions affichent en outre une très forte proportion de femmes, souligne Karin Schwiter.

Mais ce ne sont pas seulement ces secteurs qui imposent de fait des taux d'occupation réduits à de nombreux employés. Dans les métiers dits féminisés confrontés à une pénurie de main-d'œuvre qualifiée, comme les soins ou l'enseignement, des postes à 60% ou 80% sont considérés comme la norme, explique la chercheuse.

Les taux d'occupation réduits sont souvent imposés, mais ils sont aussi recherchés. Karin Schwiter donne une raison à cela:

«La durée hebdomadaire de travail ordinaire est de 42 heures en Suisse, nettement plus élevée que dans de nombreux autres pays. C'est pourquoi, notamment dans les métiers sociaux exigeants, beaucoup optent pour le temps partiel.»

Un modèle aux nombreuses lacunes

Par ailleurs, la Suisse reste fortement orientée vers le modèle du revenu et demi, dans lequel l'un des parents réduit son activité professionnelle pour assumer des tâches de garde ou de soins. Karin Schwiter précise:

«Beaucoup de mères et de pères souhaitent accompagner leurs enfants en semaine et en journée. Mais le choix de consacrer du temps à leurs loisirs n'est pas entièrement volontaire. Les écoles ferment à midi, les après-midis restent libres, la garde des enfants est coûteuse ou inexistante.»

Dans la pratique, ce sont généralement les femmes qui comblent ces lacunes.

Et ce, d'autant plus qu'il existe peu de structures d'accueil extrafamiliales pour les enfants. Ces structures sont en général plus développées en ville qu'à la campagne. Cela pourrait être l'une des raisons pour lesquelles les femmes des régions rurales travaillent plus fréquemment à temps partiel.

Entre le Jura et Bâle-Ville, deux mondes s'affrontent

Karin Schwiter cite son canton d'origine, Schwytz. C'est il y a seulement deux ans qu'y a été introduit pour la première fois un soutien étatique à la garde d'enfants. Un rapport antérieur mandaté par le service cantonal de la santé avait montré que la moitié des 30 communes ne disposait d'aucune structure d'accueil organisée.

«Ceux qui voulaient travailler à plein temps devaient trouver des solutions privées»

Dans les cantons urbains, de telles structures sont développées depuis des années et parfois subventionnées.

Les données les plus récentes de l'enquête structurelle suisse représentative dressent un tableau qui correspond à l'analyse de Karin Schwiter. Dans le Jura, 61% des femmes actives travaillent à temps partiel, et 60% en Obwald. A l'autre extrémité de l'échelle se trouvent Genève avec 44% et Bâle-Ville avec 46%.

Des influences culturelles et géographiques

Le lieu de résidence influence donc fortement le taux d'occupation des femmes. Chez les hommes, les différences cantonales sont plutôt faibles. Dans la plupart des cantons, leur taux de travail à temps partiel se situe entre 12 et 15%.

Les importantes disparités régionales s'expliquent également par des facteurs culturels. Dans les régions à tendance conservatrice, il est plus courant que les mères réduisent leur taux d'occupation. Elle ajoute:

«En revanche, dans les zones urbaines, le travail à temps plein des femmes et le travail à temps partiel des hommes sont plus répandus.»

Cela explique sans doute aussi pourquoi, dans le canton de Bâle-Ville, 23% des hommes actifs travaillent à temps partiel et l'écart avec les femmes est plus faible qu'ailleurs. 54% des femmes actives y travaillent à temps plein, un chiffre qui n'est légèrement dépassé que dans le canton de Genève avec 56%.

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