Les «lacunes de l'enquête» à Crans-Montana interrogent
L'enquête lancée par le Ministère public valaisan concernant le drame de Crans-Montana soulève des doutes depuis son lancement. Ce dimanche, la NZZ am Sontag pointait les «lacunes de l'enquête» en se basant sur les centaines de pages du dossier auxquelles le dominical dit avoir pu accéder.
La saisie des téléphones portables
Le média zurichois révèle que les enquêteurs ont recueilli des preuves cruciales tardivement. Par exemple, Jacques et Jessica Moretti, les propriétaires du bar, ont été autorisés à emporter leurs téléphones portables après un premier interrogatoire le jour du drame; ces derniers n'ont été saisis que huit jours plus tard.
Interrogé par la RTS, le procureur neuchâtelois Nicolas Feuz avance toutefois une hypothèse pour justifier ce délai: les autorités auraient pu en profiter pour mettre le couple sur écoute. Il précisait que des spécialistes en numérique au sein des polices pouvaient retrouver la trace de documents supprimés:
La perquisition au domicile des Moretti
Différentes questions planent autour des perquisitions du domicile et des établissements des Moretti. Concernant, la villa du couple, l'opération a été ordonnée le 1er janvier, mais rien ne permet de savoir si elle a été effectuée: aucun rapport de police n'apparaît dans le dossier pénal actuel.
Pour ce qui est du Constellation, la perquisition a bel et bien eu lieu, mais seulement le 7 janvier. Des ordinateurs et un disque dur externe ont été récupérés, entre autres.
«Il y a manière et manière de faire une perquisition, nous ne sommes pas des cowboys (…) comme on le voit dans les films américains et français», rappelait Nicolas Feuz, toujours dans l'émission Forum.
Comme le révèle la RTS, un autre aspect intrigue, notamment certaines parties plaignantes. Lors de son interrogatoire du 1er janvier, Jacques Moretti a révélé que les archives comptables du bar se trouvaient chez une fiduciaire à Martigny.
Plutôt que de perquisitionner les lieux, le parquet valaisan a écrit à cette société le 14 janvier pour exiger la remise des documents via une «obligation de dépôt». Selon des documents consultés par la RTS, les procureures ont appliqué la même approche auprès de la commune de Crans-Montana et du canton, avec des résultats inégaux.
Des autorités épargnées?
D'ailleurs, le dossier contient de nombreuses lettres d'avocats de victimes réclamant la perquisition des ordinateurs communaux, demande systématiquement refusée par le Ministère public. Selon la NZZ am Sonntag:
Lors de sa conférence de presse 6 janvier, le président de la commune Nicolas Féraud (PLR) a affirmé avoir remis à la justice «les éléments factuels en sa possession détaillant l'ensemble des procédures administratives en lien avec l'établissement Le Constellation», souligne la RTS.
Il a toutefois omis de mentionner qu'il a fallu trois envois successifs pour répondre à la demande du parquet: un premier dossier le 3 janvier, des documents supplémentaires envoyés le même jour par email par le chef du service de sécurité communal, puis un dossier complémentaire le 5 janvier après la découverte de nouveaux documents pertinents.
Autre aspect étonnant, relevé par la NZZ, parallèlement, le parquet a fait preuve d'une indulgence inhabituelle envers les autorités cantonales valaisannes. Malgré une demande officielle, le département de la sécurité valaisan a refusé pendant sept jours de communiquer le rapport d'incident relatif à l'incendie du bar Le Constellation – un traitement que n'aurait jamais obtenu un particulier.
Négligence concernant les autopsies
Les négligences du parquet ont également causé des souffrances supplémentaires aux victimes. Les documents révèlent que les procureurs ont omis d'ordonner des autopsies. Dans une lettre du 14 janvier, comme le souligne la NZZ am Sonntag, ils reconnaissaient avec une gêne à peine dissimulée:
Le lendemain devaient avoir lieu les obsèques d'une victime lausannoise de 18 ans. Le parquet a alors confisqué le corps en urgence. (svp)
