Des élus PS ont liké une manif avec des drapeaux iraniens: ça gueule
Le 11 avril à Lausanne, au creux des vacances de Pâques, une manifestation «antisioniste» et contre l’«impérialisme» a réuni quelque 850 personnes. Fait notable, aux côtés des habituels drapeaux palestiniens, flottaient une bannière du Hezbollah, le groupe chiite libanais ennemi d’Israël, et plusieurs de la République islamique d’Iran, attaquée le 28 février par les Etats-Unis et l’Etat Hébreu – un fragile cessez-le-feu prévaut actuellement au Liban comme en Iran.
Le parti pris était des plus clairs: celui d’une totale opposition aux «assassins» Donald Trump et Benjamin Netanyahou, ainsi qualifiés par une pancarte. Une autre pancarte, tenue par un individu au visage masqué et portant l’inscription «Pas de sionistes dans nos quartiers» attirait l’attention.
Drapeau du Hezbollah
Sur Instagram tombaient des «likes» d’approbation. Dont ceux d’élus socialistes, réputés plus modérés que les représentants de la gauche radicale. Ni la présence d’emblèmes du régime iranien, auteur d’une terrible répression contre sa population au début de l’année, ni celle de l’étendard de son allié le Hezbollah, dont la branche armée est considérée comme terroriste par l’Union européenne, ni le slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», visant des personnes et non pas seulement des idées, ne les ont dissuadés d’approuver le principe de cette manifestation.
Mais qu’avaient-ils vu des publications Instagram liées à ce cortège «antisioniste». Auteure d’«un like», Laurie Willommet, brillamment réélue à l’exécutif de Vevey aux municipales de mars, assure l'avoir réservé à un message de soutien aux «seules victimes des guerres» en cours au Proche et Moyen-Orient. «Je n’étais pas présente à la manifestation», explique-t-elle.
Suissesse mariée à un Afghan d’origine, Line Golestani siège sur les bancs socialistes du conseil communal (législatif) de Lausanne. Cette assistante sociale et journaliste indépendante était présente à la manifestation du 11 avril. «J’y étais personnellement avec des opposants au régime iranien», rapporte-t-elle, indiquant avoir écrit le 16 janvier un article dans Le Temps, intitulé «Drones, reconnaissance faciale, brouillage: comment le régime iranien utilise la technologie pour massacrer».
«Les frappes renforcent le pouvoir en place»
Line Golestani dit «assumer son refus des frappes israélo-américaines sur l’Iran». «Elles renforcent le pouvoir en place», affirme-t-elle.
Les drapeaux de la République islamique, qui voue Israël à la disparition?
Sa collègue PLR au conseil communal de Lausanne, Françoise Piron, de mère iranienne, réélue en mars pour un troisième mandat, dit avoir été «choquée» par la présence des drapeaux de la République islamique dans le cortège lausannois du 11 avril. Celle qui a rejoint le mouvement «Femmes, Vie, Liberté» après la mort de Mahsa Amini en 2022 pour un voile mal porté, est en colère:
Françoise Piron reprend:
La socialiste Line Golestani appartient à la mouvance «ni shah, ni mollahs», opposée aux islamistes comme à la monarchie, censément incarnée par Reza Pahlavi, l’«héritier» du dernier shah d’Iran, chassé du pouvoir par l’ayatollah Khomeiny en 1979.
Quant au slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», dans lequel des juifs attachés à l’Etat d’Israël sans adhérer à la politique de l’actuel gouvernement ont pu voir de l’antisémitisme, «sioniste» remplaçant «juif», elle ne l’a pas repris. N’en approuvant manifestement pas la forme, elle ne serait pas pour autant «enchantée que [son] voisin soutienne Benjamin Netanyahou». Et pour que ce soit bien clair, Line Golestani ajoute:
Réélu au conseil communal de Lausanne, le socialiste Mountazar Jaffar a également liké une ou plusieurs publications de la manifestation «antisioniste» du 11 avril. Il n’a pas souhaité répondre aux questions de watson sur ce point.
L’actuel président de la Plateforme des associations, dont l’objectif est de fédérer toutes les associations rattachées aux dix-sept maisons et centres de quartier lausannois, avait écopé en 2024 d’un «avertissement» de la part du Parti socialiste vaudois (PSV), pour avoir liké trois tweets. Deux pouvaient être considérés comme antisémites, le troisième émanait du dirigeant suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, tué dans des frappes israéliennes le 28 février dernier, saluant à l’époque des «signes de victoire du front de la résistance» à Gaza.
Le patron du PS Vaud réagit
watson a demandé au président du PSV, Romain Pilloud, de réagir aux «likes» de quelques-uns des membres du parti à la manifestation du 11 avril.
A propos du slogan «Pas de sionistes dans nos quartiers», Romain Pilloud reconnaît qu’«il s’agit d’une expression très forte et qui peut choquer en ce qu’elle désigne des individus». Il poursuit:
