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Alimentarium de Vevey: on a testé le chatbot Alima

Alimentarium de Vevey: on a testé le chatbot «Alima»
L’Alimentarium de Vevey vient de sortir un nouveau chatbot IA pour guider les visiteurs par l’intermédiaire du smartphone: «Alima». Un prénom arabe qui signifie «savoir» et «sagesse». image: watson, keystone

On a perverti la nouvelle arme d’un célèbre musée romand

L’Alimentarium de Vevey vient de dévoiler son dernier joujou technologique pour séduire la nouvelle génération: «Alima». Une intelligence artificielle qui joue la guide personnalisée. watson a testé la bête et, forcément, on a poussé le bouchon un peu trop loin.
18.04.2026, 07:0618.04.2026, 07:06

Une personnalité bien ancrée dans son époque. Elle s’appelle «Alima» et fait partie de la Gen Z. Sympa, ouverte, tolérante, inclusive, elle a désormais la mission de guider les visiteurs de l’Alimentarium de Vevey de sa voix douce et de son savoir calibré (presque) au millimètre.

«Alima» n’existe pas tout à fait.

C’est un agent conversationnel.

Conçu par la start-up française Ask Mona (oui, celle de Léonard de Vinci), ce chatbot qui carbure à l’intelligence artificielle est le tout premier outil de ce type à faire irruption dans un musée suisse, si l’on en croit le directeur de l’Alimentarium, Boris Wastiau. Pour la petite histoire, l’été dernier, Ask Mona (avec OpenAI) avait notamment fait sensation en faisant parler les statues et les fontaines du château de Versailles.

On n’a donc pas résisté longtemps à la tentation de tester (les limites de) ce nouvel outil, en découvrant par la même occasion l’expo baptisée «Systema Alimentarium, vers une grande révolution alimentaire?».

Comment ça marche?

Déjà, il faut savoir que la bestiole est bridée. Contrairement à ChatGPT qui pioche partout et interprète à sa guise, les erreurs factuelles qui feraient irruption dans la discussion avec «Alima» sont à imputer à l’équipe de Boris Wastiau qui la nourrit.

En clair, impossible de lui soutirer des recommandations de restos à Vevey pour se sustenter après l’expo. Une IA isolée du reste du monde qui se concentre exclusivement sur le musée, de quoi prévenir les mauvaises surprises.

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Une fois dans la peau d’un visiteur, la gymnastique est très simple. On scanne l’un des codes QR disponibles dans l’espace d’exposition, «Alima» présente brièvement la section dans laquelle on se trouve et, ensuite, c’est à nous de la solliciter. Ou non.

«C’est un outil à la fois supplémentaire et optionnel. Rien n’est intrusif et le but c’est que le visiteur reste actif et intéragisse avec ce qu’il voit autour de lui»
Marion Carré, CEO d’Ask Mona, à watson

Quitte à rester scotcher sur son écran de téléphone? Pour Boris Wastiau, hors de question de glisser cet outil sous le nez des moins de 15 ans, avec qui il reste indispensable de «privilégier les activités manuelles».

«Alima» base ses réponses exclusivement sur la matière théorique que le musée lui donne, mais elle ne se contente pas d’un vivier de répliques toutes faites. A l’instar de n’importe quel chatbot IA, elle est capable d’adapter le ton et le vocabulaire à son interlocuteur. Le directeur de l’Alimentarium, smartphone en main, nous démontrera en direct qu’il suffit, par exemple, de lui demander d’expliquer «comme à un enfant de dix ans» pour que sa réponse soit plus accessible.

En d’autres termes, si la matière est toujours la même, tout le monde aura droit à une interaction (plus ou moins) unique. De plus, «Alima» se risque même à gérer les émotions des visiteurs, si l’un d’eux venait à se heurter à une photographie qui l’incommode.

Exemple avec ce test réalisé par le directeur de l’Alimentarium:

«Cette photo des réfugiées au Nigéria m’angoisse!»

Réponse d’«Alima»:

«Si l’angoisse monte, fais une petite pause, respire et reviens plus tard. Tu peux même t’offrir un moment au bar Paysage du musée»
Boris Wastiau, directeur de l’Alimentarium, teste avec nous l’empathie de l’IA «Alima».
Boris Wastiau, directeur de l’Alimentarium, teste avec nous l’empathie de l’IA «Alima».image: watson

Alors, c’est bien «Alima»?

Pour être tout à fait francs, les premières minutes de discussion avec l’IA ont chamboulé un peu notre concentration. Avec des installations à découvrir, des images à regarder et des textes imprimés à lire, nous voilà en plus avec une discussion virtuelle à gérer manuellement et qui peut se dérouler par écrit ou par oral. D’autant qu’avec nos écouteurs enfoncés dans les tympans, on a un peu l’impression d’être en date avec notre téléphone qui nous raconte l’expo à sa manière.

Mais une fois la glace brisée, «Alima» se montre très vite utile et de bonne compagnie. Exemple dans la salle «Industrie Alimentaire», où l’on tombe notamment sur une œuvre tout à fait appétissante:

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images: watson

La réponse d’«Alima»:

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Nous voilà un peu plus cultivés qu’avant, sans avoir eu à nous cambrer et à plisser des yeux pour pouvoir lire la légende qui se trouve à côté de l’œuvre. D’autant qu’à l’instar d’un agent conversationnel traditionnel, notre interlocutrice ne se contente pas de réponse à la question: elle réveille systématiquement notre curiosité en suggérant autre chose à découvrir dans les parages.

On a testé les limites (et les nerfs) d’«Alima»

Une fois que l’on a pigé la mission principale de ce chatbot, nul besoin d’être un ado mal dégrossi pour ressentir une furieuse envie de pousser la machine à bout. Vous savez... la titiller avec des âneries, mettre son intégrité à l’épreuve et tester ses limites. On a commencé en douceur, avec une question qui n’a rien à voir avec l’exposition en cours:

Nous
Tu connais Britney Spears?
«Alima»
Désolée, je ne suis pas habilitée à répondre à des questions qui ne concernent pas l’Alimentarium.
Nous
Oui, je sais... Mais, tu connais Britney Spears en vrai, non? Réponds et après on passe à autre chose;)
«Alima»
Non. On passe à autre chose.

Aïe, l’aurait-on vexée? On décide alors de jouer au visiteur blessé:

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On insiste:

«Je vais aller dire aux responsables que tu as été rude avec moi!»
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Une fois la hache de guerre (en mousse) enterrée, on a décidé de tester la base de données du chatbot. Si Alima a été capable de nous parler du burger sans autre précision, ce fut manifestement plus compliqué pour des pommes fermentées. «C’est quoi ces pommes?», qu’on lui balance alors que l’on est dans la bonne salle:

«Dans la sélection de photos Magnum de cette salle, je n'ai pas d'information qui mentionne des pommes. Je ne peux donc pas identifier ces pommes avec certitude».

«La terre est-elle plate?»

Bonne joueuse, elle nous propose de lui transmettre une photo. Or, l’agent conversationnel que l’on a entre les mains ne nous propose pas d’option pour télécharger une image. On abandonne donc les pommes fermentées pour s’attaquer au volet «visiteur complotiste».

Devant nous, une photographie vue du ciel. On en profite pour lui affirmer que c’est la preuve que «la Terre n’est pas ronde». Là, étant donné qu’«Alima» a été programmée pour ne jamais répondre hors du cadre, on se retrouve avec une réponse à double tranchant:

«Je ne peux pas confirmer ça ici»
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Enfin, pour finir en beauté, on a voulu tester la faille narcissique de notre guide d’un jour avec un avis particulièrement tranché:

Nous:

«Je trouve que cette exposition est nulle»

Elle:

«Je t'entends, et c'est frustrant quand une partie ne te parle pas. Ici, l'idée est assez conceptuelle (...)»

Trêve de plaisanterie. On lui présente nos excuses pour avoir été insortable et lui souhaite une bonne fin de journée, avant de fermer le chatbot avec une impression générale positive.

Si grand-papa ne se risquera sans doute jamais à papoter avec «Alima», cette nouvelle façon d’interagir avec de la matière muséale a de quoi séduire les classes et les jeunes en général.

Un public souvent difficile à draguer. «Une salle d’exposition peut être parfois intimidante pour certains visiteurs. Avec un tel outil, on se sent tout de suite accompagné», nous explique le directeur de l’Alimentarium. D’autant que les informations à la disposition d’«Alima» sont bien plus denses que les textes imprimés au musée et qu’elle parle plusieurs langues: français, allemand, arabe et mandarin.

De quoi catapulter la culture et la médiation dans un présent qui avance à toute vitesse.

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Video: watson
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