Suisse
Vaud

Nordmann, le PS survolté qui veut battre l'UDC Thuillard

Image

Roger Nordmann convoite ce trésor de guerre pour battre l'UDC

Entre tractage à Renens, visite d’une start-up solaire et tournage de vidéos, Roger Nordmann mène une campagne à 100 à l'heure pour décrocher le Conseil d’Etat. Reportage sur le terrain avec un candidat qui mise sur le compromis… et l’endurance.
20.03.2026, 05:3520.03.2026, 05:35
Alessia Barbezat

C’est à vélo que le candidat socialiste à l’élection complémentaire au Conseil d’Etat vaudois arrive au Bar 44, à quelques pas de la gare de Sébeillon. Il ôte son casque, passe la porte, la chevelure encore ébouriffée, mais le costume bleu marine à peine froissé. Il se justifie en s'attablant:

«Je vais à la RTS en fin de journée, je suis interviewé au journal télévisé de Philippe Revaz»

Depuis le début de la campagne, l’ancien conseiller national n’a pas eu une minute à lui. Il a compté: 140 événements pour le premier tour, entre distributions de tracts, soirées, rencontres avec des associations, des institutions ou des start-up. «J’adore ça, c’est extrêmement stimulant. On rentre à la maison le soir avec le cerveau liquéfié, il y a beaucoup d’informations à assimiler. Mais j’apprends énormément. J’explore de nouveaux domaines», raconte, enthousiaste, l’économiste de formation.

Des atouts dans la manche

Après plus de 20 ans passés sous la Coupole, celui qui disait «avoir besoin d’une pause et d’être moins exposé» est reparti dans l’arène avec une énergie renouvelée. «Je souffre de voir mon canton en crise. Je me suis dit que j’avais quelques atouts dans ma manche.» Il se voit en bâtisseur de ponts: «Dans des situations de forte conflictualité, je parviens à discuter avec toutes les parties et à trouver des lignes de sortie.» Il cite le sauvetage de l’aciérie de Gerlafingen (SO) – l’un de ses plus beaux coups politiques – où il s’était allié au parlementaire UDC soleurois Christian Imark. Il en est persuadé:

«Discuter, trouver des compromis, c’est un savoir-faire que je peux offrir.»
Roger Nordmann, candidat au Conseil d'Etat

Vu le pédigrée de la bête politique, certains pensaient l’élection au Conseil d’Etat pliée, lui prédisant de remporter dès le premier tour le siège laissé vacant par la ministre socialiste Rebecca Ruiz. Or, deux trublions sont venus gâcher la fête du parti à la rose.

L’UDC Jean-François Thuillard, soutenu par l’Alliance vaudoise (PLR, UDC, Le Centre), est arrivé en tête avec 45,1%, devançant Roger Nordmann de 2 000 voix. Et la candidate d’Ensemble à gauche, Agathe Raboud Sidorenko, a créé la surprise avec 18 000 suffrages (7,7%).

Un trésor de guerre convoité, alors même qu’elle a appelé «à ne donner aucune voix à l’UDC», sans se rallier explicitement au socialiste.

Un deuxième tour ouvert

Le vieux renard de la politique le sait: «Rien n’est joué. Les électrices et électeurs d’Agathe Raboud Sidorenko sont libres. Leur voix n’appartient à personne. Mais leurs positions sont, à mon sens, plus proches des miennes que de celles de Jean-François Thuillard, qui porte un programme de démantèlement de l’Etat et d’abaissement de l’impôt sur la fortune.»

A ceux tentés par l’abstention, il lance:

«Ne pas voter, c’est donner une demi-voix à Thuillard. Si l’on veut faire barrage à l’UDC, il faut voter»
Roger Nordmann

Pour mobiliser, des soutiens romands se mettent en scène. A la gare de Sébeillon, Roger Nordmann retrouve l’éco-aventurier Raphaël Domjan, premier à avoir bouclé le tour du monde propulsé à l’énergie solaire en 2010. Objectif: tourner une vidéo avec deux pionniers de l’agrivoltaïsme, Jonas Roch et Dominik Blaser, de la start-up vaudoise Voltiris.

Rencontre avec la start-up Voltiris dans une halle de la gare de Sébeillon
Rencontre avec la start-up Voltiris dans une halle de la gare de Sébeillonwatson

La start-up vaudoise développe une technologie singulière: un système de panneaux solaires photovoltaïques pour les producteurs maraîchers qui permet de faire pousser les plantes tout en produisant de l’énergie renouvelable. Dans cette halle industrielle où cohabitent curieusement des agrès de gymnastique et des panneaux photovoltaïques, Roger Nordmann se sent comme un poisson dans l’eau. «C’est génial, c’est génial», s’exclame-t-il à chaque explication fournie par «ces pionniers du solaire».

Un explorateur en renfort

A ses côtés, Raphaël Domjan observe avec attention. Pour la première fois, le Neuchâtelois s’engage publiquement dans une campagne politique.

«Je ne suis pas socialiste, je suis plutôt libéral. Mais Roger, c’est un des rares politiciens pionniers de l’énergie solaire. J’ai envie de soutenir sa personnalité»

Son soutien s’explique aussi par un contexte qu’il juge préoccupant. «Aujourd’hui, on vit un moment très difficile. Les aides à l’innovation disparaissent, tant au niveau fédéral que cantonal. Si ça continue, des projets comme celui-ci ne pourront plus démarrer.»

epa12289656 Swiss adventurer Raphael Domjan prepares for take-off during the first world record attempt of the season to reach 10,000 metres of altitude with the SolarStratos solar-powered aircraft pr ...
En 2015, SolarStratos et Raphaël Domjan ont réussi à atteindre l’altitude record de 9521 au-dessus des Alpes.Keystone

Un constat qui, selon lui, concerne directement le monde agricole. «Ce type de projet soutient directement l’agriculture, améliore les rendements… et pourtant beaucoup d’agriculteurs votent UDC.» L'aventurier poursuit:

«A Berne, ce sont les parlementaires UDC qui votent les coupes. Ensuite, ils disent aux agriculteurs qu’ils les défendent. C’est incompréhensible»
Raphaël Domjan, aventurier

Un paradoxe qui renvoie à une phrase qui colle encore à la peau du candidat socialiste. Une casserole qui est revenue hanter la campagne. Et les campagnes. En 2023, Roger Nordmann avait évoqué une alliance du «fric et du fumier» lors de l’élection d’Esther Friedli (UDC/SG) au Conseil des Etats. Depuis, il s’en est excusé. Mais, la sortie n’a pas été digérée, comme nous avons pu le constater en sillonnant le canton de Vaud avec Jean-François Thuillard.

Pas mal pour un boomer

Silence, on tourne. Une séquence assez cocasse: il faudra s’y reprendre à plusieurs fois pour que le contenu soit «réseaux sociaux compatibles» et poussé par les algorithmes. Le premier essai est trop long, sur le deuxième, on entend la respiration du caméraman, le troisième est mal cadré. Au sixième, c’est dans la boîte. Roger Nordmann est hilare.

«J'ai peu d'affinités avec les réseaux sociaux, mais je m’y suis mis. J’ai même appris à sous-titrer les vidéos sur Instagram. Pas mal pour un boomer.»

Sur le terrain médiatique comme dans les rangs politiques, le socialiste peut aussi compter sur des soutiens. Députée socialiste au Grand Conseil, Orianne Sarrasin met en avant les qualités de fond du candidat.

«Au-delà des affiliations politiques, ce qui me convainc, c’est sa connaissance des dossiers et sa capacité à s’approprier des thèmes complexes, tout en restant à l’écoute des spécialistes»
Oriane Sarrasin, députée socialiste (VD)

Selon elle, Roger Nordmann a montré une progression tout au long de la campagne. «Je vois une montée en puissance d’un débat à l’autre.» En creux, elle pointe les limites de son adversaire. «Je ne retrouve pas cette évolution chez Jean-François Thuillard, qui répond de manière plus générale.»

Dialogue et compromis

Mais c’est surtout la capacité à dialoguer qui fait la différence. «La politique vaudoise est très clivée aujourd’hui. Or, Roger Nordmann a une culture du compromis, acquise à Berne. Il sait aller chercher des majorités au-delà de son camp.»

Oriane Sarrasin, vice-presidente de la delegation des commissions de surveillance parle lors d'une conference de presse de la Delegation des commissions de surveillance du Grand Conseil vaudois a ...
Roger Nordmann peut compter sur le soutien de la députée au Grand Conseil vaudois Oriane Sarrasin (PS).Image: KEYSTONE

Elle compare avec l’expérience cantonale de son adversaire, peu enclin au compromis. «Au Grand Conseil, je ne l’ai jamais vu s’emparer d’un objet pour aller chercher des soutiens dans d’autres groupes. Il a géré sa présidence, mais il est globalement resté dans son bloc.»

Tractage à Renens

On file à pied, direction Renens. On longe la ligne du futur tram lausannois jusqu’à la gare de Prilly. Il observe l’avancée du chantier et s'émerveille:

«Ce tram va vraiment tout changer. C’est un progrès immense. Ça va désenclaver l’Ouest lausannois et améliorer les liaisons. Aujourd’hui, c’est toujours encombré. Et puis c’est aussi un magnifique réaménagement de l’espace urbain. Je me réjouis comme un petit fou de faire les premiers trajets. C’est vraiment une belle réalisation.»

Tout en poussant son vélo, il se saisit du petit rétroviseur. «C’est moi qui l’ai fabriqué, j’ai dû le rafistoler, mais il tient bon. J’aime bricoler, faire des choses avec mes mains», dit celui qui apprécie se ressourcer également grâce au sport, ski de fond et peau de phoque en tête.

Tractage à Renens en compagnie de militantes et militants du PS.
Tractage à Renens en compagnie de militantes et militants du PS.watson

Dernière halte à la gare de Renens pour une session de tractage en compagnie d’une poignée de militantes et militants ultra-motivés. Roger Nordmann est ici en terrain conquis. Largement en tête au premier tour avec 52,9% contre 32% pour son rival, avec une gauche radicale à plus de 12%, la distribution de flyers tient presque de la formalité.

En cette fin de lundi après-midi, les badauds sont pressés de rentrer de leur journée de travail, mais s’arrêtent volontiers. «C’est vous! Très belle photo. Vous avez beaucoup de charisme. Je voterai pour vous», s’exclame une jeune femme. «C’est sympa de vous voir en personne», lance un homme. Des connaissances s’arrêtent:

«Tu peux compter sur nous»
Devinez quel candidat sont venues soutenir ces militantes à la gare de Renens?
Devinez quel candidat sont venues soutenir ces militantes à la gare de Renens?watson

Murielle et Mireille, tracts à la main et plus de 30 ans de militantisme au sein du PS, y croient dur comme fer: «Roger va gagner.» Reste à convaincre au-delà de Renens.

Incendie dramatique à Chiètres (FR)
1 / 14
Incendie dramatique à Chiètres (FR)

Un car postal a brûlé le 10 mars 2026 à Chiètres, dans le canton de Fribourg.

source: dr
partager sur Facebookpartager sur X
Une télécabine s'écrase à Engelberg
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
La Suisse prépare un plan national pour sécuriser les trains
Face à environ dix agressions quotidiennes dans les trains, le Parlement suisse valide un plan national pour renforcer la sécurité.
La sécurité des passagers et du personnel doit être renforcée dans les trains. Le Conseil des Etats a tacitement transmis jeudi une motion en ce sens du National, qui s'inquiète de l'augmentation des agressions à bord des trains.
L’article