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Ce prof à l'EPFZ «refuse de travailler avec des femmes laides»?

Un professeur de l'EPFZ a eu des comportements déplacés
Depuis des années, d’anciens collaborateurs d’un professeur de l’EPFZ portent de graves accusations à son encontre.Image: keystone

Ce prof à l'EPFZ «refuse de travailler avec des femmes laides»?

Abus de pouvoir, sexisme, un enseignant de l'école polytechnique aurait dépassé les bornes à de nombreuses reprises. Remis à l'ordre en 2019, il serait toujours en poste.
07.03.2026, 18:5907.03.2026, 20:27
Sabeth Vela
Sabeth Vela

Abus de pouvoir, harcèlement, sexisme, voilà quelques-unes des accusations qui auraient été formulées ces dernières années par des collaboratrices et des doctorantes à l’encontre d’un professeur de l’EPFZ.

L’émission SRF Investigativ a recueilli les témoignages de 15 victimes présumées et montré combien l’université a peu contribué à protéger les personnes concernées.

Le professeur mis en cause est employé depuis dix ans au département Management, technologie et économie (D-MTEC) de l’EPFZ. Durant cette période, il aurait tenu des propos tels que:

«Je déteste les femmes moches. Je ne veux pas travailler avec des femmes laides»

Il aurait en outre traité des collaboratrices de «Fucking Bitch». L'émission de la SRF évoque également des faits de harcèlement, des discussions sur la virginité de doctorantes et des abus de pouvoir.

Il a conduit des gens à la démission

Le professeur aurait en outre adopté un comportement manipulateur et aurait dressé les membres de son équipe les uns contre les autres. L’un des doctorants raconte:

«Il m’a dit que j’étais bien meilleur que les autres doctorants, qu'ils étaient stupides. Plus tard, j’ai découvert qu’il avait dit la même chose aux autres»

D'autres interlocuteurs de la SRF rapportent également qu’il aurait incité à des paris déplacés. Le professeur aurait par exemple déclaré:

«Si tu couches avec cette étudiante, je te donne six bouteilles de vin»

Alors que certaines victimes ont fait comprendre au professeur que ses commentaires n’étaient pas les bienvenus, d’autres n’ont pas osé le faire. La raison tient aussi au pouvoir important dont disposait cet enseignant, en particulier sur les doctorants. La situation est allée jusqu’au départ de plusieurs employés de sa chaire, y compris de personnes qui ne lui étaient pas directement subordonnées.

Malgré cela, au fil des années, plusieurs personnes concernées ont continué à se défendre. Investigativ évoque des signalements adressés au département qui remontent jusqu’en 2017.

Par ailleurs, au moins six personnes se seraient plaintes directement auprès de l’EPFZ au sujet de ce professeur. Elles se seraient également adressées au président de l’EPFZ dans un courriel commun afin d’être davantage entendues. Dans ce message, il était écrit:

«Nous sommes convaincus qu’il y aura d’autres victimes à l’avenir si vous n’agissez pas maintenant»

Comme le rapporte l'émission, la direction de l’EPFZ a donc été officiellement informée des faits au plus tard en 2019.

Le professeur nie tout

A la suite de ce mail, des entretiens dirigé par la rectrice de l’époque, Sarah Springman, avaient été menés avec les victimes. Dans une lettre adressée aux personnes concernées, Sarah Springman a ensuite reconnu leur «stress psychologique» et a écrit:

«Nous le regrettons profondément et prenons de façon extrêmement sérieuse ces accusations. La direction de l’école a déjà pris les mesures nécessaires et appropriées afin d’empêcher à l’avenir tout comportement inapproprié de la part de votre ancien professeur.»

Selon la SRF, le professeur n’avait ensuite plus été autorisé à recruter des doctorants durant un certain temps et a dû suivre un coaching.

L'enseignement confirme cette décision, mais conteste presque toutes les accusations portées contre lui. Il affirme ne pas se souvenir du pari sexuel et n’avoir jamais tenu des propos tels que fucking bitch. Il nie également avoir invité des collaborateurs dans une maison de vacances.

La seule chose que le mis en cause reconnaît est l’existence de difficultés au début de sa chaire. Le professeur explique:

«Pendant une courte période, j’ai entretenu des contacts trop informels avec mon cercle de collaborateurs masculins»

Des conversations qu’il qualifierait aujourd’hui d’«inappropriées» ont alors eu lieu. De tels écarts ne se seraient toutefois plus reproduits depuis. «J’ai peut-être commis des erreurs, mais je n’ai jamais voulu nuire intentionnellement à qui que ce soit», déclare le professeur.

Le professeur n'a pas été inquiété

À l’époque, les plaintes n’ont pas nui à la carrière du professeur. Après avoir suivi pendant deux ans un programme de «Leadership Development», son département lui a rapidement confié à nouveau davantage de responsabilités. Il a ensuite recommencé à encadrer des doctorants. Le professeur a déclaré avoir travaillé de façon intensive sur son comportement et qu’aucune plainte n’avait plus été déposée contre lui après 2019.

Plusieurs personnes ayant travaillé depuis dans le département du professeur contestent toutefois cette affirmation. Comme l’écrit Investigativ, l’enseignant aurait continué de dresser des personnes les unes contre les autres et à faire des remarques à caractère sexuel. Les personnes concernées n’ont cependant pas déposé de signalement officiel, estimant que cela était trop risqué. Un collaborateur du professeur déclare:

«Nous savions qu’une enquête avait eu lieu, mais aussi qu’elle n’avait rien changé»

Une nouvelle plainte en 2025

En 2025, une doctorante a finalement déposé à nouveau une plainte officielle contre le professeur pour harcèlement. Cette accusation a ensuite été examinée par le «Reporting Office», une instance externe de signalement de l’EPFZ destinée aux victimes de comportements inappropriés.

Dans le cas de la doctorante, le Reporting Office n’a trouvé «aucune preuve formelle suffisante» pour étayer les accusations de harcèlement. Il a néanmoins reconnu «l’expérience vécue» de la personne concernée et a critiqué, dans une conclusion plus générale, «la structure complexe de l’EPFZ».

L’établissement lui a semblé «désordonné» dans sa gestion de conflits complexes, impliquant de nombreux services durant des mois sans parvenir à une solution. L’instance de signalement a conclu que des «améliorations des procédures» étaient nécessaires à l’EPFZ.

Dans une prise de position, l’établissement a écrit par la suite qu’il avait beaucoup œuvré ces dernières années pour améliorer le dialogue entre les différents services de contact et de conseil.

L'EPFZ a également indiqué s’efforcer en permanence de renforcer la confiance dans ses points de contact. Elle déclare:

«Nous regrettons vivement lorsque des membres de l’EPFZ ne signalent pas des comportements inappropriés»

L’établissement a toutefois aussi souligné qu’il ne pouvait contraindre personne à recourir à ces dispositifs de soutien. Selon lui, les problèmes liés au professeur avaient été traités «de façon résolue» en 2019 et aucun signalement n’était intervenu ensuite jusqu’en 2025:

«Nous n’avions donc aucune raison de supposer qu’il pourrait y avoir d’autres problèmes. L’EPFZ ne peut agir que lorsqu’elle a connaissance de dysfonctionnements»

Le professeur a réduit les interractions

Bien que l’instance de signalement n’ait pas constaté de harcèlement, le professeur mis en cause a renoncé en 2025 à encadrer des doctorats. Le professeur a écrit à Investigativ:

«Après mûre réflexion et en concertation avec plusieurs services internes de l’EPFZ, je me suis retiré de mon rôle de directeur de doctorat»

Pour les victimes présumées du professeur, cela constitue probablement un maigre réconfort. Beaucoup des personnes concernées ont encore aujourd’hui besoin d’une aide psychologique. «En parler me bouleverse encore aujourd’hui», explique une doctorante qui avait quitté la chaire en raison du professeur. Une autre personne déclare: «Mon passage à l’EPFZ a été la pire période de ma vie professionnelle.»

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