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Paolo Tramezzani revient pour la troisième fois en Valais.
Paolo Tramezzani revient pour la troisième fois en Valais.Image: KEYSTONE
Analyse

Entraîner le FC Sion, une chance qui ne se refuse pas

Si les mêmes coachs reviennent souvent s'asseoir sur le banc très instable du club valaisan, c'est parce qu'ils ont tout à y gagner.
12.10.2021, 06:4512.10.2021, 19:22
Julien Caloz
Julien Caloz
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C'est une question qui revient après chaque licenciement de coach au FC Sion, donc très souvent: quel entraîneur oserait encore se lancer dans une aventure qu'il sait déjà périlleuse et éphémère? La réponse est: tout le monde, ou presque.

D'ailleurs, Christian Constantin ne manque jamais de souligner qu'il reçoit énormément de candidatures spontanées après chaque mise à jour du Totomat. Comme en juin 2012. «CC» avait déjà congédié 31 «hommes de la situation» (on le sait car on a compté), mais son palmarès en la matière n'avait pas été de nature à effrayer les prétendants au poste.

«L’éventail des candidatures est très large, allant du Portugal à l’Angleterre en passant par l’Italie et l’Espagne ou encore les pays nordiques. Manifestement, Sion demeure une adresse intéressante»
Constantin dans Le Matin en 2012

C'est Sébastien Fournier qui avait eu le boulot, mais ça n'avait évidemment pas duré longtemps: le Valaisan avait démissionné après huit matchs et une embrouille avec plusieurs joueurs.

Toute la question est de savoir pourquoi Fournier est revenu (en 2017) comme tant d'autres avant lui, et pourquoi Paolo Tramezzani vient de signer son troisième contrat à la Porte d'Octodure. Les raisons sont multiples. On a recensé les trois principales.

Un job pour payer les factures

A force de voir les acteurs du football évoluer dans des sphères difficilement palpables, on en oublierait presque qu'ils ont des factures à payer, comme tout le monde, à la fin du mois. Michel Decastel, ex-coach du FC Sion, le rappelle froidement: «Le président te nourrit. Quand Constantin t'appelle pour t'engager, il te permet de gagner de l'argent pour pouvoir vivre. Dès lors, s'installe une forme de reconnaissance du coach envers son président». Surtout que Sion offre à ses entraîneurs des salaires que l'on peut situer dans la moyenne légèrement supérieure.

Decastel et Constantin en 2013.
Decastel et Constantin en 2013.Image: KEYSTONE

Dans ce contexte, un travail est une bénédiction, surtout dans un marché aussi restreint que celui de la Suisse (20 clubs en Super et Challenge League). «Quand tu veux entraîner, tu vas où il y a de la place. Donc là où le va-et-vient est le plus important. C'est mathématique», glisse Decastel.

Un échec relatif

Tous les boulots sont-ils pour autant bon à prendre? Autrement dit, la question est de savoir si le fait de s'engager pour un club dont chaque entraîneur sait qu'il lui sera difficile de briller peut freiner, voire pénaliser une carrière. Mais c'est oublier deux choses:

  • D'abord, quand il signe, chaque technicien est persuadé qu'il fera mieux que son prédécesseur (sans toujours en connaître les raisons).
  • Ensuite, le coach viré ne portera pas sur ses épaules la seule responsabilité des mauvais résultats de son équipe.

On le sait parce que nous avions demandé à un spécialiste en ressources humaines si Uli Forte, un entraîneur à la solide réputation, prenait un risque en se confrontant au niveau inférieur avec Yverdon-Sport.

Notre interlocuteur, directeur d'un bureau de placement et de conseil en personnel, nous avait répondu ceci: «Un licenciement n'est jamais un échec de l'entraîneur. C'est le signe que la combinaison entre ses objectifs et ses capacités n'a pas fonctionné. Et de toute manière, il nous arrive à tous, un jour ou l'autre, de ne pas réussir».

Les entraîneurs passés par Sion ne l'ont d'ailleurs jamais payé. Sébastien Fournier avait rebondi au Servette FC quelques jours après son passage malheureux en Valais, et Peter Zeidler a découvert le championnat de Suisse à Tourbillon avant de partir pour Sochaux puis Saint-Gall. Et ce ne sont de loin pas les seuls exemples de réussite.

«Tout va très vite, dans le football»

Quand un entraîneur signe dans un club, il ouvre la porte d'une pièce dont il ne connaît jamais la dimension exacte. Car l'opportunité lui est donnée de pousser les murs, de réussir quelque chose de grand et donc de séduire des clubs plus prestigieux. Qui aurait pu penser que c'est après avoir sauvé le FC Sion de la relégation que Vladimir Petkovic allait recevoir et accepter une offre de la Lazio de Rome?

Petkovic en mai 2012, quelques semaines avant de rejoindre la Serie A.
Petkovic en mai 2012, quelques semaines avant de rejoindre la Serie A.Image: Keystone

Maurizio Jacobacci, lui, incarne un autre exemple. Mais le principe est le même: son choix a priori risqué s'est révélé payant en 2017, lorsqu'il a accepté de reprendre les M21 de Sion. La suite est un conte de fées aux bas terreux et au parfum de Fortalis: le Tessinois a si bien travaillé avec les jeunes qu'il a eu sa chance en équipe première, qu'il a sauvée avant de rejoindre Lugano puis Grenoble. Le tout en quatre ans.

Alors, bien sûr, Paolo Tramezzani ne restera peut-être pas longtemps en Valais. Il n'obtiendra peut-être pas les meilleurs résultats de sa carrière. Mais il aura un boulot et un salaire. Surtout: une opportunité de briller et donc de se faire remarquer. Les grandes histoires n'ont jamais débuté autrement.

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